Quand la doublure prend le pouvoir
Conte absurde…
dans
groummphh
Je lisais en début d’année (en mars de cette année) que tel dirigeant s’était rendu au péril de sa vie à tel endroit pour montrer à son peuple qu’il ne craignait pas l’ennemi.
Mon imagination avait alors pris la suite…
ôDieuBis s’extirpa de l’hélicoptère, précédé par deux soldats. Un flot discret d’applaudissements accompagnèrent ses premiers pas sur le sol.
Quelques combattants fatigués qui défendaient ce territoire depuis des mois ainsi que les trois officiels présents à cette heure indue de la nuit, prévenus un quart d’heure avant.
Cette présence sur le terrain était saluée positivement comme l’avait planifié …ôDieuUn qui l’avait expédié en mission quelques heures plus tôt.
Photographié, filmé, un léger sourire aux lèvres mais avec le recul nécessaire due à sa fonction, personne ne décela que ôDieuBis était fatigué.
Il avait risqué plusieurs fois sa peau ces derniers mois en remplaçant son boss :
- sur un pont bombardé (il avait même été décoré officiellement pour cela),
- lors d’entretiens avec d’autres chefs d’état.
- devant l’armée lors d’un défilé, etc.
Ce pendant que ôDieuUn restait dans son bunker, recevant des soins pour combattre les maux qui l’affligeaient.
Paradoxalement, ôDieuBis restait loin des luttes de pouvoir. Certes aux avant-postes les plus chauds mais loin des coups fourrés dans la capitale bien que filmé à cet instant en direct par les médias du pouvoir.
La zone était sous contrôle, ses habituels gardes du corps savaient parfaitement qui il était, quel rôle il jouait en doublant le boss.
Des liens de sympathie s’étaient tissés car, dans ces occasions, ils se savaient tous embarqués collectivement dans cette guerre.
Ils risquaient leur peau à chaque sortie pour officialiser le don d’ubiquité de ôDieuUn.
En cas d’attentat, voire de décès, ce dernier demanderait à un autre de ses sosies d’apparaître pour montrer que ôDieuUn s’était, une fois de plus, miraculeusement sorti avec l’aide de …Dieu, CQFD.
Ces missions permanentes avaient peu à peu baissé le niveau de surveillance. ôDieuBis était un soldat comme eux, exécutant les ordres au service de la nation même s’il personnifiait ici la figure autoritaire et déterminée du chef.
Être un sosie ne l’empêchait pas de réfléchir, cela faisait des mois qu’il attendait l’inspiration.
Il avait divorcé de son épouse l’année précédente. Paradoxalement, le plus compliqué fut de la pousser à filer à l’étranger avec les revenus qu’il avait accumulé depuis qu’il doublait son maître. Se sachant surveillés, ils se parlaient peu. Néanmoins ils avaient trouvé une occasion pour mettre au point leur séparation.
Silences et regards suffisaient, cela faisait des années qu’ils se comprenaient à demi-mot. Les services de sécurité de ôDieuUn n’avaient pas cillé. Un couple qui se déchire même en silence, ça s’expliquait d’autant que son maître avait quelques divorces à son actif. Elle s’était évaporée en Amérique du Sud.
ôDieuBis n’avait pas demandé à devenir le sosie officiel, ses études aux beaux arts devaient le conduire à devenir architecte mais il avait été vite, trop vite, remarqué pour sa similitude physique.
Même gabarit, voix et, bien entendu, physionomie. Il n’avait pas eu le choix d’accepter ce rôle imaginé par les services secrets puis par ôDieuUn lui même.
Un parfait sosie, c’est rare.
Deux ou trois fois, il avait totalement éclipsé ôDieuUn mais eu la bonne idée d’ajouter un point de diversion pour ne pas faire réfléchir les hommes de l’ombre.
Il avait été entraîné, travaillait quotidiennement les manies de son mentor. Un job à temps plein qui avait naturellement déteint sur son couple.
Cela les avaient incités à ne pas avoir de gamins puis à se séparer pendant qu’il était temps.
Dissimulé derrière les ruines d’une usine, les pâles de l’hélicoptère brassaient l’air âcre. Hors de l’habitacle, une odeur de brûlé mêlée à des fragrances toxiques irritait la gorge.
Il se reprit ; les médias enregistraient live son arrivée impromptue à quelques kilomètres de la ligne de combats ; le pays était à l’écoute.
Il fit un clin d’œil à son principal garde du corps puis sourit à la caméra.
Il sourit à nouveau plus largement et déclara d’une voix ferme, face caméra : « J’annonce la fin de la guerre ».
À des milliers de kilomètres, une femme hocha la tête avec un léger sourire.
Plusieurs coups de feu éclatèrent une fois l’information assimilée. l’un des soldats de son escorte essaya de l’abattre en vertu des consignes qu’il avait reçu naguère. Mais il n’en eu pas le temps, son garde du corps fut plus rapide.
ôDieuBis poursuivit son intervention en direct pour expliquer que des forces réactionnaires essayaient depuis des mois de l’empêcher d’arrêter le bain de sang.
Dans la capitale, le flux télévisé fut enfin coupé mais trop tard : le peuple ne comprenait pas, une foule commença a arriver sur les places, prenant la police et les membres des services secrets par surprise.
Qui était légitime ?
ôDieuUn dans son bunker…?
Ou ôDieuBis sur le front et qui avait manqué d’être assassiné en direct sous les objectifs des caméras, celui sauvé in-extremis par ses gardes du corps ?
Les liaisons avec ôDieuBis furent étrangement rétablies, preuve que ça devait se déchirer dans les rédactions, et il put poursuivre son annonce. La confusion était telle que la colère de ôDieuUn dans son troisième sous-sol bétonné rendit l’instant encore plus confus…
Était-il officiellement sur la ligne de front, oui ou non…?!
ôDieuBis joua son rôle à la perfection, relayé rapidement par ses adversaires sidérés par cet incroyable retournement.
Il reçu leur appel lui proposant de se réfugier chez eux …ce qu’il fit, l’hélicoptère l’emporta avec ses fidèles gardes du corps, traversa la frontière pour se protéger de ses ennemis, les forces réactionnaires comme il l’avait déclaré.
De mémoire d’historien, ce fut un incroyable bordel qui ne s’apaisa pas de suite. ôDieuUn fut dans l’obligation de se protéger dans son bunker de tous ses amis, soudainement prêts à fêter cet événement à coups de flingues…
Tout ceci est bien entendu totalement imaginaire, CQFD.