Avant de réduire mon activité ces prochaines semaines, cette simple recommandation d’un ouvrage qui se lit par chapitres, dans l’ordre que vous souhaitez et que j’ai déjà prêté à une amie de mon village… qui le trouve remarquable.
Il est vrai que les politiques de tous bords ont une forte tendance à se référer à l’histoire…
Parfois, c’est comique ou maladroit mais c’est souvent approximatif, voire faux…
Et c’est ici qu’intervient — avec humour et précision — Jean-Christophe Piot, journaliste, historien de formation, titulaire d’un Master d’histoire des religions romaines, entre autres.
J’avais entendu quelques podcasts de ce JC là, lu naguère quelques chroniques mais je suis tombé sur ce bouquin…

Comme mes yeux sont fatigués, au lieu de m’offrir la version ePub, je suis passé chez Goulard à Aix-en-Provence anticipant un long trajet en train…
Et rappeler que l’on peut être reçu premier, en 1997, à l’agrégation d’histoire, être cousin issu de germain de l’humoriste Thomas VDB (!)… et se faire méthodiquement remettre en place par Jean-Christophe Piot…
Je vous rassure, ce n’est pas le seul, de droite comme de gauche, à prendre des libertés et user de grosses ficelles pour assurer sa rhétorique…
Brutus…?
« Rome tombait alors dans la décadence. Vous jouez assez bien le rôle des Brutus, ceux qui sont incapables de respecter la démocratie, ceux qui sont incapables de respecter la République. »
Laurent Wauquiez à l’Assemblée nationale, le 14 janvier 2025
À lire dans l’ouvrage — pages 35 à 43 — la démonstration complète (et implacable) de Jean-Christophe Piot à propos de cette déclaration, de ces contradictions, dont…
[…] César s’apprête à tomber le masque et à réclamer le titre de roi. C’est cette conviction qui conduit une poignée de sénateurs à planifier le meurtre de César. Menée par Cassius, la conjuration s’assure rapidement le soutien décisif de Marcus Junius Brutus. Décisif pourquoi ? Parce que ce Brutus est le descendant de Lucius Junius Brutus, l’homme qui a fondé la République cinq siècles plus tôt, en 509 av. J.-C., en chassant le dernier roi de Rome, Tarquin le Superbe, et établi le régime républicain.
Ce n’est pas qu’une excuse rhétorique qui justifie un assassinat politique ; pour un Romain de noble ascendance, se montrer à la hauteur de ses ancêtres est une obligation morale, quelque chose de l’ordre du devoir et la loyauté qu’on doit à sa lignée.
Et l’auteur de conclure…
[…] Ce qui est inquiétant, c’est que la réussite académique de Laurent Wauquiez devrait le préserver de ce genre d’erreur, qui apparaît donc assez probablement volontaire, sauf à considérer que le major de l’agrégation d’histoire puisse sérieusement estimer que la République romaine peut servir de référence en matière de démocratie. Manipuler une période antique qui mérite mieux que des anachronismes aussi flagrants, c’est prendre l’histoire pour un paillasson rhétorique qui lui permet surtout de disqualifier ses adversaires, au mépris de la plus élémentaire honnêteté intellectuelle.
Voilà, voilà…
C’est hyper instructif, intéressant, drôle (avec des vannes dans les titres) et c’est une manière géniale de revisiter l’histoire, d’apprendre des faits, de la dépoussièrer…
Deux autres exemples/citations plus court(e)s…
Clovis…?
Pages 102 à 105
Preuve que ce patrimoine personnel n’est pas un État et n’a aucune continuité, le royaume de Clovis éclate à sa mort, partagé entre ses quatre fils (Thierry, Clodomir, Childebert et Clotaire). Le pouvoir mérovingien est un pouvoir personnel qui n’a pas le moindre rapport avec l’idée de nation, concept impensable et impensé au temps de Clovis. Bien plus tard, au temps des Capétiens, il faudra des siècles pour affirmer l’idée d’une France cohérente, inaliénable et indivisible.
Blouses…?
Pages 310 à 312
Au début des années 1880, lorsque les lois de Jules Ferry rendent l’enseignement obligatoire, elle remplit cette même fonction dans les classes en protégeant les habits des écoliers de tout ce qui peut les salir : la poussière de craie, l’encre qui alimente leurs plumes… Soit dit en passant, elle n’est pas obligatoire au niveau national non plus. Là encore, aucun texte législatif ne l’impose ; en revanche, l’immense majorité des écoles primaires et des collèges l’adopte, essentiellement pour des questions d’hygiène et de propreté.
[…] Ce qui a vraiment tué la blouse, ce n’est pas la jeunesse étudiante, c’est le stylo Bic. Au début des années 1960, lorsque le stylo à bille se généralise, il signe la fin des encriers - donc des taches. L’invention de Marcel Bich ringardise alors la blouse, désormais aussi inutile que l’uniforme.
Excellent bouquin à lire puis à partager…
Une manière de découvrir qu’Éric, Jean-Luc, Emmanuel, Bruno, Laurent (déjà cité), Elon, Donald, Benjamin, Marion, Nicolas, François, Philippe, Jean-Marc, François, Bruno, Manuel, Marine, Jean-Marie, Jordan, Louis… ne sont pas à l’abri d’énormes bévues en essayant de nous faire prendre des vessies pour des lanternes…
Note de fin : j’ai apprécié — même s’il n’est pas le seul — la réhabilitation de Marie-Antoinette à propos de cette phrase qu’on lui prête… “qu’ils mangent de la brioche”…
Ben non…!
J’écoutais cette chronique radiophonique sur le poids grandissant de l’IAg aujourd’hui et cela me remet en mémoire quelques passages difficiles dans nos activités des décennies passées.
Contexte : en 1984, nous avons acquis notre premier outil de production informatique, un Apple Lisa. Au fur et à mesure de nos usages et la découverte des capacités de cette machine, de premières apps encore balbutiantes, il était clair que nombre de cartes allaient être redistribuées et nous en discutions parfois avec les professionnels des arts graphiques qui ne prenaient pas cette menace au sérieux, surtout après avoir investi des sommes considérables dans la dernière génération de photocomposeuse…
Sauf que la vague informatique est arrivée nettement plus rapidement qu’escomptée, que ces alertes n’ont servi à rien, nous-mêmes amenés à upgrader fréquemment nos outils pour ne pas être balayés.
Vers la fin des années quatre-vingt dix, nous avons assisté à la disparition des photocompositeurs, des coursiers, aux signes avant coureurs de fin de la photo argentique, des flasheurs, des monteurs films, des chromalins…
Nous n’étions pas épargnés d’autant que nous avions naturellement des concurrents : certains en conformité côté licences de produits légaux. Et d’autres qui s’affranchissaient des règles (comprendre, ceux dont le matériel était tombé du camion…) communes.
Puis ce fut des concurrents à l’étranger, des petites mains mal payées dans un pays francophone mais accessibles via le net.
Nous avons également vécu une phase intermédiaire assez vicieuse avec des graphistes embauchés chez nos clients éditeurs avec une mission : reprendre toutes les missions confiées aux studios indépendants qui gravitaient autour de ces derniers et leur qui coûtaient (sic !) un pognon de dingue. Et rationaliser la production avec des chartes graphiques maison.
Et ce, avant de se faire dégager à leur tour.
Aujourd’hui c’est l’IAg qui est ouvertement déployée en interne par des responsables éditoriaux. Elle réalise les visuels qui leur conviennent, répond aux envies des décideurs.
Prompts et tokens en hausse…
Cela me remet en mémoire la phase ultime que nous avons vécu, quand nos clients consultants se sont accaparés nos outils de production pour réaliser leurs présentations en s’appuyant sur des templates prêtes à l’emploi.
L’aspect ça coûte moins cher était plus que discutable : au lieu de phosphorer sur une présentation, ces consultants fort bien payés produisaient — en nettement plus de temps et sans une once d’originalité — ce qui était notre activité.
Pour finalement réduire les coûts, les graphiques les plus conceptuels, les fameuses matrices (que nous avions réalisées…!), étaient recyclés quasi en boucle dans les nouvelles présentations clients !
Mais, et ce n’est plus une hypothèse, que se passe-t-il quand tous les jobs sont grignotés par l’IAg et même, gag, l’activité de conseil ?!
- Bosser plus ?! C’est le programme que certains candidats à la présidentielle souhaitent adopter une fois élus !
- Traverser la rue ? C’est une option pour une personne qui dispose d’un bon réseau mais malheureusement en perte de vitesse !
- Accepter n’importe quel job alimentaire malgré des années d’université ? Encore faut-il déjà trouver une offre d’emploi et pas trop éloignée de chez soi sous peine de tout consommer en transports…
Je pense à toutes ces personnes qui parlent de multiples langues, diplômes et ne (re)trouvent pas de travail. Et puis il y’a celles remplacées par de l’IA ou sont en cours de l’être car elles coûtent trop cher…
Si nous sommes très très mal barrés chez les gueux, les sans dents, il est interessant (sic !) de découvrir que cela touche des professions qui semblaient jusqu’à présent épargnées.
Pour mémoire, même dans notre cursus cela devient compliqué.
D’ailleurs les génies de l’IAg commencent à s’interroger : si plus personne n’a de travail, qui va acheter leurs produits ?
Je suis tombé sur cette chronique radiophonique qui mérite d’être écoutée.
Comme pour les stupéfiants, les premières doses sont gratuites…
Quand j’ai démarré ce billet il y a quelques semaines (…oui, je laisse mes agacements reposer …ce qui rend ces humeurs décousues…), j’étais pessimiste (je le suis toujours…).
Mais ces quelques informations m’ont amusé…
Dont Microsoft To Shift GitHub Copilot Users To Token-Based Billing, Tighten Rate Limits ou l’épatant AI agents can now cost more than the humans they were supposed to replace – Startup Fortune.
Ah bon…?
Ben alors…?
Ajoutez les incertitudes dues à l’énergie avec ce détroit bien verrouillé ; les investisseurs qui attendent un retour sur leurs investissements ; le paquet de dettes à combler — How OpenAI Kills Oracle — ; les utilisateurs qui découvrent la face sombre des résultats générés par ces outils — LLMs Corrupt Your Documents When You Delegate — ; Les inquiétudes grandissantes sur l’emploi ou l’accaparement des ressources — « L’IA fait face à une fronde croissante de la population américaine », en raison de son caractère énergivore ou de ses effets sur l’emploi — l’envers des datas centers, l’artificialisation des sols, le bruit — « Un bruit constant » : en Virginie, les riverains des data centers paient le prix fort de l’IA — la pollution, etc.
Sans oublier les effets de bord même chez nous qui disposons de centrales : La France veut multiplier les centres de données sans calculer leurs conséquences | Alternatives Economiques…
Rassurez-moi…? Toute pyramide de Ponzi finit bien — un jour — par s’effondrer…
Ou pas…?!
Note de fin : la baston entre Sam et Elon, c’est pour nous divertir, nous faire oublier que l’on va dans le mur ?
Entendu ce matin dans la La revue de presse internationale de l’épatante Catherine Duthu, la décision de la Suède d’abandonner les tablettes numériques en classe…
Surprise…? Non…!
Seules les entreprises qui s’attendent à disposer de bons petits soldats préformés protestent…
Le but est de permettre aux élèves de se concentrer de nouveau, de cesser de papillonner à la moindre difficulté en s’abandonnant — corps et âme…! — aux sirènes de contenus sans efforts.
Au-delà des aspects cognitifs, l’omniprésence des outils numériques a engendré des problèmes de distraction chronique. De nombreux élèves, au lieu de se concentrer sur leurs leçons, succombent à la tentation des jeux en ligne ou de la navigation internet. Cette situation a suscité des inquiétudes quant au développement des compétences sociales et à la capacité d’attention des jeunes générations.
Source : Échec cuisant des écrans à l’école : la Suède revient aux livres pour sauver l’éducation
Et de redécouvrir le plaisir de lire…
En raison […] de l’omniprésence des écrans […] les élèves ont perdu l’habitude de lire, […] les enseignants utilisent des polycopiés (faute de manuels) et […] les parents sont incapables d’aider leurs enfants.
Source : La Suède juge les écrans responsables de la baisse du niveau des élèves et veut un retour aux manuels scolaires.
Bref, ça réagit et les élèves découvrent ce que les (vieux…!) lecteurs de ce blog connaissent…!
Cette année, Marie Gellertz a offert à ses élèves un cadeau de Noël inhabituel : de nouveaux manuels scolaires. Leur réaction l’a prise au dépourvu. « Tous les élèves en réclamaient », dit-elle. « Ils ont aimé l’odeur des livres neufs ».
Source : Suède : les promesses déçues du numérique à l’école
Je ferais une analogie avec la nourriture de certaines chaines fastfood qui proposent une nourriture peu nutritive et sans saveur mais noyée sous une sauce agréable pour les papilles…!
Retrouver une véritable nourriture (je n’évoque pas seulement les plats en daube (mitonnés à faible température) mais essentiuellement des recettes simples à base de produits frais et de saison…) est souvent une révélation…!
L’ère du prémâché…!
Pour autant, la Suède ne se détourne pas des outils numériques. La plupart des enseignants les ont intégrés à leur pratique et les utilisent en complément de leur enseignement. Mais après des années d’expansion, le système se heurte juste à une évidence : aucune technologie, même très performante, ne peut transformer à elle seule l’éducation.
Source : Suède : les promesses déçues du numérique à l’école

Or, depuis des années et plus encore en ce moment, nous avons perdu le plaisir de chercher dans un index un mot/terme précis.
…Recherche qui me conduisait naguère à ce truc hyper agréable : un accident de lecture ! En cherchant un mot dans l’encyclopédie papier en une vingtaine de volumes, je bifurquais par pure curiosité sur celui qui le précédait ou dans la colonne adjacente…! Et je m’envolais pour une heure de découvertes, l’une en entrainant une autre…
Avec les moteurs de recherche, cette aventure n’existe plus…
Et encore moins, j’imagine, avec ce super copain T’chat qui a réponse à tout…!
J’aime me perdre dans les dictionnaires, particulièrement dans le dictionnaire historique du Robert…!
À suivre…