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Masse critique n°8

Babelio.com

dans lire

Ce matin, Mercredi 5 Mai, dès 07:30, rendez-vous sur Babelio, plus exactement ici…!!
Objectif : chroniques de livres sur vos propres blogs…

masse critique

Pour cette nouvelle édition près de 400 exemplaires à distribuer, provenant des catalogues des éditeurs suivants : Gallimard, Le Seuil, Plon, Le Cherche-Midi, JC Lattès, Rivages, Belfond, Le Mercure de France, Phébus, First, Perrin, Presses de la Renaissance, Quidam, Volpiliere, Philomèle, Zoé, Les Allusifs, Enfance & Musique, L'Herne, Alzabane, Philippe Rey, Sud Ouest, L'Harmattan, Syrtes, Monsieur Toussaint Louverture, Buchet-Chastel, Noir sur Blanc, Orizons etc.

le 05/05/2010 à 08:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #

Malinche l’indienne

Anna Lanyon

dans ancres | lire | potager

Voilà un bouquin passionnant, une enquête historique écrite par un chercheur australien sur un mode très personnel, factuel, une sorte de à la poursuite de Carmen Sandiego, cela dit sans connotation péjorative. Une quête attachante, fascinante même, qui nous balade dans le Mexique sur les rares traces de la Malinche.

Comme l'écrit l'auteur de ce livre en citant Georges Duby, c'est fou comme la place des femmes dans l'histoire est réduite à si peu de lignes. Ce n'est pas qu'elle n'ont rien fait, simplement ce sont les hommes qui consignent les faits historiques…
Ainsi ceux de cette femme, la Malinche.

Si Cortès conquit aussi vite et avec aussi peu d'hommes le Mexique, il le doit — entre autres car là aussi nous sommes face à une réécriture des faits dans les années qui ont suivi cette épopée — à cette rencontre incroyable avec la Malinche dit Marina qui lui servit de traductrice tant avec les Mayas qu'avec les Aztèques. On oublie également qu'elle lui donna un enfant, Martín en 1522. Enfant qu'elle ne put élever car il partit en Espagne avec son père dès 1528. Le seul qui parle précisément de doná Marina est le conquistador Bernal Diaz des Castillo — l'auteur de l'Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne — qui a connu la Malinche car il fut l'un des fidèles compagnons de Cortés et assista à tous les évènements.

Il raconte que ce sont les Mayas qui offrirent cette jeune femme avec une vingtaine d'autres le 15 mars 1519 devant Potonchán. Cette offrande de femmes s'explique aisément : Une année plus tôt, un autre capitaine, Juan de Grijalva, avait également atteint Potonchán, échangé des cadeaux avec les Mayas et les avaient fort bien respectés. Pas de rapines, pas de saccage mais une épidémie de variole avait décimé la ville suite à son passage. Comme les habitants de Potonchán ne souhaitaient pas revivre cela, ils prirent les devants en offrant d'emblée des cadeaux en signe de reddition à Cortès.

Pour mémoire, Malinche avait été vendue par sa propre mère à des marchands d'esclaves qui l'entrainèrent de Jaltipán vers Xicalango, une importante cité commerciale dont il ne reste plus rien, puis à Potonchán. Comme le note Anna Lanyon, si Bernal Diaz des Castillo — qui vécut jusqu'à 88 ans (mort en 1584) — évoque le sort de chaque compagnon de cette incroyable aventure que fut la conquête, il ne dit rien de la fin de la vie de la Malinche. Bref, après avoir permis de conquérir Tenochtitlán en servant de truchement entre Cortès et Moctezuma, elle disparait vers 1528.

Ce que l'on sait par contre, c'est que cette femme parlait le nahuatl mais aussi une langue Zoque propre à l'isthme de Tehuantepec, langue désormais quasi disparue car considérée comme du charabia, le populuca. Sans oublier le Maya et l'espagnol qu'elle apprit à l'aide d'un ancien prisonnier des Mayas, Gerónimo de Aguilar.

Anna Lanyon soulève bien d'autres faits, explique pourquoi les Franciscains ont préféré utiliser la version du retour du dieu Quetzalcóatl. Pourquoi la légende de Malinalxochitl — trop proche du parcours de la Malinche — a été mise de coté. Sans oublier les alliés oubliés de Cortès, les Totonaques, un peuple rebelle à la domination des Aztèques, démontrant ainsi qu'il y avait un véritable puzzle de peuples. Ou l'importance des virus que les conquistadores transportaient à leur insu et qui a fait bien plus de ravages que toutes les batailles.

Bref, un livre que je recommande à tous les lecteurs curieux de l'histoire du Nouveau Monde mais aussi des mythologies qui accompagnent les conquêtes, cette manière de réécrire l'histoire à l'avantage de ceux qui ont gagné. Malheureusement, les images colportées aujourd'hui de la Malinche ne sont pas glorieuses. Le livre d'Anna Lanyon vous permettra de comprendre pourquoi et qui cela arrange.
Passionnant.

Pour finir, l'auteur est australienne et très sensibilisée à ce qui s'est passé chez elle, à savoir l'absence même de métissage à l'identique de ce qui s'est passé en Amérique du Nord. Une sorte de trait commun aux anglo-saxons…! Or, fait unique, les espagnols épousent les femmes indigènes. Une attitude fondamentalement différente de celle des passagers du Mayflower…! Mieux encore, l'espagnol a été métissé de nahuatl… Prononcez les mots chocolatl, tomatl (xitomatl), awuacatl (āhuacatl)…!





Malinche l'indienne
L'autre conquête du Mexique
Anna Lanyon
Traduit de l'anglais par Jacques Chabert
Payot
9782228894746 | 18,29 € | 222 pages



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le 27/04/2010 à 09:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #

Inside the Publishing Revolution – The Adobe Story

Pamela Pfiffner - Adobe press, 256 pages - 2003

dans lire | vincent

[…] Ce billet a été rédigé naguère par Vincent Burgeon […]


Une révolution…
N'y voyez pas une provocation de ma part, mais il m'a semblé intéressant, vu les débats Apple / Adobe qui bruissent ces derniers jours sur la blogosphère, de pousser sous les spotlights ce bouquin que j'ai lu il y a quelques mois, découvert grâce à l'excellent Peter Gabor.

Il s'agit d'une chronologie de l'histoire d'Adobe, des prémices à 2003 pour être précis (et donc bien avant qu'on ne cloue Flash au pilori).

Bon, soyons clair, je ne peux pas m'ôter de la tête que ce livre est un tout petit peu pro-Adobe, bien que Mme Pfiffner ait également de bonnes raisons d'aimer Apple (elle a travaillé chez MacWeek, MacUser, Publish…), mais pour accéder au saint du saint des archives adobiennes, pouvoir interviewer les grands patrons, et être finalement édité par Adobe Press, il était préférable que la charge ne soit pas trop lourde.

Malgré cela, je pense que c'est tout de même un très bon livre.

Premièrement, parce qu'il remet en perspective l'émergence de la Publication Assisté par Ordinateur (plus communément appelée PAO) et son influence sur le monde du graphisme, de l'imprimerie et de la communication en général. On y voit, aux travers des yeux d'Adobe, les grands acteurs de l'époque apparaître, évoluer, grandir, s'allier, se battre, réussir, disparaître… C'est d'ailleurs assez fascinant de voir le contexte de l'apparition des premières fontes PostScript, les interrogations sans fin liées à l'usage de l'informatique pour produire des mises-en-page, les défis techniques posés et la façon de les résoudre, les différentes personnalités qui entrent en scène, devenues célèbres pour certaines ou tombées dans l'oubli pour d'autres (qui se souvient de M. Seybold?), etc.

La deuxième raison, c'est que ce livre est tout simplement bien fichu : bien documenté, chouette iconographie, bien maqueté, belle impression, très agréable à lire… bien qu'il soit en anglais.

…et une anecdote
Je ne vais pas vous narrer par le menu l'histoire de la PAO, ceux qui l'ont vécue le font bien mieux que moi (clin d'œil appuyé au maître de céans), mais pour illustrer l'esprit un peu "C'était le temps des pionniers" qui anime ce bouquin, j'en tire une anecdote de circonstance, qui m'a beaucoup plu… : Fin 82, début 83, Adobe, avec sa technologie PostScript bien au point, réfléchit aux moyens d'en tirer parti. L'idée qui prédomine est de créer des sortes de petites boutiques-imprimeries équipées de PCs et d'imprimantes Laser exploitant la dite technologie, afin de permettre à n'importe quel quidam de venir faire imprimer à moindre coût et en petites quantités ce que bon lui semble. Oui oui, vous avez bien lu ; Adobe songeait à se développer autour d'un service proche de ce que nous connaissons aujourd'hui avec, par exemple, CopyTop. Bref, ils se dirigeaient vers un système de petites structures de Service adossées à du Software propriétaire (le PostScript) et du Hardware (des PCs et des imprimantes).

Au printemps 83, Warnock et Geschke rencontrent Steve Jobs, justement pour discuter technologie, PostScript, Laserwriter, interface graphique, le nouveau Lisa, et tout le toutim… Apple a le vent en poupe, à ce moment-là : nous sommes à deux doigts de la sortie du premier Macintosh.

Après la réunion du matin, ils vont déjeuner tous ensemble dans un restau, à Cupertino. Durant le repas, Jobs réagit aux projets d'Adobe (les imprimeries), en disant (selon la légende) : "I don't need the computer. I don't need the printer. I need the software". En gros, Jobs convainc les dirigeants d'Adobe de laisser tomber leur idée d'imprimeries locales, pour devenir exclusivement une Software Company, en licenciant PostScript à Apple (qui possède déjà un savoir-faire en matière de Desktop Computer et d'imprimante laser).

Et c'est évidemment ce qu'Adobe fera : avec PostScript installé sur ses Macs et sa Laserwriter, Apple a pu proposer les toutes premières stations de Desktop Publishing. C'est en quelque sorte ce déjeuner fondateur entre Adobe et Apple qui a lancé la révolution de la Publication Assistée par Ordinateur…

La suite est connue, grâce aux succès des Macs et de la Laserwriter, Adobe est allé trouver les grands fondeurs pour leur proposer de redessiner leur fontes au format PostScript et c'est un gros contrat avec Linotype qui a déclenché la ruée des autres fonderies vers cette nouvelle technologie, transformant PostScript en première poule aux œufs d'or pour Adobe (je vous laisse le soin de deviner quelle fut la suivante, de poule…).

Bon, il est évidemment possible qu'Adobe aurait pensé à licencier Postscript après s'être cassé les dents avec ses imprimeries-copytopesques, mais c'est amusant de noter, une fois de plus, qu'un certain visionnaire était passé par là…

En filigrane, apparaissent d'ailleurs, ça et là dans le livre, les interrogations des responsables d'Adobe quant à la direction que prend l'entreprise à certains moments de son existence, et aux difficultés qu'elle a à se créer une identité par rapport aux évolutions rapides du monde de la communication (le web, la vidéo, etc.).

Tiens, ça me fait penser qu'il y a d'ailleurs une bonne anecdote concernant Quark et le lancement du projet InDesign, mais je ne voudrais pas vous gâcher la lecture à l'avance !

Bref, pour ceux qui s'intéressent à l'histoire du graphisme 'papier' sous l'angle des technologies, ce bouquin est certainement un must-have.

Vous pouvez lire ici l'article de Peter Gabor, bien documenté et illustré (quelques extraits du livre sont également sont dispos).

Et si vous avez l'occasion de vous l'offrir, précipitez-vous, car il n'est pas certain que ça soit réédité un jour…

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le 15/04/2010 à 07:20 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #