Jour de Noël
Il n'y a pas que les cadeaux…
dans
mémoire
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En 2004, j’ai un temps utilisé un GPS dans mes déplacements. Je dois avouer que c’était plus la curiosité qui me motivait qu’un besoin réel, car les cartes, récemment relayées par les itinéraires calculés sur Internet me suffisaient amplement. En revanche, mes déplacements irréguliers vers les nombreux lieux de séminaires dans la grande périphérie de la région parisienne se prêtent particulièrement bien à l’utilisation d’un GPS. J’étais loin de me douter du bouleversement que cette expérience allait provoquer dans ma représentation de l’espace et dans mon rapport avec un logiciel.
En effet, chaque automobiliste se fait une représentation spatiale de ses itinéraires et de leurs variantes possibles aux heures d’embouteillage. Cette représentation engendre une configuration spécifique de l’espace, des habitudes, des préférences plus ou moins conscientes et des itinéraires favoris. Le premier effet de la conduite assistée par GPS est de bouleverser toutes ces représentations spatiales : un GPS n’a pas d’habitudes, il triangule la position du véhicule, calcule un itinéraire sans a priori et vous fait immédiatement découvrir de nouveaux trajets. Pour un automobiliste expérimenté, l’efficacité du GPS se discute : il ne fera pas forcément de distinction entre une route nationale à quatre voies sans feux rouges et une autre, qui traverse l’espace urbain avec ses carrefours et ses encombrements. De même, les bulletins d’informations routières qu’il donne sur les embouteillages n’anticipent pas les flux de circulation : il peut vous signaler un embouteillage et vous proposer un itinéraire de dégagement plus long alors que, compte tenu de l’heure, vous savez très bien que, le temps que vous atteigniez le lieu de cet embouteillage, la circulation sera redevenue normale. L’expérience individuelle de la circulation reste donc déterminante. De plus, dans un premier temps, le GPS dérange, malgré le sentiment d’émerveillement naïf des premières expériences (notamment quand « il » vous annonce : « Vous êtes arrivé à destination ») et la conviction rationnelle (?) que la machine vous mène toujours à bon port.
Ce qui nous conduit au phénomène clef du rapport avec une machine : l’anthropomorphisme, cette tendance à prêter, plus ou moins consciemment, une personnalité et des intentions à une machine avec laquelle nous sommes en interaction. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’une machine qui vous guide et vous frustre tout à la fois en vous donnant des instructions (« Dans 150 mètres, tournez à droite », « Au prochain carrefour, prenez la troisième sortie », etc.) sans autre explication. Ainsi, une de mes premières réactions, comme beaucoup d’utilisateurs je suppose, est de « désobéir » à la machine, de prendre une autre direction que celle qu’elle indique et d’attendre sa réaction. Le GPS va-t-il « réprimander » l’automobiliste rétif ? Pas du tout, sa réaction reste sereine : « Faites demi-tour à 150 mètres ». Si vous continuez à « désobéir », il recalculera l’itinéraire et reprendra son guidage, autant de fois que cela est nécessaire. L’interface vocale, dotée d’une voix féminine agréable reste calme et posée. Nous avons tous à l’esprit la scène courante où le conducteur d’un véhicule se dispute avec son passager, le plus souvent son conjoint, sur l’itinéraire ou sur la façon de conduire. Rien de tout cela avec le GPS, aucun énervement, aucune acrimonie, vous pouvez vous tromper ou « désobéir » autant que vous le souhaitez sans vous attirer l’ombre d’une réprimande. Bien que le phénomène soit évident et rationnel, il ne change rien au confort subjectif ressenti.
Au bout de deux ou trois semaines d’expérimentations méfiantes, j’ai fini par rendre les armes. C’était une de ces soirées que la plupart des automobilistes connaissent où, après une journée de travail éreintante, vous vous trouvez pris dans d’interminables encombrements, sur un itinéraire que vous ne connaissez pas, de préférence sous la pluie qui limite au maximum votre visibilité, avec tout juste assez d’énergie pour suivre le flot des véhicules de manière bovine, mais sans assez de ressort pour vous poser de questions sur votre itinéraire ou pour sortir une carte. C’est par une fin de journée comme celle-là que je connus ma première étreinte fusionnelle avec le GPS. Etreinte tellement fusionnelle que j’ai mis un très long moment à en prendre conscience. Je suivais les instructions du logiciel sans même en avoir conscience, sur des itinéraires qui m’étaient totalement inconnus, en traversant des banlieues par de petites routes qui contournaient les embouteillages. Quand, dans l’état de fatigue somnambulique dans lequel je me trouvais, je faisais une erreur, par exemple en prenant une mauvaise sortie à un carrefour, la voix maternante me ramenait invariablement et calmement sur le bon itinéraire. En arrivant chez moi, j’étais éperdu d’une gratitude irraisonnée et, depuis, un petit affleurement de névrose anthropomorphique me poussait parfois à improviser des dialogues avec le GPS.
Mais cette tentation fusionnelle ne doit pas nous faire oublier les inconvénients structurels de la dépendance technologique qui s’accentue de manière exponentielle avec des outils sur lesquels nous n’avons plus aucune maîtrise. Que faire en cas de brouillard ou de pollution, quand le GPS perd ses repères satellites ? Quid de notre sens de l’orientation, de notre autonomie ? À partir d’une expérience aussi partielle et aussi limitée, comment imaginer l’impact d’assistants ou de compagnons informatiques qui, très prochainement, interfèreront en permanence dans notre vie ? Sans compter la voix qui finit par paraître aussi mécanique que les instructions qu’elle ressace sans faillir. Ainsi, six mois après avoir adoré te découvrir, je t’ai dis adieu mon amour de GPS, tu ne m’étonnais plus et je t’ai abandonné.


Que faire en cas de brouillard ou de pollution, quand le GPS perd ses repères satellites ? Quid de notre sens de l’orientation, de notre autonomie ? À partir d’une expérience aussi partielle et aussi limitée, comment imaginer l’impact d’assistants ou de compagnons informatiques qui, très prochainement, interfèreront en permanence dans notre vie ?
Les informaticiens dont je suis, et ceux qui, sans l’être, tel mon fils aîné qui « jonglait » littéralement avec son Mac, se servent à merveille de leurs connaissances et de leurs multiples talents pour organiser leur archivage professionnel. Du moins, l’espère-je… — oui, vous pouvez ajouter « de la ville du Val d’Oise réputée pour ses asperges » (;-) —.
Quid (comme dit JC, longtemps après Caesar) de leur archivage perso ? Quand celui-ci existe…
Quid deceat, quid non, dirais-je plutôt…
Ayant malheureusement vécu cet « après » malheur en tant que Père et « Chargé » des formalités, je voudrais apporter ici, chez JC, à JC comme au plus grand nombre de ses « fidèles », le témoignage d’un professionnel de l’organisation comme bon nombre d’entre vous, je n’en ai aucun doute…
Pour faire court sur mon expérience passée, j’ai « fini » directeur de l’informatique et de la communication d’une importante entreprise de l’industrie chimique, pendant les 16 dernières années de 30 ans d’informatique.
Mon fils, dès ses 14 ans, avait reçu un enseignement informatique et l’aide de son père pour ce faire. Les « enseignements programmés » d’IBM (ordinateur 360, Cobol, Fortran) lui furent accessibles. Je n’ambitionnais pas d’en faire un informaticien, mais je lui disais, à lui comme à mon entourage, que le « futur » serait informatisé, vaille que vaille, coûte que coûte, de gré ou de force ! Il valait mieux en prendre son parti et ne pas ramer à contre-courant…
Il avait bien retenu les leçons, et ses choix professionnels ultérieurs n’ont jamais été faits sans informatique.
— Juste retour des choses, c’est lui qui m’a offert un jour mon premier PC, « et laisse tomber ton IBM à boule pour faire tes écritures », avait-il ajouté, sentencieux. —.
Quid deceat ? Ses patrons et collègues ne sont pas venus « frapper à ma porte », paniqués par l’étendue du bordel laissé par sa disparition dans le service qu’il dirigeait ! Preuve, s’il en était besoin, qu’ils ont pu reprendre le flambeau sans trop de difficultés.
Le contraire m’eut étonné de lui…
Quid non ? J’ai dû, avec beaucoup de difficultés, beaucoup de patience, et l’aide de mon notaire, faire le point de la situation familiale avec les seules « archives papelard accouchées aux forceps » par ma belle-fille…
Vous avez eu accès à son portable, vous ? Moi, non… « Le faire réquisitionner ? »…
Et pourquoi pas « la Question », aussi ? Vous savez : le broc, le sabot à vis, l’hyper stretching, sans oublier l’écorchage à vif (Ste Barbe, priez pour nous, pauvres pêcheurs !)…
Bref, aucun écrit olographe, aucun document informatisé, aucun fichier, etc. ne m’ont été fournis.
Dire qu’il en existait ? Je m’en garderais bien… cette pensée m’a seulement « effleuré » l’esprit et celui, « malade », de mon notaire… Mais les notaires… « chacun sait » qu’ils peuvent avoir l’esprit mal tourné, n’est-ce pas ?
À considérer également en dernier recours : « Le cordonnier est souvent le plus mal chaussé ! ».
Pour conclure : La meilleure organisation du monde n’est pas forcément informatisée. Elle n’est pas non plus forcément imprimée. Tout ça pour dire que les pièces les plus importantes, pour protéger vos héritiers, sont peu nombreuses et facilement identifiables. Elles doivent aussi être sans « contestation » possible vis-à-vis de qui que ce soit, pour faire respecter vos dernières volontés, et à condition que celles-ci soient non seulement légales mais réfléchies.
« Votre dernière conquête est l’ombre de la plus belle de l’homme ! » ; bien plus : elle risque d’être à vos enfants, ce que le Diable est au bon Dieu !
Le choix d’une personne d’une absolue confiance est indispensable pour prendre le relais avec tous les atouts en main y compris le nom de votre notaire.
Surtout pour vous, « D’jeuns et Guays Contemporains », avec vos vies à « variantes »… variables, et vos « familles recomposées », à la hâte bien souvent, et décomposées à vitesse grand V si la soupe est froide, un soir, par hasard, et Delarue à la téloche ».
Ah ! L’Amour… un jour… toujours… — là, j’entends mon fils ricaner —.
En attendant, mes petits-enfants (ses enfants) en auront fait les frais !
Et les vôtres… y avez-vous pensé ?