Cogitez avant de bifurquer…!
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Ces deux mois de confinement (mi-mars, mi mai 2020) nous incitent à réfléchir.
Dans cette situation inédite, sans obligations mondaines, sans déplacements professionnels, sans sollicitations à consommer, …du temps pour cogiter.
Certes : gérer les proches, s’occuper les plus jeunes, faire les courses, cuisiner, entretenir le logement et travailler à distance quand c’était possible.
Mais les premiers jours passés, introspection : devons-nous continuer comme hier ?.
C’est ce qui ressort dans les échanges avec les amis.
Un avant et un après ?
C’est peut-être le moment de décortiquer les projets jugés insensés, irréalistes, voire utopiques (!!) de ceux qui sauté le pas ces dernières années…
Dans nos échanges, il y a une question rituelle : « Et pour vous, comment ça se passe ? »
…avec la même réponse… « bien ! »
Je ne vais pas mentir, la vie se déroule normalement, rien de particulier à signaler. Avec l’annonce du confinement (…merci Twitter), nous sommes rentrés dare-dare sur notre caillou, l’université de notre fille ayant interrompu tous les cours.

Le pour et le contre
Bref, ça sert à cela l’introspection en famille, prendre le temps enfin de discuter…
Devons-nous continuer à nous agiter sans (trop) réfléchir ? Ou, à l’inverse, nous poser, réinventer nos vies ? Qu’est-ce que l’on souhaite faire de ces dernières, n’est-il pas temps d’en (re)prendre le contrôle, décrocher de cette spirale infernale qui nous conduira à finir de la même manière …mais plus vite !
Et peut-être de nous projeter hors du « grand jeu » professionnel : la compétition, la carrière, la promotion, le prochain poste à décrocher… À quel prix ?! Pour quel objectif ?
Je résume cela avec un peu d’humour noir :
viser un haut niveau de responsabilité, avec des revenus décuplés mais intubé dans un lit en réanimation ?
En fin de compte, peut-être que non…
Reconnaître qu’il y a d’autres perspectives que celles que l’on nous fait miroiter, ces carottes, bonus, avantages pour nous inciter à nous défoncer au détriment de nos proches, de nous-mêmes…
Entends-tu ce silence ?
Pendant cette période de confinement, tout le monde a pu redécouvrir un univers sans bruit. Plus exactement, entendre ces chants d’oiseaux habituellement masqués par la circulation automobile…
Les riverains des aéroports vivent, eux, un total changement…
Même la vue des mauvaises herbes, des pelouses — paillassons verts généralement mités — devenues soudainement folles, nimbées de petites fleurs ; les myosotis et autres plantes qui fleurissent ci et là dans les anfractuosités du macadam nous ont rappelé que la nature est incroyablement résiliante…
Du coup, l’intonation de certaines remarques a changé, le « tu as de la chance de vivre sur une île » nimbé d’un léger parfum d’envie…

- Oui, c’est à cinq minutes à pied de chez nous…
Une envie positive
Une envie saine, positive, celle qui consiste à se dire « tiens et pourquoi pas moi ? », celle intégrant silencieusement les expériences des autres, des reconversions qui devraient nous « booster ».
Souvenez-vous quand vous avez rendu confortable un logement dont personne ne voulait. Cette transformation avait suscité une envie positive, émulé les copains, réveillé leurs propres désirs même ce n’était parfois qu’un simple décor.
Il manque parfois le déclic pour démarrer.
Nous verrons si ce confinement aura des répercussions sur le monde d’après …même si je suis pessimiste par nature.
C’est à chacun de faire des choix, de prendre des risques au lieu d’évoquer une commode bonne fortune pour les autres.
Faire le choix de vivre ailleurs, retaper un bien immobilier improbable sont bien des exemples tangibles.
Et si vous alliez au bout de vos projets ?
Au risque de vous saouler, ces semaines à tourner entre quatre murs devraient nous inciter à réfléchir sur le sens que nous voulons imprimer à nos existences.
J’ai lu à ce propos quelques billets intéressants sur ces prises de conscience.
Si l’envie est un moteur indispensable, ce sont les phases suivantes, nettement moins marrantes, qui conduiront (ou non) à ce changement d’existence.
Mais au lieu de balancer une fléchette sur une carte, dans quel territoire se poser ?
Drôme provençale, Cévennes, Bretagne, Dordogne (…pourpre, noire, verte ?)…
Ou encore découvrir Pujols, Penne d’Agenais, des villes découvertes à la …radio…?
À combien d’heures d’une métropole régionale ou de Paris, etc.
Nombre de facteurs entrent en jeu dont l’âge des divers membres de votre tribu, leurs potentiels débouchés professionnels, lieux d’études.
Aussi, évitez d’emblée de brader votre appartement sur un coup de tête ! Optez pour une opération de « downsizing », c’est-à-dire envisager ce qu’il était impensable (!!) au début des discussions : ménagez vos arrières !
Bref, y aller progressivement.

L’envie ne suffit pas
Ce qui suit est vrai pour tous les projets post-confinement : quitter la ville, ça se prépare.
Comme nous tous, j’ai été séduit par ces récits où le héros arrive quelque part et n’en repart plus !
Malheureusement, histoire de rendre l’aventure plus belle, le narrateur oublie ces phases intermédiaires, ses (nombreux) retours en ville pour céder son bien, déménager ; mais aussi un paquet d’allers et retour pour visiter des affaires exceptionnelles (sic !) à acquérir de suite (re sic !), ces nuits à réfléchir, à faire les comptes, à calculer le temps pour se rendre à la première épicerie, hôpital, gare…
Bref, impérativement faire la somme des inconvénients, se souvenir que personne ne vous attend ; que la greffe au plan locale peut prendre du temps, …voire ne pas se réaliser.
Sans la jouer “vieux sage”, je me fonde sur notre propre expérience. Quitter un environnement familier, un cercle d’amis n’est pas une partie de plaisir.
Sur le continent, c’est déjà compliqué. Alors, sur une île, dans un milieu naturellement clos, pas question de se tromper.
Précisions d’emblée à ce stade de ce billet que vivre sur cette île fut un choix collectif de notre part.
Vu sous l’angle particulièrement réducteur des vacances, notre situation d’iliens peut légitimement alimenter quelques fantasmes en occultant les contraintes en regard : venir une semaine, voire un mois en été n’a pas grand chose avec une vie à l’année !
Proche et inaccessible
Vivre en province dans un coin mal desservi par le rail ou sur une île non reliée par un pont exige de poser le problème des potentiels aléas climatiques…!
La neige qui s’invite, les pluies incessantes qui emportent la route. Ou les tempêtes qui interdisent toute navigation !
Quitter une métropole avec ses accès quasi immédiats (et par tous temps) à des tas de sources culturelles (musées, opéras, théâtres, tout ce que l’on nomme …vie culturelle), l’accès rapide à des spécialistes de santé, voire à des opportunités nettement plus larges en terme d’emploi n’est pas une décision facile.
Ainsi Belle-île semble proche du continent à 15 kilomètres (8 milles nautiques) de Quiberon.
Mais ce dernier est lui-même au bout d’une longue presqu’ile…! lci, pas de pont, pas d’aéroport international. Des ferrys et quelques vedettes rapides en saison.
Sans oublier des temps de déplacement qui s’additionnent avec ceux des attentes aux gares, maritimes ou ferroviaires !
Sortir ou revenir s’organise, la météo combinée à des mouvements sociaux peut très vite rendre un déplacement redoutable ! La nature avec ses épisodes violents et tempétueux assortis de pluies glaciales, de brouillards épais a toujours le dernier mot…
Du temps pour être accepté…
Ne pas imaginer que l’on s’immerge d’emblée dans une une atmosphère idyllique, le genre humain reste le même, la greffe insulaire ou campagnarde reste lente, pas toujours couronnée de succès…! Contrairement à l’anonymat des grandes villes (…et encore, ça se discute), tous les faits et gestes, les non-dits, sont scrutés…
Si vous vous attendez à discuter de suite avec vos nouveaux voisins sous prétexte que vous vivez sur place, non. Les ouvertures se feront mais soyez très patients. Inversement, ceux avec qui vous risquez d’échanger rapidement sont à votre image, des personnes arrivées récemment.
Bref, la confiance se gagne progressivement, sur des années. J’insiste sur ce temps long.
Il est d’ailleurs naturel d’être analysés. Une fois que vous êtes adopté par une personne du cru, ça s’accélère. Mais, ne décevez-pas.
Pas la peine de modifier votre façon de fonctionner, soyez authentique avec votre mauvais caractère si vous n’arrivez pas à vous contrôler !
Si le territoire que vous visez est associé au terme vacances, souvenez-vous que c’est assez peu de temps dans l’année : cela reste avant tout un lieu de vie.
D’ailleurs, très vite, vous allez apprécier la quiétude de votre coin de nature, la disparition des vacanciers dès que la saison se termine.
Preuve de votre début d’intégration !

Petites étapes
Dernier conseil : procédez par étapes, un pas après l’autre, quitte à louer un temps pour vous faire concrètement une opinion, attendre de trouver une réelle opportunité au lieu d’acquérir à l’arrache.
Mesurez risques et bienfaits sans exagération pour éviter les déceptions.
Bref, prenez le temps.
Il nous a fallu deux décennies…
…et quelques jours restent gravés dans nos mémoires
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mémoire
Après près de dix-huit mois à changer pratiquement chaque semaine d’horizon, j’apprécie d’être confiné dans notre port d’attache breton. Dès qu’il sera possible de nous balader à nouveau, accompagner notre fille pour boucler sa dernière année de master, rejoindre notre fils dans une ville européenne, je lèverais (nous léverons…!) les voiles sans problème.
Mais, en attendant, je goûte chaque jour de cette longue escale avec les routines qui l’accompagnent, la sortie d’une heure quotidienne, les prises de vue avec le post-traitement dans la vieille version de Lightroom.
Si j’ai un soupçon de vague à l’âme, il me suffit de parcourir mes notes (numériques car collectées avec des clichés dans Day One journal + mémoire). Mes souvenirs se rafraîchissent instantanément.
Ainsi deux journées mi-Avril de l’an passé.

- Rassurez-vous, peu de photos dans ce billet…
Un récit parmi d’autres
Après un long périple autoroutier depuis Aranjuez, nous sommes arrivés à Grenade dimanche 14 mars dans une ville interdite aux voitures, semaine sainte oblige. Nous avons eu la chance de rejoindre sans aucune difficulté ni contrôle de police une place de stationnement dans un parking (Garaje Trexa Plaza Compos) que j’avais réservé par le biais de notre hébergement.
Une place au sous-sol avec accès par une rampe unique et stationnement du Jeep au chausse-pieds entre deux maigres piliers en béton. C’est dans ces cas là que j’apprécie la direction assistée et les radars de recul, un peu moins la taille de notre vieux véhicule…!

- en jaune, l’hébergement ; en rouge, l’emplacement du parking…
Coté hébergement, nos avions réservé deux piaules Calle de los Damasqueros dans le Nest flats Grenada situé dans la vieille ville, quasi au pied des escaliers permettant de monter directement vers l’Alhambra, dans le quartier du Realejo.
La suite nous démontra que nous avions eu un sacré nez car nous étions du bon côté pour éviter d’être coincés par les nombreuses processions qui se déroulent l’après-midi et le soir.
Le plus compliqué fut d’utiliser le système d’identification numérique (!!) pour récupérer nos clés après scan de nos pièces d’identité, etc. Heureusement aidés par une jeune espagnole sympathique à la réception …et notre traductrice personnelle, Aurélia.
Bref, deux chambres impeccables et silencieuses, genre appart’hôtel.
Le temps de déposer nos maigres bagages, nous sommes repartis tous les quatre à l’assaut des collines qu’Aurélia et Béatrice connaissaient déjà.
Mes propres souvenirs datant de plus de trente ans, à une période où il faisait tellement chaud que l’on appréciait de dormir dans le parador de la Sierra Nevada proche !
Inutile de rappeler que Grenade, ça monte et ça descend…! Nous emprunté un nombre époustouflant de petites rues et d’escaliers pour nous balader vers la Mezquita de Grenada sur la colline de l’Albaicínau dessus du Rio Darro en nous laissant porter par nos envies et souvenirs. Avec des vues splendides sur l’Alhambra, bien entendu…

Au retour, nous avons croisé, vu, entendu plusieurs processions impressionnantes en regagnant difficilement notre hébergement via les rues et ruelles bondées. Je ne sais pas si c’est affaire d’habitude, mais il est assez facile de se repérer dans Grenade. Au pire, coincé, on fait demi-tour et on essaye le voie suivante…
Le lendemain, lundi 15 avril, visite de l’Alhambra en plusieurs étapes (nombreux billets réservés dès février) avant de revenir une seconde fois l’après-midi pour finir par la visite des somptueux jardins et palais Nasrides.

- Sachant que l’une des processions emprunte la rue en jaune, la position de notre hébergement était parfaite…
Petit-déjeuner tous ensemble dans notre chambre et départ tôt vers l’Alhambra. Montée des escaliers à 100 mètres de là puis, 20 minutes plus tard, exténués, nous pénètrons dans les jardins.
Une armée de jardiniers s’active et quel silence hormis les oiseaux et un écureuil qui traverse une allée ombragée.
Bon, c’est bien moi (!!) qui, choisissant un mauvais itinéraire, nous a conduit au bout de 15 minutes à faire demi-tour pour (re)démarrer la visite dans le bon sens entre des groupes arrivés entre-temps. Heureusement, des moments de latence avec moins de monde pour profiter des lieux.

En effet, nous prenons notre temps, n’hésitant pas à nous arrêter, nous poser et contempler le paysage et les détails de l’architecture, les astuces d’irrigation pour alimenter les jardins. Et les vues sur Grenade qui, le matin, sont somptueuses.

Nous poursuivons avec le Patio circulaire du Palais de Charles Quint dans une très belle lumière et (…relativement) peu de monde…

Après cette longue visite, fourbus, nous sommes redescendus à l’hébergement pour déjeuner après quelques courses si je me souviens bien.
Après une rapide sieste, nous sommes partis dans la ville même faire un tour et consommer quelques pâtisseries et nous rafraichir non loin de la Cathédrale de l’Incarnation.
Dans l’après-midi, nous sommes remontés à l’Alhambra pour visiter les autres jardins dont l’Alcazaba avant d’enchainer enfin (!) ces autres lieux clés pour lesquels nous étions venus, les Palais Nasrides avec la cour des lions, etc. Bon, là, autant le dire, c’était blindé mais supportable (et pas trop étouffant).
Visite encore plus chouette que dans mon souvenir d’il y a trente ans, même si, à cette période là, nous les avions visités quasiment sans touristes, étant les premiers le matin à y pénétrer en arrivant de la Sierra Nevada et distancé rapidement ceux qui nous suivaient.
C’est à la fin de cette dernière visite de 18:00 des Palais Nasrides que nous avons appris que Notre-Dame flambait.
Inutile de décrire ce que nous avons ressenti sur le moment. Soulagés d’être ensemble.

Le soir, nous sommes redescendus par la Cuesta de Gomérez pour trouver un restaurant au lieu de passer directement par les escaliers de la Cuesta Del Realejo.
Idée totalement illusoire dans les fumées et chants des processions, les rares établissements ouverts avec des files d’attente.
Nous avons décidé d’acheter de quoi dîner chez un traiteur italien, Cacho & Pepe, une petite boutique repérée par Josquin, Calle Colcha.
Pour noyer notre émotion, nous avons acheté du vin et plusieurs types de lasagnes (excellentes), le tout servi par deux personnes adorables, touchées par ce qui venait de se dérouler à Paris (…de la force d’internet, tout le monde est informé en direct de tout dans le monde via son portable).
Du coup, il a fallu se glisser à nouveau sur les trottoirs étroits de la Calle Santa Escolástica en longeant la foule contemplant la procession pour rentrer à notre hébergement.
Une fois arrivé, nous nous sommes rendus compte qu’il nous manquaient des desserts.
Josquin est retourné chez notre petit traiteur (…désolé mais la boutique est réellement minuscule…!) et est revenu avec ces derniers.
Sauf qu’il restait à les payer car il était parti dans l’urgence sans sa carte de crédit (…notez la confiance des gens qui nous avaient vu quelques minutes avant…!).
Josquin et moi sommes ressortis 45 minutes plus tard pour régler. Le temps, une fois de plus, de vivre de près la procession, ses chants, les tambours, les trompes, les lourds chars décorés et portés par des paires d’épaules, les effluves d’encens mais, surtout, de tomber dans un piège !
Guiseppe, l’adorable patron italien, était arrivé dans sa boutique et nous a pris illico en sympathie (il parle français, a vécu à Lyon). Pour célébrer ensemble ce triste événement, il nous a servi un premier verre de vin, puis un second car il fallait absolument goûter tel autre cépage. Heureusement que mon fils a nettement plus de capacités que moi à les boire et à les supporter !
Un second verre de blanc suivi d’un nouveau verre de rouge, très difficile de refuser quoique ce soit à Guiseppe (que j’embrasse, un cœur en or…!).
Après l’avoir remercié dix fois, nous sommes finalement rentrés après avoir longé une dernière fois la longue procession qui se terminait. Enfin, non, nous l’avons entendu tard dans la nuit
Note de fin : Je n’étais pas ivre (…je ne faisais pas encore la promotion de l’eau ferrugineuse…!), simplement terrassé par cet abus de vin — je bois très peu — mais surtout par la nouvelle de l’incendie. Je n’ai eu aucun souci pour m’endormir, ce qui était nécessaire car nous reprenions la route dès le lendemain matin pour Cordoue, avant que la ville soit à nouveau bouclée dès 12:00.
Néanmoins, avant de m’endormir, j’ai visionné une demi-douzaine de fois l’effondrement de la flèche de Notre-Dame, lu les témoignages des parisiens qui étaient présents (merci Twitter) …comme si je n’arrivais pas à croire la réalité de ce qui venait pourtant de se produire quelques heures plus tôt.
Voilà…