Ingrédients pour une vie de passions formidables
Luis Sepúlveda
Escrituras en tiempo de crisis est le titre en espagnol de ces nouvelles parues en 2012 et traduites par Bertille Hausberg. Je comprends mieux ce que fut la vie de Luis Sepúlveda, un auteur que je ne connaissais pas, entre prison et exil.
« Un jour, quand ma fille était devenue adulte, je lui ai raconté qu’au milieu de la fusillade certains embrassaient une image pieuse mais moi j’embrassais une photo en noir et blanc où elle souriait dans mes bras et je me jurais alors que, si j’en sortais vivant, nous récupérerions tout le temps que je lui avais volé.
L’irrémédiable est la pire des certitudes.
Je sais que mes enfants ont souffert de mon absence à la sortie de l’école, quand il pleuvait et que les parents de leurs camarades les attendaient, le parapluie ouvert, la voiture bien chaude, un gâteau à la main. »
À 70 ans passés, il continue à dénoncer avec vigueur et ironie, ajuster ses coups, écrire de très belles chroniques qui pourraient aisément se lire comme autant d’articles de blog.
Mais le marché a gagné et cela ne va pas s’arranger. Ce point est à conserver en mémoire, un pour cent de cette planète contrôle l’existence des quatre-vingt-dix-neuf pour cent restants.
On devrait même évoquer les 0,01 pour cent pour être plus précis…! Les 0,99 % qui suivent ne sont que des courroies de transmission grassement payées, des exécutants achetés pour leurs capacités. Ces derniers participent au pouvoir, mais ne l’ont pas.
Bref, Sepúlveda n’y va pas de main morte, il rappelle avec précision et humour les situations (…sur l’Espagne notamment — page 63) mais qui le lit, qui l’entend…? Je devrais rapprocher ces chroniques engagées et toujours actuelles de la fin de l’émission Là-bas si j’y suis sur inter.
Même si les faits rappelés sont têtus, les indignations réelles et profondes, l’érosion de la part de marché fait son oeuvre… Qui écoute encore les vieux qui soliloquent (sic), vive le divertissement…! Même quand ils parlent d’amour (jolies pages) ou de vrai miracle de Noël…!
Au passage pour ceux qui n’ont pas encore décroché, page 60 démarrent trois pages sur “de l’importance de la bouche et des trolls”… Et page 77 un épatant “Mode d’emploi pour un 1er Mai gâché” en neuf pages drolatiques où l’auteur raconte son retour dans les Asturies depuis la Turquie. Si vous aimez les correspondances aériennes foirées, un monument…!
Du coup, envie de lire Dernières nouvelles du Sud, Le vieux qui lisait des romans d’amour ou L’ombre de ce que nous avons été. Une autre écriture que Francisco Coloane mais l’évocation du Chili souvent et, bien entendu, du Sud…
Ingrédients pour une vie de passions formidables
Luis Sepúlveda
Métailié
9782864249504 | 16 €
Ou sur iBooks…

Pour finir, cette dernière citation…
« Je ne sais pas si je suis, si j’ai été un bon père. Mais je suis sûr de ma tendresse pour mes enfants, j’ai toujours essayé d’être un ami sur lequel ils peuvent compter, un compagnon dans tout ce qui peut arriver. Et avec ça je suis en paix. »
