Même avec la meilleure volonté, décrypter des lettres manuscrites prend du temps, surtout quand il y en a un paquet.

Je ne suis pas du style patient. Du coup, je me suis bricolé un statif élémentaire (sic…!) avec une boîte à chaussures pour y poser le iPhone 6s+, ajouté un peu de lumière en sus de celle arrivant par la fenêtre. Puis lancé, pour ce faire, ScanBot ⚑ (Gratuit).
Bon, il me semble que vous passerez vite aux achats additionnels car le nommage automatique des images en prenant en compte le contenu du presse-papiers (indispensable ici pour monter une chronologie des lettres expédiées) ou la localisation, l’envoi vers le nuage sont rapidement indispensables à grande échelle.

En résumé, je place chaque lettre sous mon dispositif (…celui en carton…!), puis je rentre sur l’iPad — en utilisant le traitement de texte Drafts 4 et sa synchro — des infos que je souhaite retrouver dans le nom du fichier (…lieu, date de la lettre et numéro, info complémentaire entre crochets), je copie cette information dans le presse-papiers du iPhone (via une action, toujours depuis Drafts 4, la sychro étant effectuée assez vite), avant de procéder à la prise de vue.

ScanBot reconnaît généralement les bords du document que vous photographiez. Bien entendu, certaines lettres ne sont pas planes (…et un pliage effectué il y a 100 ans peut être assez rétif…!). Ou, plus fréquemment, du fait qu’Alexandre écrivait dans les marges, ne cessait d’ajouter des infos. Dans ce cas, il est possible de modifier le cadrage de base et prendre de la distance.

En sauvegardant, Scanbot ajoute la date et l’heure (cela se personnalise en amont) en amont du contenu du presse-papiers pour constituer le nom du fichier. Puis ce dernier est immédiatement exporté dans DropBox.

À l’usage, Scanbot s’avère très confortable, tant pour vérifier si toutes les pages sont présentes (…un appui puis un feuilletage vertical des pages, ici avec leurs deux niveaux de lecture…!). Ou réexpédier une version complétée (…oui, il est toujours possible de rajouter des pages dans un PDF) par courriel.
Pas besoin d’être absolument d’équerre, l’application redresse les documents pris légèrement de travers.

Bref, mes nombreux documents ainsi scannés sont parvenus à mes camarades. Et je n’ai pas terminé…!

En fin de session, ne pas oublier de remettre le verrouillage automatique du iPhone au minimum, je l’avais désactivé pendant cette longue séance…
À suivre…
Hier soir, ma fille m’a expédié un court SMS depuis son iPad. Elle s’était baladée le long des canaux à Gand et m’en faisait part. Je lui ai répondu dans les 10 secondes. Nos échanges ont duré quelques minutes puis je me suis replongé dans la correspondance d’Alexandre désormais entre mes mains après être passée dans celles de François, son épouse Maria puis sa fille Marguerite.
— Bon. Et alors ? Eh, oh… on reçoit tous des SMS…!
C’est justement le décalage entre l’instantanéité de nos échanges (…je pense à ceux qui j’ai avec Lucas en Nouvelle Zélande qui est loin d’être la porte à côté comme peut l’être la Belgique, façon de parler) et le temps entre l’envoi d’une lettre du Tonkin ou d’Abyssinie au début des années 1900.
François a pris soin de noter sur certaines enveloppes le temps que mettaient les missives de son ami Alexandre. Il notait sur cette même enveloppe la date de l’envoi de sa réponse.
En résumé, il ne fallait pas être pressé mais les P. et T. réalisaient des exploits pour acheminer, dans un sens comme dans l’autre, le courrier comme les colis.
Un départ de Mong-Tseu le 3/10/1907 pour une distribution à Paris XIV le 14/11. Un départ de Diré-Daoua le 11/06/1912 arrivant le 27/06…
Mais si je repars un peu plus loin dans le temps, c’est nettement moins confortable…
Un départ de Mong-Tseu le 6/6/1903 pour une distribution à Paris XIV le 29/07… Un Hanoï le 5/11/1902 à Paris le 15/12.

40 jours pour aller de Chine en France était déjà une sacré performance avec correspondances entre bateaux.
Nous n’avons malheureusement pas les lettres que François adressait en retour à son cher Alexandre Marchand mais seulement les dates d’envoi …et les plaintes amicales de son ami (dans les lettres qui suivaient) se désespérant de n’avoir eu de réponses à ses courriers.
Parfois, tout arrivait quasiment en même temps et Alexandre tachait de répondre aux trois lettres reçues en une seule missive. D’où l’importance de leur numérotation scrupuleuse de part et d’autre.
Bref, rappeler qu’avant cette ère de l’instantanéité des informations (…avec son lot de désinformations et de manipulations), nos aînés savaient composer avec ce temps long, prenaient même celui de rédiger de formidables missives…
D’ailleurs, que restera-il de nos propres échanges…?! Pas grand chose…!
Bien entendu, Yvon qui est en Chine et Hugues tout juste de retour d’Ethiopie sont impatients de connaitre le contenu des lettres d’Alexandre Marchand à son copain François Crucière, lettres qui ont toutes été conservées par Marguerite, fille unique de ce dernier.

Mon fidèle scanner Epson firewire n’étant plus supporté par El Capitan (…alors qu’il tournait comme une horloge sur Yosemite, quelques coups de pied au c… se perdent chez la pomme), j’envisage de bricoler un support (une sorte de statif…) pour y poser, en haut, le iPhone 6s+ et, en dessous, les fameuses lettres expédiées du Tonkin avec un éclairage correct.
Mais en attendant, je me suis rabattu sur un procédé qui s’avère pas si abomifreux que cela… Passé les premières minutes, le mode dictée, malgré une évidente méconnaissance de certains termes anciens et de forts problèmes sur les accords, est un pis-aller assez correct. Les instructions vocales (…pas assez abondantes) pour gérer la ponctuation, par exemple, s’avèrent utiles mais impossible d’échapper à une relecture complète de ces notes balbutiées dans le micro de mes écouteurs…
Généralement, je dicte les lettres dans Drafts 4 et j’emploie quelques actions avant d’exporter le tout dans Ulysses pour iPad avec du balisage Markdown.

Certes, je me rends compte, au fur et à mesure, du temps que va me prendre cette opération. Mais, peu à peu, je décrypte l’écriture d’Alexandre, me suis fait à ses fautes d’écriture et de syntaxe, ses raccourcis, ses ajouts multiples en marge ou entre deux lignes, ses parenthèses et incises multiples, son style très souvent télégraphique.

Et à son humour (esprit d’escalier), voire à ses moments de déprime (spleen). Mais aussi aux problèmes techniques qui l’incitent à demander de l’aide à son copain François resté à Paris, à ses demandes précises pour que ce dernier lui expédie tant des ciseaux à ongles (courbes) que des feuilles d’amiante pour ses soudures, de la peinture noire pour repeindre sa chambre stéréoscopique, etc.

Car ces deux copains sont des fondus de photo et échangent sur la qualité de papiers pour le tirage comme sur les déclencheurs souples (…dont le caoutchouc devient cassant, dixit Alexandre).

Méthodologie et chronologie à inventer…
Bien entendu, c’est un premier jet pour mes deux amis Yvon et Hugues, je vais d’ailleurs faire une chronologie des lettres car il y a aussi du courrier de la sœur d’Alexandre aux parents de François pour un job aux P. et T. d’alors.
Et Hugues s’inquiète de ne lire que du courrier venant de Chine et rien de la première période d’Alexandre en Ethiopie…avant 1900, période traitée dans son livre qui relate l’histoire du chemin de fer construit au début du siècle dernier entre Djibouti et Addis Abeba. Et photographié par Alexandre.

- En passant, je sais désormais pourquoi ces lettres n’ont plus de timbres, passion de François… rappelée par Alexandre dans l’une d’entre elles…
Bref, c’est une histoire qui nous réunit, chacun disposant de quelques pièces d’un gigantesque puzzle qui nous donne envie d’en savoir plus. Tous les six mois, notre petite bande se réunit à Paris.
Si pour François, la vie a été plus brutale, celle d’Alexandre s’est achevée en 1956, information que l’obstination de Hugues a mis en évidence grâce à des recherches tous azimuts.
Bref, je profite de mon temps désormais libre (sic !) pour éplucher cette correspondance et d’autres archives photographiques, ayant perdu trop de temps ces deux dernières années.
À suivre…