Après les huiles essentielles dans le chocolat, les poires crues, les fromages à pâte cuite, les pollens, le miel non cuit, le poivron cru, les sulfites dans le vin et j’en oublie, découverte de ces dernières semaines (…et tests réguliers pour cerner l’intolérance…) que je pouvais ajouter à cette liste les… tomates crues.
Bon, tant que je peux grignoter du chocolat noir, des fruits frais (hors poires), du fromage de chèvre, des yaourts, manger des pâtes et des œufs, ça va. Et un verre de pinot rouge bio.
Mais trente minutes après le repas, paf, plexus hyper douloureux, entre autres. Notez que cuites, ça passe très bien comme le miel, le fromage ou encore les poivrons ou les poires.
- Bizarre, vous avez dit bizarre, comme c’est bizarre…!
Je plains sincèrement les personnes qui bossent comme lobbyistes.
La semaine, pondre des textes pour expliquer que tel secteur ne remet absolument pas en cause la nature, ne la détruit pas, que rien n’est (encore totalement) prouvé, etc.
Le week-end, chercher des produits bio pour leur petite tribu et s’inquiéter des allergies des mômes.
Car rien n’est lié, hein ?!
Je constate depuis des années la diminution du nombre de bêtes à “z’ailes” tant dans notre microscopique jardin que dans les alentours. Ma commune évite les produits phytosanitaires et, quand je me balade dans le fabuleux Potager du Roi, je ne suis plus assourdi par un concert incessant de petites butineuses !
Avant, j’avais peine à les dénombrer : maintenant, quand j’en vois une, je sursaute… de surprise.
Ma douce se souvient de l’effervescence des abeilles autour de notre cerisier il y a – aie ! – dix-sept ans. Et constate comme moi leur raréfaction, voire leur quasi disparition. Or nous sommes en région parisienne, loin des grandes surfaces agricoles où l’on entend pratiquement plus que le bruit des tracteurs.
Aparté
J’ai peu connu mon grand-père Achille pour des raisons que, gamin, je ne comprenais pas. Quand il a fini par consumer sa dernière gitane maïs, je me trouvais au Mexique. Bref, peu côtoyé.
Hormis l’image du héros qui ne parlait jamais de sa guerre, qui avait envoyé paître ses potes qui souhaitaient lui faire attribuer une rosette (“je la ferais porter par mon chien…”), hormis son activité de vendeur de semences dans la Beauce, ses pigeons voyageurs (…dans les émissions de parachutage sur Radio Londres, il était “pigeon blanc”, un peu transparent comme pseudo…!), chanter minuit chrétien à la messe de Noël, parler couramment allemand et flamand, il avait des ruches dans son jardin à Pithiviers.
Et ça je m’en souviens : je conserve une image de lui avec cette protection en toile comme une grosse moustiquaire.
Gamin, déposé les vacances du côté de Vitry aux Loges chez Leone et Maurice, les butineuses étaient mes seules compagnes.
Certes, je ne m’en approchais pas, je restais un petit citadin et ce n’était pas ces deux taiseux qui l’hébergeaient qui pensaient à m’initier à leur univers. Ils me récupéraient à la demande de ma mère, point final.
Bref, j’observais de loin le ballet de ces bestioles, émerveillé de les voir passer de fleur en fleur.
Je me souviens assez vaguement des ruches. Et puis, quand mon grand-père est allé s’installer à Batilly-en Gâtinais, tout a cessé.
Bref, ceci pour dire que nous, les désormais vieux, nous avions une proximité nette avec les abeilles.
Nous savons parfaitement ce que nous devons quotidiennement à ces butineuses, simplement parce que nous sommes restés des enfants de la campagne et non des technocrates qui ne voient la nature que comme un décor.
La butineuse ne fait pas que du miel, elle pollinise !
Sans elle, Monsieur le ministre, tout irait de travers : pas de fruits, entre autres. Je copié collé un peu de littérature trouvée sur Wikipedia.
Plus de 70 % des cultures (dont presque tous les fruitiers, légumes, oléagineux et protéagineux, épices, café et cacao, soit 35 % du tonnage de ce que nous mangeons) dépendent fortement ou totalement d’une pollinisation animale.
Et, mieux encore :
Selon une étude publiée en 2015, les grands champs agricoles sont à 80 % pollinisés par seulement 2 % des espèces d’abeilles sauvages.
C’est pratique Wikipedia, il y a même une belle app Wikipedia sous iOS pour consulter. Je vous engage à la charger et à la consulter…
En cours de lecture
Depuis que je suis môme, ce qui se passe aux Amériques me passionne. Et arrivé au lycée, je me souviens avoir écrit quelques dissertations sur ce qui me semblait l’horreur absolue, l’ethnocide des peuples indigènes.
À soixante balais passés, avec plus de temps à disposition, ce sujet me semble toujours d’actualité (…et même relancé par quelques décisions hallucinantes). Récemment (…merci Twitter), je suis tombé sur quelques copies d’écran d’un livre puis sur un lien vers une émission de radio.
Bref, j’ai fini par acquérir le livre en version papier et mettre le nez dedans…
Je vous passe l’introduction et vais de suite sur ce qui m’a immédiatement accroché (et scanné quelques lignes pour cette chronique…) :
Dès les premiers jours passés à Guanahani, Colomb se dit intrigué par les plantes « si différentes » qui poussent sur l’île. Pourtant, il ne veut étudier que celles dont il sait pouvoir tirer profit et qu’il appelle styrax, térébenthine, cannelle ou rhubarbe. La chose est logique. L’amiral, qui croit être en Asie, est persuadé que les plantes qu’il observe sont identiques à celles de l’Ancien Monde.
Dans ses yeux, le mastic des Antilles ne diffère pas de celui de Chio. Parce qu’il est là pour trouver ce qu’il cherche et non pas ce qu’il y a sur place, Colomb perçoit les choses des Antilles à travers ses lectures (Pline, Marco Polo), sa mémoire affective et sa soif d’or et d’épices.
Vous visualisez bien les œillères culturelles qui sont d’ailleurs trop souvent celles des touristes en voyage. Amusé, adolescent, par ces personnes qui souhaitaient consommer un steak frites au lieu de découvrir la cuisine locale…! Et passant dès lors à côté d’une facette clé de toute culture…!
De nombreux remèdes américains sont ainsi (re)nommés par les Espagnols. Projetant sur les choses d’Amérique leur expérience de malade ou de médecin, ils reconnaissent dans certaines plantes qu’utilisent les Indiens les substances qu’ils ont laissées en Europe et les emploient comme des produits de substitution.
Qu’elle soit complète ou partielle, cette réduction de l’inconnu au connu contribue à gommer ce qui fait la spécificité d’un monde pourtant qualifié de nouveau. Les noms indigènes - ocozotles pour le liquidambar, ben pour les avellanas purgativas - peuvent se maintenir comme information dans certains textes, mais leur usage disparaît, du moins chez les Espagnols. Cette façon d’imposer les catégories européennes sur le savoir des Indiens a pu être considérée comme une forme d’impérialisme linguistique.
Mais on peut aussi y voir les limites de la maîtrise des Européens, qui éprouvent les plus grandes difficultés à comprendre ce qui est différent. L’onomastique restitue en cela l’impossibilité, pour le conquérant, d’imposer sa domination totale sur la nature et sur les peuples américains.
Bref, cette attitude est malheureusement trop souvent en vigueur quand on se méfie de l’autre et de ses différences !
Pour les conquistadors du XVI siècle, et même pour les missionnaires en Californie ou en Amazonie au XVIIIe siècle, s’adapter aux lieux implique donc d’adapter les lieux. Mais comme le montre l’appropriation précoce du gaïac, une telle méfiance est remise en cause dès la conquête, lorsque les nécessités de la survie imposent de faire confiance aux médecines locales.
Bref, ces trois longues citations ne sont qu’une mise en bouche pour ce livre de 448 pages (illustrées en partie) de Samir Boumediene, ouvrage passionnant. Et sur lequel je reviendrais. Si, si…!

La colonisation du savoir / une histoire des plantes médicinales du Nouveau Monde (1492-1750)
Par Samir Boumediene
Les éditions des mondes à faire
ISBN : 978-2-9555738-1-5
Clairement (l’éditeur le sait !), je regrette de ne pas disposer d’une version ePub ou PDF à lire sur un écran en voyage.