Coworking ou bosser en réseau…?
Indépendants et regroupés
dans
bosser partout
Cette tendance au regroupement s'explique assez aisément, le besoin de se serrer les coudes est légitime dans un environnement qui n'est pas des plus faciles, reconnaissons-le. De plus, c'est une manière d'appréhender ce statut en se formant auprès d'autres professionnels déjà en exercice.
Sur le papier, ce dispositif présente plein d'avantages.
Ici dans le désordre et en résumé…
- Vaincre l'isolement qui peut parfois gagner les nouveaux arrivants. Entre ceux déboussolés par l'absence de collègues avec qui échanger en buvant un café, comprendre comment fonctionne cet univers où l'on doit, de facto, tout faire… Et donc apprendre au contact de ses pairs…
- Permettre des collaborations professionnelles astucieuses dans des missions nécessitant plusieurs compétences supposées, des synergies…
- Réduire le coût du loyer dans la mesure où, si l'on ne travaille pas chez soi, opter pour un bureau extérieur à un prix…
- Optimiser les besoins matériels et leurs coûts qui sont généralement ceux d'une bonne connexion et du téléphone, voir d'un fax, d'une imprimante et même d'une autre catégorie de télétravailleur, un secrétariat…
Cette manière de procéder est souvent celle des micro sociétés indépendantes (sarl et autres) partageant dans une grande ville une coûteuse surface de bureaux. Une des entités professionnelles signe le bail et d'autres entreprises viennent s'agglomérer comme sous-locataires. Cela ne fonctionne que si ce bail le permet explicitement soit dit en passant.
Dans une vie antérieure, j'ai vu (…et vécu personnellement) quelques scénarios de ce type. Et ce n'est pas la solution que je retiens.
Ce système fonctionne un peu comme une pépinière d'entrepreneurs, c'est bien pratique pour se lancer avec un faible investissement. Mais cela ne doit pas devenir pérenne. D'ailleurs, de mémoire, les pépinières limitent le temps dit d'incubation pour des raisons d'efficacité et de places disponibles.
Après une année, il n'est pas inutile de réfléchir à sa future transplantation et regagner un bureau chez soi…! Entre les essais d'association sur des projets qui finissent en vrille, l'humeur fluctuante de ceux qui partagent les lieux — même avec des bureaux indépendants (évitez le bel OpenSpace…), les tempéraments qui s'affrontent pour des raisons diverses et variées — du volume sonore de l'un au désordre patent de l'autre. Sans oublier le collègue boulet et envahissant (à moins que ce ne soit l'inverse) avec ses vannes "biiip", il y a mille raisons de s'étriper…!
Dans une entreprise, les choses sont simples, cadrées avec des rapports hiérarchiques clairs et toute mission s'effectue pour le compte de l'entreprise. Dans un lieu envahit de professionnels souvent en concurrence, ce n'est pas aussi simple.
Il reste un point très sensible que tout le monde semble oublier (sauf Dominique avec qui j'évoquais ce billet en cours de rédaction), c'est la confidentialité des travaux menés. Dans un univers d'indépendants, pas facile de réaliser une mission qui demande un minimum de discrétion en partageant le même aquarium…!
Ne noircissons pas le tableau, il y a certainement — et c'est heureux — des exemples qui doivent prouver que cela peut fonctionner.
À contrario, je milite pour le travail en réseau (cela se dit comme cela in french) mais à distance, pas trop envie de retrouver l'ambiance du bureau même si cela avait des côtés sympathiques…
- Ici, l'isolement est vaincu en se parlant régulièrement au téléphone (de l'intérêt de la voix sur IP ou de Skype), plusieurs fois par jour si nécessaire, en échangeant par courriel, voire de plus en plus par de brèves infos sur twitter… Ou via un blog et ses commentaires
- Les synergies professionnelles se font sur de réelles affinités et non sous la pression d'un quelconque partage du même bocal…! Du coup, les amis/confrères sont sélectionnés pour leur expérience, à la suite de longs échanges que l'on a eu avec eux et sur leurs réelles expertises.
- Certes, chacun reste chez soi, ce qui permet de vivre à son rythme sans le regard/jugement des autres. Même que c'est l'un des points qui nous a poussé à bosser chez nous…! Aussi se retrouver dans le même bocal quand on a goûté à l'indépendance n'est choses aisée.
- Pas de mutualisation de ressources a priori mais plus de conseils et bonnes adresses que l'on se partage, se distille… Chacun reste maître de ses choix matériels et de sa manière d'entretenir le tout — ou pas…!
- Enfin, pas de souci de confidentialité… Aucune explication à fournir sur ses choix créatifs ou organisationnels. Et si l'on échange idées et process, on le fait avec des partenaires précis.
D'aucuns trouveront mes propos féroces (ils le sont, je ne le nie pas) mais près de trente ans à bosser sous divers modes (indépendant, salarié et désormais chez moi…) m'ont aguerri. Voire déniaisé…!
J'ai eu l'occasion de partager avec mon réseau ces retours d'expérience et notre conclusion ressemble souvent aux termes de cette citation de San Antonio : Il vaut mieux être un grand chez soi qu’un petit chez les autres…!
Cela n'est absolument pas une condamnation des coworkers, juste rappeler que cette situation ne dure généralement pas dans le temps, qu'il faudra filer sur sa propre embarcation et qu'il est bon de s'y préparer.