Urbanbike

Index |
ou détaillée | Fil RSS | ATOM

Autobiographie d’une esclave

Hannah Crafts

dans ancres | lire

Petit bouquin étonnant… Pas tant par le style littéraire de l'auteur mais pour son histoire incroyable. En fait ses histoires devrais-je préciser. D'abord pour la véritable histoire d'une esclave noire — Hannah Crafts — racontée par elle-même. Ensuite pour l'histoire de ce manuscrit découvert — à nouveau — en 2001 par Henri Louis Gates Jr. En fait, il acheté ce document lors d'une vente annuelle et s'est aperçu que la précédente propriétaire de ce manuscrit n'était autre que Dorothy Porter Wesley, une bibliothécaire et historienne noire de renom aux USA.

Complètement passionné par cette découverte, il n'a eu de cesse de trouver les preuves de l'existence réelle de Hannah Crafts, histoire de prouver qu'elle fut bien la première femme noire, réellement esclave, à parler de sa vie. Elle raconte très franchement son enfance, son envie d'apprendre à lire (ce qu'elle fit à l'insu de son maître et grâce à la complicité d'autres personnes), son quotidien, les problèmes avec d'autres esclaves (jalousies diverses) qui conduisirent sa maîtresse à l'obliger à se marier à un autre esclave contre son gré… Là, sa décision de s'enfuir immédiatement, nourrie par le dégoût de cet homme qu'on lui imposait et avec qui elle n'avait aucun atome crochu… Elle narre par le détail cette épopée dure, les compagnons de galère qu'elle rencontra en cours de route et, enfin, comment elle échappa. Suit ensuite sa nouvelle vie. Sa chance…? Elle était très pâle et pouvait passer pratiquement pour une blanche.

Ce qu'explique Henri Louis Gates Jr. dans son introduction c'est qu'il pense très sérieusement tenir ici un récit unique. En effet, tous les grands succès littéraires comme La case de l'Oncle Tom ont été écrits par des blancs…! Des blancs certes qui se sont documentés mais qui caricaturent involontairement la vie des esclaves. Sans oublier les poncifs…
La lecture de ces histoires d'esclavage nous révèle que leurs auteurs professaient des opinions racistes extrêmement répandues au XIX° siècle sur la nature et les capacités de leurs personnages noirs — une attitude que bien peu d'écrivains eux-mêmes noirs auraient pu adopter. Dans le roman de Matttie Griffith, on peut lire : « Le jeune maître, avec son teint pâle d'intellectuel, ses traits classiques, ses boucles brillantes comme le soleil et ses yeux bleus empreints de gravité, était à demi couché, évoquant l'image d'un ange de lumière, alors que les deux petits visages noirs semblaient emblématiques d'une humanité déchue, avilie. »

Sans commentaires.

Or ce n'est pas le cas dans ce récit. Il évoque également un autre ouvrage, Our Nig d'Harriet E. Wilson, mais œuvre d'une femme noire née libre. Autobiographie d'une esclave démarre comme une enquête pour finir par trouver les personnages décrits dans le récit (ses maîtres blancs dont l'un est parfaitement identifié, etc.) et rassembler un faisceau de preuves solides qui tend à affirmer que ces pages ont bien été écrites par une personne ayant vécu cette situation.

À lire pour cet aspect authentique mais pas pour le style et les digressions qui s'expliquent mais rendent parfois la lecture un peu lourde. En tous cas, superbe témoignage de l'esclavage aux USA à l'époque, sur le peu de considération que les maîtres avaient d'eux  les punitions qui allaient jusqu'à la mort de ceux qui résistaient à leur Loi. Témoignage de l'intérieur.

Autobiographie d'une esclave
Hannah Crafts
Petite Bibliothèque Payot
9782228902083 | 9 €



image

Pour mémoire et un peu hors sujet (quoi que…), cette photo de 1907 prise par François Crucière… Au Jardin d'acclimatation lors de la venue à Paris des Malabars. Merci de trouver le détail qui fâche.

image

Vous la retrouverez prochainement en totalité sur mémoire digitale…
Note(s) de lecteur(s)…

C'est Jean-Frédéric qui gagne le grand prix d'urbanbike…! Je le cite :
Je pense avoir trouvé le détail
Les organisateurs ont mis un grillage à mailles trop grandes donc :
- on peut donner à manger aux animaux (et tout le monde sait que c'est interdit)
- les visiteurs peuvent être blessés par ces derniers. (De nos jours la commission de sécurité serait intervenue)
Alors qu'est-ce que j'ai gagné ?
Un voyage chez les colonialistes ?

C'est absolument cela et, en ces temps de mémoire médiatique, c'est le genre de rappel qui ne fait pas de mal… Merci Jean-Frédéric pour cette ironie (bien évidemment, c'est du second degré, CQFD…).

le 20/02/2008 à 06:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #

Le Chocolat, cet aliment qui vous veut du bien

Christiane Tixier

dans ancres | lire

Raaahhhhh ! Le bonheur…!
Enfin un bouquin qui ne me culpabilise pas et qui, au contraire, m'explique même à quel point j'ai parfaitement raison de craquer pour un petit carreau de temps en temps. En ces temps de régulation tous azimuts, savoir que Christiane Tixier et le professeur Christian Cabrol — une référence… — me comprennent et me soutiennent, c'est merveilleux…!

Oui, le chocolat est un cocktail de vitamines et de minéraux, un cocktail de santé (je cite…!)… Non seulement c'est un euphorisant, mais c'est bon pour le corps et cela combat des tas de saloperies qui m'en veulent, tapies dans l'ombre…! Raison de plus pour déculpabiliser…!

Ne broyez pas du noir, croquez-en…!
Bref, en lisant ce livre, j'ai surtout compris que des générations de parents et d'éducateurs se sont escrimées à nous empêcher de nous soigner…! Pour ma part, pas d'interdiction d'en consommer (un petit carreau après chaque repas pour toute la famille…!). Le tout est de rester raisonnable et de s'offrir des produits de qualité. Comme pour le café(*), il y a des grands crus… Et le meilleur reste celui du Mexique, le criollo. Cela ne m'empêche pas d'aimer toutes les variétés et d'aimer autant le chocolat "pur" que mâtiné de café ou d'amandes, de noisettes, d'orange… Ou d'irish café…! Mais il n'y a pas que le goût, l'odeur même du chocolat…

C'est peut-être ces souvenirs d'enfance qui explique ma prédisposition à en consommer régulièrement. Au Mexique, la poudre est brassée dans l'eau en train de chauffer avec un batteur en bois terminé par des anneaux évidés, histoire de mélanger rapidement ces deux éléments et d'éviter que cela attache lors de la montée en température. On tient le manche entre ses deux mains et on le roule par des allers et retours des paumes…

Je me souviens d'Angela qui me préparait cela mouflet. Et l'odeur, je ne vous dis que cela. Bon, revenu en France, la solution Nesquick dans du lait froid a été mon quotidien pendant des années (et il faut mieux planquer la grosse boîte jaune sous risque de me retrouver en train de faire des préparations au rapport 1 pour 1…!). Certains me diront que ce n'est pas du chocolat… Peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse…!

Le chocolat semble avoir été découvert au Mexique, justement !
L'origine du mot est sujette à contre-verse et là encore, ce sont mes versions…
Je crois à un dérivé du nahuatl qui est la langue des Aztèques (cf. ce dictionnaire de Nahuatl et Français en ligne, absolument remarquable…) : Cacahuaatl signifie boisson de cacao, Cacahuatl (ou cacahucuahuitl) le mot identifiant le cacao. Chocolai exprimant l'action de boire du chocolat.
Par contre, Atl, c'est l'eau, ce qui est logique puisque c'est une boisson que l'on prépare originellement avec de l'eau, l'utilisation du lait étant bien plus récente et certainement d'origine européenne après l'arrivée de Cacao dans nos contrées…

Pour en revenir au livre, il est accompagné de recettes étonnantes et vous y trouverez tous les arguments pour en consommer sans reproches et, surtout, désarçonner vos détracteurs…! Mieux, les convertir…!

Le Chocolat
Cet aliment qui vous veut du bien
Christiane Tixier
Eyrolles
9782212540062 | 11,90 €




image

En complément de cette lecture, une autre sur le web, chocolats.org (le site de la chambre syndicale du chocolat), mais pas mis à jour depuis fin 2006… Par contre, à jour, celui de chocolatiers.fr qui regroupe les chocolatiers et confiseurs de France.

Enfin, pour les plus curieux, le Museo del Chocolate à Toluca (Mexique), un bâtiment assez étrange…

image

(*) À lire sur le net ce billet de Peter Gabor sur le café selon Nespresso…
Où il décrit l'absence de cérémonial (une petite capsule et hop…), d'odeur (un comble pour un lieu où l'on déguste le café) comme de texture dans ces nouveaux lieux de consommation… Comme si la joliesse des hôtesses remplaçait tout…

Je me souviens du Ver Luisant, mon bistrot aujourd'hui disparu de la rue du Mont-Thabor. Prendre un café n'était pas une opération banale… Le bruit de la dose frappée (deux fois…!) pour extraire la mouture usagée du café précédent, le remplissage (encore deux actions sur le levier pour faire tomber la poudre) puis le geste précis de Pierre pour serrer le manche de la dose sur le groupe du Percolateur, le placement quasi simultané de la tasse sous le robinet suivi d'un appui sur le bouton pour lâcher la vapeur. Quelques secondes plus tard, ma tasse arrivait fumante dans sa soucoupe, accompagnée d'une cuillère et la boîte à sucre…
Juliette me tendait en souriant le panier de viennoiserie où j'allais piocher un croissant. Tout est encore présent dans ma mémoire, les bruits, des odeurs tant du café que de l'encre encore fraîche du Petit Parisien qui était laissé à la discrétion des clients sur le cuivre du bar, celle des tartines de camembert et du vin blanc de mes voisins serruriers…

Je me souviens de l'horrible bruit du moulin à café électrique de mes grands-parents qui déchiquetait plus qu'il ne moulait le Robusta, la forte exhalaison qui suivait l'ouverture du moulin pour transvaser cette mouture dans la chaussette…

Je me souviens de la boutique du torréfacteur où j'entrais quelques secondes respirer ces arômes puissants…

…Aussi je partage sans réserve la conclusion de Peter Gabor à propos du monde lisse vers lequel nous nous dirigeons à grands pas…
Le monde dans lequel nous vivons devient lisse, sans aspérité, perdant toute rugosité artisanale qui nous rappellerait que nous avions il n’y a pas si longtemps des mains pour caresser, couper, limer, modeler, ajuster, construire et apprécier le chaud et froid. Un nez pour sentir les bonnes et mauvaises odeurs, une arme redoutable pour les peuples primitifs qui «sentaient» venir le danger.

Résistons avec le chocolat, les plaques qu'il faut casser — parfois avec effort — de nos mains. J'adore les petits morceaux que l'on récolte le doigt mouillé, la consistance des morceaux artisanaux achetés au poids, les senteurs des emballages, l'intense fragrance qui imprègne l'endroit où les plaques sont rangées à l'abri de nos envies…!

le 18/02/2008 à 09:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #

Traité de construction durable

Principes et détails de construction

dans architecture | lire

Attention, pavé…!
Je ne pense pas qu'un particulier même intéressé par un projet de maison individuel s'offre ce genre de littérature spécialisée. Par contre, elle est indispensable à les professionnels de la construction au moment de la conception… Objectif, la construction durable, pérenne quoi…!

Cet énorme ouvrage n'est pas un objet de lecture (quoi que…!), inutile de filer sous la couette en le subtilisant sur sa table de travail…. Par contre, et ceci explique son succès, une organisation rigoureuse pour retrouver l'information indispensable pour aborder tel ou tel point. Tableaux, bibliographie (tant DTU que littérature normalisée), explications mais, surtout, illustrations…!!

Il faut d'ailleurs saluer le travail remarquable effectué par les trois infographistes qui ont peaufiné tous les schémas complexes sous la directive d'auteurs exigeants… Et ne pas oublier l'imprimeur de St-Just-la-Pendue qui a restitué parfaitement tous les détails de ces dessins. Chaque illustration occupe une pleine page et les renvois du dessin sont expliqués sur la page en regard. Chaque détail est entouré de liens numérotés qui renvoient aux informations de mise en œuvre.

Mieux encore, pour chaque chapitre, un synopsis en images de toutes les figures de ce dernier mais également celles se situant dans les autres chapitres, ce qui permet de se rendre immédiatement au schéma souhaité via cette lecture transversale.

Par exemple, si vous êtes amoureux des couvertures en zinc (…de celles qui couvrent encore Paris), vous trouverez ici toutes les informations techniques liées aux illustrations idoines pour comprendre comment se montent tasseaux et couvre-joints… À moins que vous ne préferiez des montages à joint debout.

Tous les assemblages sont détaillés de manière à vous faire comprendre l'importance de chaque élément, du pli, des pattes soudes mais surtout de la hauteur des joints et de la quantité de feuille de zinc qui sera pliée sur le chantier par la machine à sertir… Dilatation, action du vent, action de la pluie, importance de la pente comme ventilation de l'ensemble, tout est expliqué via ces illustrations fort détaillées et limpides.

C'est souvent à cause d'un détail négligé que l'on ruine une toiture. J'ai ainsi souvenir d'une superbe toiture en Zinc sur Versailles qui était mal ventilée : j'habitais dessous…! Au bout de quelques années, elle fût entièrement refaite, voligeage compris après moult expertises et procédures de la part de la copropriété qui recevait la pluie à chaque averse. C'est aussi pour éviter ce genre de mésaventure que ce traité a été imaginé. Il faut mieux perdre un peu de temps sur un chantier que d'y revenir ensuite dans le cadre des malfaçons et des assurances. Construction durable donc…!

Bref, un compagnon de travail indispensable à tous les techniciens du bâtiment, artisans, architectes et étudiants…

Traité de construction durable
Principes | Détails de construction
Sous la direction de Daniel Bernstein, avec Jean-Piere Champetier, Loïc Hamayon, Ljubica Mudri, Jean-Pierre Traisnel, Thierry Vidal.
Sans oublier la partie infographie réalisée par Christine Simonin-Adam, François Rubio et René Gibert…
Éditions du Moniteur
9782281113280 | 105 €
816 pages en noir et blanc au format 21 par 27 cm, plus de 2,5 kilos (on évite très sérieusement la moindre chute accidentelle sur un pied…) et plus de 1000 illustrations hyper précises…



image

le 13/02/2008 à 07:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #