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Keynote, arrière-petit-fils d’une Composphère… | 2

Vie antérieure…

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Épisodes : un | deux | trois | quatre

Suite…

Bref, tout fonctionnait correctement dans le meilleur des mondes de la présentation visuelle traditionnelle, entre gutta et Composphère, encre de chine et copyproof…
Nous utilisions ces mêmes procédés pour réaliser des diapos 35 mm ! Et ce jusqu’à l’arrivée du Lisa… Mais reprenons calmement…

Si le tirage d’une présentation sous la forme de transparents de rétro projection ou en plusieurs exemplaires photocopiés était déjà une opération complexe, que dire des diapositives !

Que l’on comprenne bien ce qui était alors la réalisation d’une “slide” (d’une page de rapport ou de présentation)…

Tout était dessiné à la main (illustrations à main levée, les graphiques financiers, les flèches), les valeurs montées en place à la Composphère ou frappées sur un morceau d’adhésif (sticker) puis découpées une à une (si, si !!) au cutter et placées en habillage autour du graphique via un simple contrôle visuel sur une table lumineuse…

Idem pour le bloc texte, le titre étant généralement saisi sur une autre page, puis monté son document graphique, véritable mille-feuille… !

Faire une diapo était une authentique bricolage

Or, il manquait une composante : la couleur.

Pour ceux qui n’ont pas suivi, les photocopieuses, véritables monstres nécessitant pratiquement un technicien à leur service à la veille d’une grosse présentation, ne produisaient que des copies noir et blanc.

Pourtant le process pour faire une diapo est objectivement le même : montage papier de chaque planche mais, avec une variante importante, les surfaces des graphiques sont pochées en noir ou remplies de zip à trame plus ou moins dense, en réserve pour la couleur à venir.

Une fois le document validé par le consultant en charge de sa présentation, la slide papier était photographiée au banc arts graphiques Agfa pour être transféré sur un film “lith” (…Pour lithographie).

Bref, tout ce qui était blanc sur l’original deviient noir.
Et tout ce qui est noir… devient transparent. Une inversion complète…

Le lith était développé dans des bains comme un tirage photographique (activateur, fixateur) puis séché immédiatement au sèche-cheveux !

Toutes les pétouilles (…comprendre points transparents en trop dans la zone noire) bouchés au feutre indélébile noir.

Inversement les parties transparentes avec quelques poussières noires étaient grattées délicatement à la lame de rasoir (Gillette…!), si besoin était.

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••• edit | avril 2024 | encore une précision car depuis vingt ans, les lames de rasoir sont désormais des packs de 5 lames maintenues ensembles… Ici, j’évoque bien des lames de rasoir individuelles comme pour les derniers rasoirs à main…!! Je suis allé récupérer ce visuel…

Une fois ce lith réalisé et testé (bien opaque s’entend, opacité qui se dégradait selon l’oxydation du révélateur dans l’heure que suivait…), il fallait le mettre en couleurs avec des trames Mecanorma transparentes.
Des films, aplats de couleurs unies, des gélatines adhésives si vous préférerez…

Ce travail s’effectuait sur une table lumineuse et toujours au cutter… Un travail rigoureux où il était indispensable de ne pas oublier d’une planche à l’autre que telle couleur était attribuée à telle référence, telle autre à telle entreprise, etc.

Bref, on baignait littéralement dans l’odeur du révélateur, nous passions constamment de la chambre noire en lumière inactinique (lumière rouge) au studio éclairé a giorno

Sans oublier le stress dû à la « deadline » incompressible, c’est-à-dire le jour et l’heure de la présentation proprement dite.

Du lith unique au labo photo…

Pendant pas mal d’années, ce process permettait de ne fabriquer qu’un unique exemplaire de chaque diapo.

En effet, le document papier d’origine était photographié et reproduit sur un film lith mais au format 40 par 40 mm !

Je ne vous raconte pas le travail à la loupe ! Une fois la slide traitée, il suffisait de la placer sous caches dotés de verres anti-newton et le tour était joué. Néanmoins, c’était risqué.

Très vite, les clients ont souhaité avoir une copie de leur présentation quand ce n’était pas les consultants pour projeter sur deux écrans….

Avec Béatrice, nous avons mis en place une solution qui consistait à reproduire le document papier source sur film lith… mais au format A4.
Cela reste l’une de nos premières contributions1

Ensuite nous traitions ce grand lith A4 en couleurs — format nettement plus confortablement que le timbre poste 40 x 40 mm — puis l’utilisions comme original à photographier en plusieurs exemplaires avec un appareil photo 35 mm et des films Ektachrome 64.

Nous avions un Nikon F2 motorisé accroché à une platine, elle-même fixée sur une colonne à crémaillère pour réaliser la mise au point. et un objectif macro Nikkor de 55 mm avec, intercalé devant l’objectif, des gélatines Kodak orangées…

Le lith grand format était posé sur une table lumineuse (lumière équilibrée type 5500° K), des caches en carton noir assurant le masquage périphérique du lith (…la table lumineuse étant plus grande que le lith A4, il fallait éviter les fuites de lumière).

Et il ne restait plus qu’à photographier — dans une relative obscurité — en « n » exemplaires chaque lith source avant de passer au suivant. Etc.

Dans l’ordre de la présentation pour faciliter ensuite le montage des diapos dans les carrousels… Et toujours d’équerre, les titres à la même hauteur d’une slide à l’autre…

Béatrice se chargeait de toute la mise en couleurs (…travail d’orfèvre demandant une maxi concentration) et moi de la réalisation des liths au banc de reproduction Arts Graphiques puis de la prise de vue de ces liths mis en couleurs.

Ensuite, c’était l’envoi par coursier.
Dans 90 % des cas nous assurions le dépôt directement dans la boite de réception des films du labo2 en rentrant chez nous vers 2 ou 3 heures du matin — un milier de bobines de films ektachrome ont fini leur course dans la boîte de chez Picto, villa des Entrepreneurs….

Puis l’attente aux petites heures (vers 06:30 du matin) du développement des films (…le bouton de la sonnette que l’on laissait enfoncé des dizaines de minute chez Picto, avant de voir les gars du labo débouler du sous-sol), la vérification et montage sous caches verre des diapos dans l’ordre de la présentation suivi d’une traversée de Paris à fond de train pour livrer le carrousel (ou dans des panodias) à l’hôtel Bristol (ou ailleurs).

Pas le droit à l’erreur, la présentation avait lieu une heure plus tard !

Tout ce qui précède fut notre quotidien durant des années.
Je dormais deux heures ces nuits là (nous habitions Versailles). Je me réveillais vers 05:00 avant de filer par l’autoroute A13, le périphérique, les quais de Seine après la porte de Saint-Cloud, franchir le Pont Mirabeau, remonter l’avenue Émile Zola et arriver aux entrepreneurs et tourner pour trouver une place de parking avant d’aller sonner chez Picto….
Ensuite je montais les diapos sous caches et remontait la présentation dans le carrousel dans l’ordre… Puis repartait livrer en voiture en priant pour qu’il n’ait pas d’embouteillages… ou donnait la précieuse présentation à notre fidèle équipe de coursiers en moto…

Et Lisa arriva…

Là, vous pouvez passer ces quelques paragraphes car ils narrent notre propre rencontre avec Lisa

En 1984, dans la salle d’attente de mon dentiste (mon copain Paul-Jean Chouteau, trop tôt disparu…), je patientais en tournant fébrilement les pages du Nouvel Observateur et je tombe sur un cahier publicitaire évoquant le dernier né d’Apple, Lisa

Dès le lendemain, j’étais rue du Renard à Paris chez International Computer pour suivre une démonstration…

La présentatrice ()Judith Kertész me semble-il) fut appelée au téléphone et je lui emprunta aussitôt le …mulot (alias la souris) du Lisa…

Je me souviens de l’instant où je dessina mon premier rectangle sous LisaDraw (alias Lisa 7/7).

Pfffff : inutile de vous dire que je fus subjugué car je voyais de mes propres yeux l’énorme gain de temps dans la réalisation de nos graphiques, des planches… Sans oublier la typo que l’on pouvait saisir autour des objets graphiques, gras ou italique sans se flinguer les ongles avec les changements des boules de composphère

Avec Béatrice, mon associée, nous passâmes commande de notre Lisa quelques jours plus tard après avoir convaincu notre banquier (une agence du Crédit Agricole auquel nous sommes restés fidèles…!) de nous accorder un prêt pour l’acquisition de cette machine.

Le plus incroyable, stupéfiant fut son soutien pour nous permettre d’obtenir ce prêt… Mais il était sensible à la technologie et à Apple…!
De plus, notre petite société venait à peine d’être fondée le premier avril 1984 et, total hasard, huit ans après la pomme…!
Nous n’avions — de facto — aucun bilan comptable à lui remettre, aucun business plan.
En revanche, comme responsable d’Agence, il avait analysé notre activité de graphistes indépendants depuis une demi-douzaine d’années, connaissait le nom de nos clients.
Et, c’est dingue, il nous a fait confiance.

Imprimante matricielle et premières impressions !

Ne connaissant rien à l’informatique, je fis seul l’installation du Lisa dans notre studio, mort d’angoisse ! Les nombreux cartons jonchaient le sol et je déballais chaque composant pour le raccorder au Lisa…

Merci encore à Christophe Droulers (aujourd’hui chez MyScript) qui me rassura au téléphone : je me vois encore tenant la première disquette d’installation de l’OS et passant un coup de fil à Christophe pour être certain que je ne l’introduisais pas dans le mauvais sens…!
Mais il fit mieux… il passa nous voir rue du Mont-Thabor…

Notre premier outil de PREAO fut LisaDraw

Il nous permettait de faire sur l’écran toutes les opérations que nous faisions auparavant avec de multiples outils (lire l’épisode 1).

C’était magique !

Dessiner un graphique (ou l’importer depuis LisaGraph), l’habiller, changer les trames, modifier le texte, le déplacer, le réduire, c’était fabuleux…

Certes l’impression était horriblement longue et bruyante sur l’imprimante matricielle (une Apple ImageWriter) que nous avions acquise en même temps mais le résultat, bien qu’imparfait, bluffait nos clients…

Bref, il nous manquait un périphérique…

Épisodes : un | deux | trois | quatre


  1. Je me demande toujours pourquoi nous avons été les premiers à y penser… ↩︎

  2. Ou chez Central Color. Ou encore chez RainbowColor (rue du Mont-Thabor) quand nous avions de la marge. ↩︎

le 04/12/2003 à 08:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #