Hier soir, ma fille m’a expédié un court SMS depuis son iPad. Elle s’était baladée le long des canaux à Gand et m’en faisait part. Je lui ai répondu dans les 10 secondes. Nos échanges ont duré quelques minutes puis je me suis replongé dans la correspondance d’Alexandre désormais entre mes mains après être passée dans celles de François, son épouse Maria puis sa fille Marguerite.
— Bon. Et alors ? Eh, oh… on reçoit tous des SMS…!
C’est justement le décalage entre l’instantanéité de nos échanges (…je pense à ceux qui j’ai avec Lucas en Nouvelle Zélande qui est loin d’être la porte à côté comme peut l’être la Belgique, façon de parler) et le temps entre l’envoi d’une lettre du Tonkin ou d’Abyssinie au début des années 1900.
François a pris soin de noter sur certaines enveloppes le temps que mettaient les missives de son ami Alexandre. Il notait sur cette même enveloppe la date de l’envoi de sa réponse.
En résumé, il ne fallait pas être pressé mais les P. et T. réalisaient des exploits pour acheminer, dans un sens comme dans l’autre, le courrier comme les colis.
Un départ de Mong-Tseu le 3/10/1907 pour une distribution à Paris XIV le 14/11. Un départ de Diré-Daoua le 11/06/1912 arrivant le 27/06…
Mais si je repars un peu plus loin dans le temps, c’est nettement moins confortable…
Un départ de Mong-Tseu le 6/6/1903 pour une distribution à Paris XIV le 29/07… Un Hanoï le 5/11/1902 à Paris le 15/12.

40 jours pour aller de Chine en France était déjà une sacré performance avec correspondances entre bateaux.
Nous n’avons malheureusement pas les lettres que François adressait en retour à son cher Alexandre Marchand mais seulement les dates d’envoi …et les plaintes amicales de son ami (dans les lettres qui suivaient) se désespérant de n’avoir eu de réponses à ses courriers.
Parfois, tout arrivait quasiment en même temps et Alexandre tachait de répondre aux trois lettres reçues en une seule missive. D’où l’importance de leur numérotation scrupuleuse de part et d’autre.
Bref, rappeler qu’avant cette ère de l’instantanéité des informations (…avec son lot de désinformations et de manipulations), nos aînés savaient composer avec ce temps long, prenaient même celui de rédiger de formidables missives…
D’ailleurs, que restera-il de nos propres échanges…?! Pas grand chose…!
Bien entendu, Yvon qui est en Chine et Hugues tout juste de retour d’Ethiopie sont impatients de connaitre le contenu des lettres d’Alexandre Marchand à son copain François Crucière, lettres qui ont toutes été conservées par Marguerite, fille unique de ce dernier.

Mon fidèle scanner Epson firewire n’étant plus supporté par El Capitan (…alors qu’il tournait comme une horloge sur Yosemite, quelques coups de pied au c… se perdent chez la pomme), j’envisage de bricoler un support (une sorte de statif…) pour y poser, en haut, le iPhone 6s+ et, en dessous, les fameuses lettres expédiées du Tonkin avec un éclairage correct.
Mais en attendant, je me suis rabattu sur un procédé qui s’avère pas si abomifreux que cela… Passé les premières minutes, le mode dictée, malgré une évidente méconnaissance de certains termes anciens et de forts problèmes sur les accords, est un pis-aller assez correct. Les instructions vocales (…pas assez abondantes) pour gérer la ponctuation, par exemple, s’avèrent utiles mais impossible d’échapper à une relecture complète de ces notes balbutiées dans le micro de mes écouteurs…
Généralement, je dicte les lettres dans Drafts 4 et j’emploie quelques actions avant d’exporter le tout dans Ulysses pour iPad avec du balisage Markdown.

Certes, je me rends compte, au fur et à mesure, du temps que va me prendre cette opération. Mais, peu à peu, je décrypte l’écriture d’Alexandre, me suis fait à ses fautes d’écriture et de syntaxe, ses raccourcis, ses ajouts multiples en marge ou entre deux lignes, ses parenthèses et incises multiples, son style très souvent télégraphique.

Et à son humour (esprit d’escalier), voire à ses moments de déprime (spleen). Mais aussi aux problèmes techniques qui l’incitent à demander de l’aide à son copain François resté à Paris, à ses demandes précises pour que ce dernier lui expédie tant des ciseaux à ongles (courbes) que des feuilles d’amiante pour ses soudures, de la peinture noire pour repeindre sa chambre stéréoscopique, etc.

Car ces deux copains sont des fondus de photo et échangent sur la qualité de papiers pour le tirage comme sur les déclencheurs souples (…dont le caoutchouc devient cassant, dixit Alexandre).

Méthodologie et chronologie à inventer…
Bien entendu, c’est un premier jet pour mes deux amis Yvon et Hugues, je vais d’ailleurs faire une chronologie des lettres car il y a aussi du courrier de la sœur d’Alexandre aux parents de François pour un job aux P. et T. d’alors.
Et Hugues s’inquiète de ne lire que du courrier venant de Chine et rien de la première période d’Alexandre en Ethiopie…avant 1900, période traitée dans son livre qui relate l’histoire du chemin de fer construit au début du siècle dernier entre Djibouti et Addis Abeba. Et photographié par Alexandre.

- En passant, je sais désormais pourquoi ces lettres n’ont plus de timbres, passion de François… rappelée par Alexandre dans l’une d’entre elles…
Bref, c’est une histoire qui nous réunit, chacun disposant de quelques pièces d’un gigantesque puzzle qui nous donne envie d’en savoir plus. Tous les six mois, notre petite bande se réunit à Paris.
Si pour François, la vie a été plus brutale, celle d’Alexandre s’est achevée en 1956, information que l’obstination de Hugues a mis en évidence grâce à des recherches tous azimuts.
Bref, je profite de mon temps désormais libre (sic !) pour éplucher cette correspondance et d’autres archives photographiques, ayant perdu trop de temps ces deux dernières années.
À suivre…
Merci à Sylvain et à Paul qui m’ont écrit hier pour me rappeler l’existence de Notes Plus ⚑ (6,99 €) sur iPad et de son module de reconnaissance d’écriture …dès lors qu’elle est saisie sur cette même application avec son outil plume.
Je connais Notes Plus pratiquement depuis sa toute première version et je l’avais abandonné (…de rage !) en juillet 2011 tant ça foirait de toutes parts. Mon avis est toujours lisible sur iTunes et n’a pas changé.
Bref, j’ai testé cette application qui a bien évoluée mais je l’ai dégagée au bout de 20 minutes.
Explications !!
Si la reconnaissance de l’écriture manuscrite est possible (si, si, parfois ça marche…!), le souci est triple :
- pas question d’écrire aussi souplement et décontracté que sous NoteShelf ⚑ (7,99 €) (également limité au iPad). Notes Plus rame sur un iPad Air 2 et il faut une patience d’ange pour écrire une ligne là où j’en écris habituellement trois.
- Si je vais trop vite, non seulement ma calligraphie est immonde — comprendre qu’elle n’a pas le moelleux (sic !), le rendu de NoteShelf (…ça compte, nom de Zeus) — mais Notes Plus décroche trop sans prévenir. Une fois, ça va ; trois fois, ça me crispe…!
- Ensuite (certes, c’est mon problème !), l’OCR fonctionne convenablement avec une écriture ronde et scolaire (…pas de jugement de valeur dans ce terme, juste un constat), à l’opposé de la mienne plus, heuuuu, graphique (…qui a murmuré illisible !?). C’est assez logique car Notes Plus réalise un tracé sous forme de vecteurs (et c’est aussi pour cela que l’on peut barrer un mot pour l’effacer).
Certes, si un jour, si Urbanbike me rapporte un peu d’argent (ahahahaha !), je m’offrirais un iPad Pro ;-) avec le stylet de course de Apple et je pourrais tester à nouveau ce produit dans des conditions plus favorables.
Ou pas.
Reconnaître des lettres écrites naguère…
Bref, je rêve d’un vrai OCR à calligraphie capable de comprendre et restituer en texte pur comme la correspondance d’un Alexandre Marchand à son ami François.
Relire sur urbanbike pour comprendre notre serpent de mer, ce billet sur Un train en Afrique | Le livre | Hugues Fontaine

Des lettres écrites autour de 1900…

Et j’en ai un paquet à traiter pour commencer…
Note de fin : Hugues, Yvon et moi nous sommes rencontrés via mon compte sur Fotopedia (site désormais fermé, snif…!) et autour des plaques verres sur l’Abyssinie réalisées par Alexandre Marchand. Et, depuis… Mais ceci est une autre histoire…!