Chronique ordinaire | Première version de cette chronique publiée sur 01net en janvier 2001
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groummphh
Pratique, rapide, brut de fonderie, le e.mail est devenu un moyen universel de communiquer, nul ne le conteste. Ne s’embarrassant ni de l’orthographe ni du style, sa rédaction comme sa lecture occupe (trop) peu de temps.
Mais dans certaines situations, l’usage d’un e.mail est à déconseiller fortement, surtout en cas de crise entre particuliers… !
Sous peine d’incompréhension totale de part et d’autre.
Ces maux ne sont pas réservés au seul courriel : sachez qu’il se produit très fréquemment la même chose dans un forum ou dans une enfilade de commentaires ; j’ai eu ainsi l’occasion de voir ou de participer à des explications qui ont pour la plupart fini dans le mur. Pire encore, de profonds ressentiments agitent encore les protagonistes quelques mois après !
Combien en recevons-nous de ces courriels à la grammaire en déconfiture — pour ne pas dire inexistante, de ces textes sibyllins truffés de smileys censés nous éclairer sur l’humeur de l’expéditeur, d’abréviations impénétrables ? 60 % des messages semblent proches de ceux d’un SMS de téléphone filaire, leur lecture en diagonale nous ayant habitué à interpréter un mot sur deux pour comprendre le sens général du e.mail. Sans oublier que tout cela est lu dans pratiquement tous les cas à l’écran, dans des conditions peu confortables…
Tant qu’il s’agit de donner des nouvelles, des informations générales, confirmer un rendez-vous, une décision, répondre à une demande, le e.mail est l’outil idoine d’autant que l’on peut mettre en copie des tas d’autres personnes, une pièce jointe et accessoirement en copie cachée d’autres destinataires. Et dès lors, la forme importe peu.
A contrario, le e.mail devient souvent inadapté dès lors qu’il est utilisé pour résoudre une amorce de conflit, s’expliquer dans une prise de position, une négociation, sur une discussion un peu échauffée… Nombre de facteurs jouent en défaveur du e.mail dans ce cadre. Et que dire lors d’une polémique ouverte en forum !
En premier lieu, le différé des réponses est déjà une source d’incompréhension, le dialogue “ping-pong” s’avère néfaste, stérile et chacun de chercher le mot qui ravivera la discorde pour ne pas perdre la face… Sachant qu’un e.mail expédié est automatiquement considéré comme “lu” par son expéditeur. Or un simple coup de fil réduirait cette communication à une simple explication de texte. Évidemment, à condition de répondre, le portable téléphonique affichant le numéro du correspondant et permettant d’esquiver la confrontation.
On est rarement seul à lire un e.mail…
Ensuite, cet échange est rarement une confrontation entre deux personnes mais un pugilat aimable devant une série de témoins, destinataires ou habitués du forum conviés involontairement à la curée…
Dès lors, pas de pitié dans le style, chaque rédacteur va fourbir ses réponses comme des scuds, trouver la phrase qui tue, le mot qui va mettre les rieurs de son côté. Sans oublier que chacun se doit d’expliquer sa position, pas pour le destinataire mais pour les multiples spectateurs invités ignorant tout des motifs de dissension ! Bref, tout ceci entraîne des réactions en chaîne et des torrents d’incompréhension entre des individus que pourtant nombre de points devraient réunir !
Dès lors, la réponse du débatteur se doit de prendre en compte la mise à nu de tous les points soulevés par l’adversaire, ce qui ne simplifie pas la légèreté des réponses. D’autant que le e.mail permet de répondre point à point à tous les paragraphes de la missive reçue ! Et dès lors chaque mot semble une dague, une épee qu’il faut parrer !! Le même phénomène se passe en forum avec l’habitude des citations (de facto des “morceaux choisis” du texte adverse…).
Ce manque d’intimité, cette impression de laver son linge sale devant un auditoire attise le besoin de se justifier envers et contre tous. Quitte même à oublier le sens du courrier auquel on répond. Tous les ingrédients pour déraper sont livrés d’emblée et rares sont ceux qui se privent de les employer. Très vite les vacheries fusent, la ton monte et l’invective devient reine !
Dernier point, l’absence même de formes — entendre le manque quasi total des formules de politesse qui structurent toute correspondance épistolaire.
Au lieu d’un « Cher Monsieur Maurice, permettez-moi de vous exprimer ma surprise quand au ton de votre dernière lettre… », nous avons désormais droit à des « Maurice, t’es qu’un gros naze… », nettement plus direct mais moins positif dans une tentative d’arrangement.
D’ailleurs, essayez d’employer dans vos e-missives des “formes” traditionnelles et vous êtes immédiatement catalogué comme “méprisant” voire “arrogant” !
N’oublions pas l’absence de la graphie de l’écriture manuscrite, les caractères “machine-à-écrire” banalisent n’importe quelle prose… La mise en capitale étant, elle, prise pour un hurlement !
Pour avoir essayé sans succès de résoudre quelques conflits latents par e.mail, je n’ai jamais réussi qu’à radicaliser les positions de mon contradicteur comme les miennes ! Surpris par ces échecs patents à répétition, j’ai interrogé quelques amis, relations, négociateurs professionnels hors pairs. Conclusion, tous reviennent dare-dare au téléphone portable même si nous restons des acharnés du e.mail. En cas de gros problèmes, le dialogue direct, la tessiture des voix et l’écoute de l’autre sont mille fois plus efficaces. Et là, pas besoin de smileys pour comprendre ce que ressent son correspondant !!
Bref, se parler de vive voix reste assurément la meilleure méthode… Et cette chronique souhaite simplement nous le rappeler pour l’année à venir !
Le traîneau est passé, le Père Noël vous a gâté (…à moins que ce ne soit la Mère Noël, celle-ci on l’oublie toujours et pourtant, qui fait les paquets, charge la hotte, hein ?!) : vous voici avec la dernière version de Tuba Super+ 128 (où un autre), celui qui prend des photos, sert de lampe torche, de téléphone, de radio, de balise “argos” et même d’allume cigare… Et accessoirement de carnet d’adresses !
Mais parfois, le progrès est juste dans le discours marketing…
Eh ! Maurice, t’as pas l’adresse courriel de Gaston ? Je ne l’ai plus en tête…
JC, tu me connais, je suis un mec superorganisé. Le temps de booter mon nouveau Tuba Super+ 128…Je l’ai acheté à Londres la semaine dernière pour remplacer mon vieux Tuba Vsb que j’avais plié en Auvergne… Attends, je te donne ça dans deux secondes
Laisse tomber Maurice, je vais la retrouver dans mon carnet.
Attends. Il a presque fini de charger l’OS. Ouais ! Il rame un peu ; pourtant, j’ai pris la carte Flash de 128 méga en option…
Petit silence…
Je me souviens. Je l’avais écrit en vert… Sur une page de gauche… Vers novembre…
J’y suis presque ! La base de données vient de démarrer. Je saisis le prénom… G, A, S, T, O, N et…
Maurice ! C’était le 23 novembre, le jour de l’anniversaire de mon fils, je l’ai retrouvé.
T’es sûr ? Moi, j’ai quatre Gaston dans mes relations. Je regarde les fiches et je te file son mail.
Merci Maurice. Je l’ai, et j’ai même le code de sa porte et l’étage.
Maurice fait un peu la gueule, son Tuba Super+ 128 n’a pas pédalé assez vite.
Sacré Maurice ! Je l’envie ! Il a toujours le dernier outil à la mode glissé dans sa poche. Et que je te consulte les cours du Nasdaq à coup de fonction WAP intégrée (eh oui, c’est une habitude qu’il a prise pendant la bulle internet, à l’époque où il m’affirmait qu’il allait bientôt cesser de bosser…), la superbase de données des copains, le plan des rues de Paris, etc.
Sans oublier les photos, taille écran, de ses copines ou du dernier anniversaire entre pôtes…
Je me demande bien ce que j’ai à garder encore ce tas hétéroclite de pages, ce magma feuillu prisonnier d’une couverture de cuir aussi fatiguée que moi. Certaines sont grises de noms, de ratures, de numéros dans tous les sens. Beaucoup de ces feuillets sont devenus quasi transparents à force de les peloter, les notes floues. Je ne parle pas du crayon noir, compagnon rarement taillé qui m’oblige parfois à graver une information.
Et l’élastique ? Celui qui ferme ce calepin ventru, truffé de cartes de visite, de post’it, de tickets de métro. Quand je le retire, c’est une photo de ma fille qui surgit de cet amas désordonné. Bon point, l’odeur est un poil acide, agréable. Mon odeur en résumé, quoi…
Alors ? Dépassé ? Archaïque ? Est-ce ma façon de résister ? Oui, peut-être, mais à quoi ?! Qu’est-ce qui m’empêche de flanquer le tout à la poubelle ? Tuba Super+ 128, comme ses concurrents, possède un petit clavier confortable qui pivote, un écran couleur hyperfin et bien contrasté. Il a une mémoire d’éléphant capable d’avaler mille fois mes gribouillis, une autonomie fabuleuse. Sa carrosserie hyperlégère est assez solide pour l’empêcher de finir en compression de César quand même je l’oublierai dans ma poche arrière !
Alors, qu’est-ce qui m’arrête ?
Ne plus écrire ? Mais ce serait une bénédiction ! Je passe parfois cinq minutes à me relire et, quand à mon écriture, cela ne s’améliore pas avec l’âge. Ma calligraphie trahit mon humeur, mes émotions surtout quand la buée envahit mes varilux de course. Ne plus entendre le léger crissement du crayon sur la feuille, ne plus respirer l’odeur de l’encre de mon stylo ? Quoi que, en passant, la plume en plastique du machin japonais qui me sert ce matin à écrire se déforme tant et plus… Sans effluves à la clé !
C’est un peu de tout ça. Mais aussi une façon de me prouver que je suis bien vivant. Avec mon calepin, je n’annule rien, je ne gomme rien, je ne supprime rien… je biffe ! Mieux, je pourrai lire demain — si je le veux, si je le peux ! — ce que j’ai rayé aujourd’hui. Je conserve assez de traces, assez d’indices pour revivre ce que j’ai ressenti à cet instant. Et sur ce point, le Tuba Super+ 128 est carrément trop binaire. Allez, j’attendrai encore la version MLXIII qui sera dispo à Noël prochain. Ou la suivante.
Première version de cette chronique publiée sur 01net en septembre 2000
Edit 2017 : Depuis, j’ai mon Tuba Super+ 128 est un iPhone 7 plus, je ne vais pas insister…
Je ne sais pas si vous connaissez FrameMaker. Pour ma part, je l’utilise depuis la version 4 sur Macintosh et j’affirme que c’est l’un de mes meilleurs outils de production… Mais la dernière annonce de Adobe me sidère…
Il suffit de se rendre ici pour se rendre compte du bug… FrameMaker évolue en version 7.1 et supporte quelques petites choses comme l’enregistrement au format XML par défaut lors de l’édition de documents XML, des filtres d’import de fichiers QuarkXPress et PageMaker, la prise en charge du positionnement direct d’images Photoshop. Et, accessoirement, la génération de fichiers PDF avec Distiller® 6.0 pour tirer parti de la dernière technologie PDF.
Bref, le dernier point m’intéresse au plus haut point car je bosse sous FrameMaker 7 mais sous Classic. Car le bug est là. FrameMaker est un produit UNIX à la base, porté ensuite sous Macintosh et Windows. Or depuis deux ans, il n’y a pas de développement de version OSX… Sachant que FrameMaker est avant tout une application UNIX (je sais, je me répète…).
Bref, je m’interroge sur l’avenir sous OSX de cet excellent produit, le seul à gérer de superbes index multiples grâce à ses nombreux markers, à me permettre du texte conditionnel (et désormais sous XML… mais dans la version 7.1 inaccessible aux utilisateurs d’OSX), etc.
Certes, il y a concurrence sur certains domaines entre Adobe et Apple… mais la question reste entière : quand aurons-nous le droit à une version 7.1 ou 7.5 ou 8 de FrameMaker pour OSX. car, désolé de pousser ce grognement dans la campagne marketing de promotion de CS (que j’ai reçu en Français, super !).. mais InDesign (pas plus qu’XPess d’ailleurs) n’arrive pas à la cheville de FrameMaker dès lors qu’il s’agit de documents structurés au long cours… De plus, FrameMaker est aussi une application de rédaction pour des auteurs universitaires ou scientifiques, chose que l’on a tendance à oublier.
Bon, on se réveille à San José…?
Car si comme le dit John Warnock, le président fondateur d’Adobe “les bonnes idées viennent de partout dans la société”, j’ajoute qu’elles peuvent aussi venir des clients…!
Pourtant tout espoir n’est pas mort… les manuels techniques au format .pdf fournis avec la dernière suite CS sont faits avec quoi d’après vous ? InDesign ? TextEdit ?! Non, avec FrameMaker 7 sous Macintosh (et distillés sous Distiller 5.0.5 sous Classic).
Alors, je garde un peu d’espoir, que la lucidité va revenir chez Adobe, simplement parce que les rédacteurs internes vont également se mettre à gueuler !