La vérité avant-dernière
Philip K. Dick
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Certes, c’est toujours chose aisée que de trouver, des décennies plus tard, des coïncidences entre l’actualité et ce que l’on a lu adolescent. Mais pourquoi pas, ce n’est pas plus sot que de trouver signe d’événements contemporains dans les textes de Nostradamus…?! Je galèje à peine…
Ces derniers temps, histoire de me changer les idées, je suis reparti à l’assaut (sic…!) des ouvrages de Philip K. Dick. Le temps de scruter dans les rayons de notre bibliothèque papier ce qui n’avait pas été embarqué par notre fils…!

La vérité avant-dernière est un splendide récit publié en 1964 avec des angles épatants, mêlant les pièces d’un puzzle que chaque lecteur peut identifier, voire retrouver dans les nouvelles qui nous inondent quotidiennement.
Bon, j’ai l’impression que ce bouquin est épuisé (j’ai la version poche)
À mes yeux, c’est l’un des meilleurs livres de Dick (…c’est mon avis et je le partage…!), à (re)lire aujourd’hui en le confrontant aux événements récents qui secouent — vont secouer notre planète.
Que ce soit sous l’angle de l’ambition politique (le personnage de Lantano, homme jeune et pressé…, le cynisme d’un Brose en fin de course qui accapare nombre de ressources pour sa seule survie, la marionnette médiatique d’un Yancy, la mission que s’est fixée Runcible et tous ceux que ça ennuie (sic…!) profondément…), celui de l’environnement ou de la prévarication des terres, des affrontements (…vrais ou factices). Et même le poids de la technique (bouquin écrit en 1964 et d’une actualité incroyable… Touch ID compris), le personnage clé de Carol qui décortique et découvre la faille du simulacre, le sursaut d’humanité de Robert Hig…
Il eut un haussement d’épaules fatigué, irritable.
« Et alors ? Si nous allions au lit ? On en reparlera une autre…
— Ce n’est pas fini, poursuivit Carol inflexiblement. Le 3 mai, il a encore employé cette expression dans un autre discours. Il s’agissait de cette allocution mémorable où il nous informait que nos forces avaient entièrement détruit Leningrad.« » Elle regarda ses notes. « Et il est revenu à la prononciation accentuée à l’excès.« » Elle rangea le bristol dans l’armoire et la ferma à clef. Il observa que la commande de la serrure n’obéissait pas seulement à la clef mais aussi à la pression de ses empreintes digitales ; si quelqu’un d’autre essayait de l’ouvrir avec un double – ou même avec la clef originale – la porte resterait close. L’armoire était accessible uniquement à Carol.
Sans oublier du très chouette complot qui devrait vous rappeler quelques belles déclarations — les yeux dans les yeux — de ces dernières décennies…
— Vous lui dites, ordonna Brose d’une voix sèche, que vous savez, en votre qualité d’ingénieur, qu’il s’agit là de vestiges n’appartenant pas à la Terre. Les Indiens d’Amérique en 1425 ne fabriquaient pas des trucs pareils… Bon Dieu, tout le monde sait ça : pas besoin de bombarder Runcible de jargon scientifique ; vous vous contentez de lui montrer les armes en lui disant que ça vient du niveau géologique correspondant à six cents ans d’âge, et vous lui demandez de les regarder : est-ce qu’il s’agit de flèches à pointe de silex, de cruches de terre ou de meules de granit ? Vous lui sortez ce baratin, et après ça vous retournez à l’endroit des excavations, et vous tombez encore sur d’autres reliques, notamment les crânes non humains, et ensuite l’affaire est dans le sac.
Passons sur la férocité des rapports entre ceux qui ont le pouvoir, cette faible proportion de l’humanité qui domine (…pour notre bien, hinhinhin…!) les 99 % autres qui turbinent et vivent reclus, maintenus sous terre en se persuadant de la véracité des informations qui leur arrivent par les médias… Ou encore cette course effrénée aux territoires en fin d’irradiation. Etc.
Bref, le plus intéressant, ô lecteur, est de parcourir ce bouquin grinçant…
Mais ceci n’est que mon avis…
Note de fin : toujours un peu ballot d’écrire une chronique à (trop) grande vitesse, je suis passé sur l’aspect fort intéressant de la fabrique du mensonge qui justifie désormais tous les fact-checking. Une rapide illustration tirée de ce livre qui reste une chouette uchronie comme l’est Le Maître du Haut Château. Et c’est également un aspect passionnant de ce bouquin…
Joseph Adams immobilisa à nouveau le film et il se tourna vers Colleen. « Malgré la faille, c’était quand même du beau boulot. Le type qui jouait Roosevelt avait vraiment la tête du modèle. Et celui qui jouait Staline…
— Oui, mais il y avait la faille, rappela Colleen.
— Oui. » Et c’était une erreur majeure, la pire que Fischer avait commise ; la seule en fait qui fût sérieuse dans toutes les séquences truquées de la version A.
Joseph Staline ne connaissait pas l’anglais. Et puisque Staline ne pouvait pas parler anglais, cette scène n’avait jamais pu avoir lieu. Ce moment crucial se révélait pour ce qu’il était : une supercherie, et en conséquence jetait la lumière sur ce qu’était, dans son entier, le « documentaire ». Un faux délibéré et soigneusement exécuté, destiné à blanchir définitivement l’Allemagne des actes exécutés et des décisions prises par elle au cours de la deuxième guerre.
Le hasard fait que j’ai retrouvé également ce matin dans ma bibliothèque le bouquin de Maurice Genevoix1, les éparges qui a ajouté une touche d’ironie particulière à ma (re)lecture de la vérité avant-dernière