Avertissement : ce qui suit est mon ressenti vis-à-vis de l’application Journal proposée par Apple depuis iOS 17.2 et n’est absolument pas un essai produit comme vous devriez pouvoir le lire sur de vrais supports généralistes rédigés par des pros de l’information technologique.
Les réflexions, ici, n’engagent que ma pomme.
Je rentre dans le vif du sujet immédiatement : tenir un journal intime, un carnet d’observations, de voyage ou de notes n’est pas un narratif continu comme peut nous le suggérer l’application proposée par Apple.
Nombre de repentirs, précisions, souvenirs d’une situation donnée, détails d’une conversation nécessitent du temps pour que les faits s’assemblent.
Ce billet de blog est quasiment articulé sur ce point de vue.
Certes, l’application Journal proposée par Apple est d’une simplicité extrême, mais peut-être trop simpliste justement !
De suite, ce premier panneau m’interpelle…

Ce questionnement n’est pas peut-être pas inutile si l’on découvre cet exercice — et il est possible dans les préférences de le désactiver — mais est-ce que cela doit passer par le truchement d’une application dédiée ?!

Notez que les options d’import des photos sont modulables…

Je poursuis : pour l’heure, n’importe quel traitement texte capable d’intégrer des photos peut prétendre au même objectif, de Pages à Ulysses.
Certes, enquiller une succession de textes, avec la date du jour, est une façon de concevoir un journal.
J’ai l’impression que les développeurs de cette app se sont basés sur une vision analogique, celle du cahier papier dont l’on noircit les pages au fur et à mesure du temps qui passe. Bien loin de moi l’idée de fustiger cette pratique qui fonctionne parfaitement sans électricité, ni connexion Internet…!
Technique efficace qui a donné lieu à nombre d’œuvres épatantes, des récits d’avant-guerre de Patrick Leigh Fermort aux marches de Bernard Ollivier en passant par les expéditions de Redmond O’Hanlon…
Or, depuis l’avènement des outils numériques et de l’usage quasi universel des smartphones, il est possible d’insérer un complément d’information au sein de paragraphe au lieu de faire des renvois comme sur un carnet papier, voire coller sur une page papier une autre note papier.
Je pense instantanément à un écrivain en particulier…!
Proust parlera d’ « ajoutages », de « becquets », de « surnourriture » ou de « réinfusion » et l’on connaît ces pages, ornementées de « paperolles », des papiers collés sur les pages pour enrichir le premier jet de l’écriture.
De facto, il est facile de modifier le contenu de son texte en cours d’élaboration.
Hormis un auteur auteur très médiatique qui déclare — avec un certain mépris — que seul l’usage d’un véritable carnet papier est la marque des vrais aventuriers (…lui, CQFD), les traitements de texte nous permettent de nous affranchir de l’obligation d’écrire en continu pour revenir cent fois sur l’interligne…!
Or, ce qui me gêne dans cette première version de l’application Journal — qui, notez-le, n’est disponible pour le moment que sur iPhone —, est son manque de souplesse pour le rédacteur (…je n’évoque pas même le formatage du texte qu’il faut chercher…).
En effet, si je souhaite relater le contenu passionnant (!) de ma journée, je ne vais pas toujours rédiger un unique feuillet consignant mes aventures.
De fait, je préfère — pour ma part — morceler les évènements de la journée en une série de notes horodatées, chronologiques.
Le tout soutenu, illustré par une ou plusieurs photos.
D’ailleurs, c’est ce qui m’a agacé…! Évoquons l’import des clichés…

Si je génère une nouvelle note dans Journal, je peux y coller des photos…

Problème : comme j’écris souvent en différé, mes clichés ne sont pas du 13 décembre…

Et c’est à moi d’aller rechercher la date dans… l’app Photos puis de l’appliquer à ma note de Journal…!

Même changer cette date est assez sioux…

Et ce au lieu de proposer une interface qui pourrait lire les EXIFs de l’image (prise ici sur l’iPhone…)… Je m’arrête là…!!

À la fin, la note se recale bien chronologiquement mais sans prendre en compte l’heure de la prise de vue…

Même si vous n’affichez plus les suggestions d’écriture (voir plus haut pour les désactiver dans les préférences), vous pouvez les appeler…

Une option intéressante de Journal est la possibilité d’afficher toutes les entrées ou exclusivement celles disposant de photos ou des pensées…!

Souvenez-vous également que les photos en mode Paysage seront tronquées…

Dans Journalme manque cruellement une information : l’heure de la création de la fiche que je suis en train de rédiger…

…information qui serait pratique.…
C’est une première version…
Bon, c’est clairement la première version d’un produit sur lequel Apple va certainement revenir.
Je suis convaincu que de nombreux d’utilisateurs d’iOS vont tester ce carnet de notes et ne pas y trouver les défauts ou freins que j’y vois.
Proposer un tel produit peut d’ailleurs créer de nouvelles vocations. Ou, à tout le moins, se lancer dans une phase d’introspection personnelle, l’écriture étant un moyen extraordinaire pour s’interroger, réfléchir.
Pour ceux qui souhaitent un outil plus élaboré, développé sur une décennie, je leur conseille Day One, une application imaginée par Paul Mayne et que j’emploie depuis sa sortie, application qui tourne sous Android et Macintosh et sur laquelle je me suis déjà pas mal épanché positivement dans ce blog…!
Ce vendredi noir est, pour nous, l’occasion de ne RIEN acquérir ! J’en avais parlé ici.
Étant vaccinés contre cette fièvre acheteuse, pas de livraisons d’objets inutiles, pas de commandes sur internet pour bénéficier d’une remise sidérante sur un truc qui a 9 chances sur 10 de finir, un mois plus tard, dans un placard :-)
Un exemple ? Je renouvelle mes chaussures de randonnée quand elles arrivent à échéance.
En discutant avec Laurent, le sympathique cordonnier derrière le Monoprix d’Aix-en-Provence, il semble même qu’il y aurait une solution pour les rechaper (avec un seul p…).
Les remplaçantes ne sont pas encore usées malgré un premier semestre en Italie (1600000 pas, + de 2900 étages et près de 1000 bornes parcourus lors de nos déambulations urbaines).
Ok, cette philosophie ne m’a pas empêché de remplacer mon iPhone fin septembre pour bénéficier de ses avancées optiques tout en utilisant quotidiennement un iPad Pro (10,5 pouces) de 2018.
Bref, il est peut-être judicieux de n’acheter un nouveau bien que lorsque nous en avons réellement besoin ?
Désolé d’être à contre-courant mais cette débauche d’offres me gave !
Les trois lecteurs de mon blog se souviennent peut-être de mes billets quand je passais une partie de mes journées à vider la maison de mes parents…
Ce fut l’occasion de salutaires piqûres de rappel !
Donc… non merci !
Suite à une mauvaise manœuvre de ma part (…oui, je suis distrait et cela ne s’arrange pas !), j’ai contacté par téléphone une ancienne connaissance mercredi.
C’est une graphiste et photographe de talent avec laquelle je correspondais naguère quand j’étais en activité.
Nous avons discuté comme si nous nous étions quitté la veille (bon, j’ai dû la saouler avec mes vannes à deux balles).
Rapidement, après avoir appris que l’éditeur pour qui nous bossions l’avait dégagée, nous avons abordé LE sujet qui interpelle tous les professionnels de l’image, à savoir l’IA.
Il se trouve qu’un autre de mes amis graphistes a fait le choix (depuis plus d’une année) de recourir quotidiennement à ces outils mais sans freiner pour autant l’érosion de ses contrats avec ses clients éditeurs.
En aparté, je dois préciser que ces deux là sont de vrais créatifs avec une très bonne formation classique et une excellente capacité à répondre aux demandes les plus subtiles, là où je bricolais des solutions utilitaires sans génie …!
Les constats sont les mêmes. :
- imperceptiblement mais sûrement, les clients réduisent le forfait des missions pour limiter le budget de leurs ouvrages (…phénomène dont j’ai été également victime en acceptant de travailler au forfait) ;
- les briefs sont de plus en plus imprécis et flous, ce qui permet de refuser des propositions graphiques irréprochables et travaillées (aucune remise en cause de la part du client).
- Sans oublier cette demande extravagante qui est de demander de choisir dans un paquet de propositions, chaque proposition étant une création complète.
- Le tout dans des délais de plus en plus serrés.
- Et n’évoquons pas même les délais de règlement …assortis à des clauses de cession de droits de leurs créations.
Avec l’IA, un nouveau cap a été franchi vu que cela ne demande même plus de savoir mettre en pages ou dessiner, connaître sur le bout des doigts la trinité de la suite Adobe (illustrator, indesign et photoshop) !
Peu à peu, ces créatifs sont remplacés par des assistants encore plus mal payés, voire des stagiaires issus de filières graphiques à qui l’on demande des roughs comme naguère.
Sauf que les instructions de génération du visuel avec l’IA sont récupérés par le client (…qui se forme ainsi à bon compte) puis modifiés à sa guise après avoir remercié ces gens qui coûtent un …pognon de dingue.
Tenir ou se reconvertir ?
Ces deux professionnels (…. discussions séparées à quelques mois d’écart) se demandent s’ils vont survivre a terme vu que l’outil de création change de main.
En résumé, ce ne sont plus des professionnels formés aux arts graphiques et nourris d’histoire de l’art, ce ne sont plus les créatifs qui proposent des projets puis les peaufinent mais bien les clients et décideurs qui prennent le contrôle de ces outils, génèrent les images.
Ces outils ne leur demandent aucune capacité en dessin ou même en cadrage mais juste (…je grossis volontairement le trait) de trouver/récupérer les bons mots-clés pour générer les images qu’ils trouvent, de facto, séduisantes.
Sans exigence, l’IA l’emporte
C’est rapide, des essais multiples sont possibles dans un laps de temps réduit et même si la qualité finale est uniforme, ça a le mérite de coûter moins cher, d’être tendance.
À qualité graphique inégale, c’est l’IA qui gagne à tous les coups.
Tant pis pour l’uniformité, l’impression de déjà vu, c’est dans l’air du temps. Et ça dépote sans effort.
Côté créatifs, ça devient compliqué de trouver de nouveaux clients qui prennent conscience que produire un visuel demande un réel savoir-faire.
D’autant que nombre de ces derniers, étonnement, ne sont plus aussi exigeants : aucune appétence pour l’autocritique !
Tels des ados qui succombent à la dernière mode, nombre d’entreprises s’engouffrent dans l’IA avec l’illusion de pouvoir se passer, ici des illustrateurs ou photographes, tout en étant plus performantes…
Et au final se privent de talents et d’expérience.
Une révolution chasse l’autre…
Je rappelais à cette amie que ce qui se passe actuellement me mets en mémoire une période lointaine (40 ans…?) où nous réalisions des slides pour des présentations visuelles. Avant d’être remplacés par nos propres clients qui découvraient …PowerPoint.
Ce qui nous avait frappé alors était l’uniformité des présentations qui a résulté de cette prise de contrôle des outils par ces nouveaux opérateurs. Rien ne différenciait une présentation de telle boîte de conseil de ses concurrents !
Nos clients consultants étaient ravis de prendre les commandes même s’ils passaient plus de temps à mettre en forme leurs slides que de travailler le fond de leur mission.
Et ravis d’avoir éliminé un facteur de coût, ces business graphics dont nous faisions partie.
Heureusement, certains ont compris qu’ils faisaient fausse route, cela nous a donné juste le temps de nous reconvertir.
Méme si cet engouement risque de se tasser, il y aura une palanquée de victimes : je me souviens de la disparition des photo-compositeurs puis, dans la foulée des photograveurs puis des flasheurs, de l’impact d’applications comme PageMaker, XPress, Photoshop ou illustrator. Je n’évoque pas même le format PDF, des premiers échanges via numéris puis internet, la fin des sociétés de coursiers…
L’ histoire se répète.