Pour que les gens lisent, il est peut être intéressant de leur faire rencontrer des livres, tout simplement… Des vrais, en papier, des qui n’ont pas besoin d’être rechargés tous les jours à la prise électrique du coin…!
S’inspirant d’un phénomène qui commence à s’étendre ci et là, les éditions eho organisent une opération Passe-livre qui est expliqué ici…
En dehors ce cette action qui ne concerne que la production de cet éditeur comme ce dernier l’explique fort bien — Le but de cette opération est de permettre un accès ludique et gratuit à des livres qui correspondent à nos goûts et à nos engagements, en marge de la promotion habituelle. Nous les libérons dans les lieux publics afin qu’ils puissent être recueillis par tout un chacun et lus par d’autres encore qui les relâcheront à leur tour, rien ne vous empêche de procéder de même avec un bouquin que vous appréciez particulièrement en le passant à vos amis…
J’ai prêté ainsi plusieurs fois des livres de Redmond O’Hanlon et d’autres écrivains voyageurs, livres qui ne m’ont jamais été rendus (ils se reconnaîtront…! Joël, tu as ainsi un Bill Bryson…!) et j’espère que mes emprunteurs ont la bonne idée de les passer à leur tour…! Bref, n’hésitez pas déjà à votre échelle à prêter des livres… Et tant pis — ou tant mieux ! — s’ils ne reviennent pas…!
J’achète à nouveau ces livres volatilisés pour que mes mômes puissent les découvrir… Car le futur est là avec cette nouvelle génération de lecteurs… de livres papier…!
Passionnant… Le dernier livre de Jared Diamond : Effondrement
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Ce ne sont pas les quelques averses qui m’ont incité à le lire mais une relative plage de temps libre… Et, comme d’habitude, je suis allé me ruiner à la librairie l’usage du monde qui tire son nom du livre fameux de Nicolas Bouvier…!
J’ai enfin commencé à lire Effondrement que j’avais découvert via un long papier de La Recherche…
Aussi, entre balades, averses (!) et missions en attente, je suis plongé dans ce gros volume de plus de 640 pages. Il faut avouer que le sujet est actuel.
Il s’agit de l’écocide, une notion que Jared Diamond juge plus dévastatrice qu’une épidémie ou une guerre nucléaire. Et son livre est l’exemple de précédents effondrements passés ou en devenir… Des Vikings aux habitants de l’île de Pâques ou les Mayas pour le passé…
Mais c’est quoi l’écocide…? Au lieu de tuer une culture ou une civilisation comme pour un ethnocide, là c’est l’environnement quotidien qui est systématiquement pillé et sur-consommé. Au point de créer les conditions parfaites d’un suicide environnemental… Tout rapport avec des signes avant-coureurs de notre propre actualité n’est absolument pas fortuit…!
D’ailleurs, le chapitre sur l’île de Pâques est une démonstration particulièrement inquiétante de ce qui peut nous arriver… Car il y avait bien des arbres sur cette île à l’origine comme en témoigne une analyse assez poussée sur trente mille fragments de charbon de bois — via des carottages effectués dans des fours et des tas d’ordures — par Catherine Orliac, une archéologue française. Mais une exécrable gestion des ressources associée à des coutumes religieuses consommatrices de bois et un manque de clairvoyance des élites a conduit à une déforestation totale de l’île… Du coup, plus de bois pour fabriquer des bateaux de pêche ou des cordes, l’impossiblilté de se chauffer, plus de protection au vent des cultures agricoles, de création naturelle de compost, etc. Cela a entraîné quelques conséquences dramatiques en fin de course dont la quasi disparition de la faune et un passage au cannibalisme pour simplement survivre…
Sachant que cette île est isolée (3700 kilomètres à l’est du Chili…), difficile d’aller chercher du secours ailleurs (je recommence, toute ressemblance avec notre planète n’est absolument pas fortuite…)…
Néanmoins, Diamond tempère en conclusion cette explication en insistant sur neuf autres points favorisant la déforestation dont la situation et la géographie même de cette île.
Enfin, Jared Diamond insiste bien sur un point…
Je le cite :
Par ailleurs, je ne connais aucun cas dans lequel l’effondrement d’une société ne serait attribuable qu’aux seuls dommages écologiques, d’autres facteurs entrent toujours en jeu. Lorsque j’ai formé le projet de cette enquête, je n’avais pas mesuré l’ampleur de sa complexité, naïvement convaincu que je n’aurais à traiter que de dommages environnementaux. Je suis finalement parvenu à définir une grille d’analyse constituée de cinq facteurs potentiellement à l’œuvre que je prends désormais en compte quand j’entends comprendre tout effondrement environnemental éventuel.
Quatre facteurs — dommages environnementaux, changement climatique, voisins hostiles et partenaires commerciaux — peuvent se révéler significatifs ou pas pour une société donnée. Le cinquième facteur — les réponses apportées par une société à ses problèmes environnementaux — est toujours significatif.
Bref, ce livre est passionnant, accessible à tout lecteur un peu curieux, particulièrement documenté (très étayé), ironique et parfois drôle. L’auteur n’est jamais pontifiant, n’hésite pas à rappeler qu’il existe d’autres grilles de lecture possibles mais argumente toujours avec méthode. Et s’avère particulièrement convainquant…
Effondrement
Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie
Jared Diamond
Gallimard
9782070776726 | 29,50 €
Je continue à le lire…
••• edit | décembre 2024 | Je me répète : peu importe si l'hypothèse à propos de l'île de Pâques soit discutée, c'est l'orientation du livre qui est passionnant…