SOS développeurs !
Chronique ordinaire | Première version de cette chronique publiée sur 01net en juillet 2000
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Dès qu’un site devient complexe, plus question de bricoler ses pages HTML tout seul. Il faut passer aux pages dynamiques… Jusqu’ici, vous ne connaissiez que votre financier piranha. Désormais, gare aux murènes voraces et aux pieuvres étouffantes !
C’est un principe acquis : les risques augmentent proportionnellement au nombre d’intervenants impliqués dans un projet. Le vôtre était intéressant. Mais comme vous risquiez de disparaître sous peu, vous avez décidé de changer de vitesse et, de facto, de diriger une équipe. Même votre banquier est d’accord sur le sujet. Ça y est, vous avez une assistante sexy, un attaché de presse qui fait encore quelques fautes dans ses communiqués, un studio graphique externe qu’il faut materner, un fournisseur d’accès débordé, des bureaux type boîte de sardine et une volonté d’acier. Il vous manque encore quelque chose ? Oui ! Vous avez oublié les développeurs…
C’est une étape que l’on néglige trop souvent. On perçoit bien l’importance du nom du site, des capitaux, du concept, du design, du référencement, etc. Mais on oublie souvent le rôle central des développeurs. Et pour les recruter, c’est comme pour les autres membres de votre équipe : il faut trier le bon grain de l’ivraie. Et les candidats se bousculent au portillon : vague relation d’un copain, développeur en chef dans une banque qui veut se mettre à son compte ; société de services qui vous regarde comme une grosse valise pleine d’euros ; développeur fou qui n’en fait qu’à sa tête ; petite bande de jeunes sympas toute fraîche émoulue de son IUT. J’en passe.
Le pire de tous, c’est le développeur encore salarié qui a monté sa start-up pendant ses jours de RTT. On comprend qu’il ait du mal à quitter ses charentaises : 16 mois bien payés, 35 heures hebdomadaires, ça pèse. On découvre au passage que sa start-up pratique des prix de multinationale et que lui tirer la moindre ligne de code source nécessite trois réunions suivies de trois rapports sur lesdites réunions. Exit, malgré un talent manifeste et un ego indubitable !
On se rabat alors sur une équipe qui a pignon sur rue (c’est tout juste s’il y a assez de pignons pour les web agencies qui pullulent ces temps-ci). On identifie, mais souvent trop tard, qu’elle bat pavillon noir. Il suffit de juger sa capacité à aligner en quelques heures un « devis stratosphérique » d’une complexité telle que l’on se demande s’il ne faut pas prévoir une annexe pour le jour où l’on aura envie d’aller faire pipi. Beaucoup le font pour se protéger du client et des impayés, c’est de bonne guerre. Mais contre qui se protègent-ils en écrivant un code source tellement personnel qu’eux seuls savent l’entretenir ? Ceux-là, évitez-les. Ou alors, laissez le chéquier sorti, vous en aurez besoin pour chaque correction apportée aux pages de votre site.
Vous vous retournez vers votre dernier espoir, le développeur tête de lard. Manque de bol, il ne retient de vos demandes que celles qu’il juge bonnes. Certes, votre bonhomme a des idées géniales. Mais comme elles ne servent en rien votre projet, vous le trouvez rapidement pénible… avant de le déclarer impossible à maîtriser et le passer par la colonne pertes et profits.
Mais tout arrive. Votre activité a survécu à toutes ces déconvenues. Mieux, vous avez trouvé une petite bande de codeurs capable de vous écouter, de transformer votre usine à gaz en une architecture simple, efficace et bon marché. C’est super ! Elle est devenue votre premier partenaire… après votre banquier. Lui, ne manque jamais de vous rappeler que ses stock-options, il aimerait bien les rentabiliser.