Le retour des afficheurs numériques
Chronique ordinaire | Première version de cette chronique publiée sur 01net en avril 2001
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À l’occasion du salon du livre, le e-book est redevenu d’actualité. Pensez donc ! Un écran plat, une épaisseur mannequin, des milliers de pages en réserve, la possibilité de lire dans le noir, d’ajouter des notes… Pour un peu, on enterrerait le papier en fanfare !
Le e-book, on nous serine que c’est l’avenir de la lecture. Il y en a même pour nous promettre que le téléphone portable va se transformer en “lecteur”* et permettra d’écouter la radio, de recevoir des vidéos et surtout de lire. Evidemment, téléphone actuel finira à la poubelle et sera remplacé par un terminal nettement plus gros - faut savoir ce qu’on veut !- histoire de lire sur l’écran une ou deux phrases avant de passer aux suivantes. Soyons sérieux !
Prenez un livre. Si, si, prenez-le dans la main… deux mains s’il est trop lourd ! Déjà, il se passe quelque chose. Chaque ouvrage a un poids différent qui va vous inciter à le poser sur une table, l’emporter dans votre lit, le glisser pour la route dans votre sac à dos. Ce livre, vous l’avez choisi entre tous pour son format, sa couleur, l’écriture de son titre… Votre main a hésité entre celui-ci et cet autre.
En l’ouvrant, hors la poussière ou l’odeur de l’encre qui chatouille vos narines, il y a la texture du papier qui parle à vos doigts, le bruissement des feuilles, la typographie, la mise en pages. Parfois, quelques notes de votre précédente lecture, la souplesse de la reliure domestiquée, l’usure de la couverture vous renvoient à des souvenirs.
Maintenant, choisissez une vingtaine de livres de votre bibliothèque. Assemblez ces volumes les uns contre les autres. Cet amalgame baroque de couleurs, de hauteurs et d’épaisseurs différentes est encore une invitation à la lecture.
Téléchargez ces mêmes vingt bouquins sur un site et stockez-les dans un afficheur numérique. Ah ! effectivement, on a gagné en épaisseur, en système de navigation. On ne flâne plus, on lit efficace ; enfin, c’est ce que l’on nous vend. Argument suprême, on ne coupe plus d’arbres !
C’est vrai qu’avec un e-book, cela va devenir plus propre : on pourra licencier des pans entiers de professionnels des arts graphiques (faut choisir) et on jettera à la ferraille les afficheurs usagés. Et dire qu’un livre redevenait de la pâte à papier…
Et la sensualité, bordel ? Numérisée elle aussi ? Un livre, cela s’approprie. Ca se prête, ça s’offre, ça se dédicace, ça s’use, ça se patine. Un livre, c’est physique ; ça nous accompagne dans notre vie quotidienne.
Dans ce qui nous est proposé par les marchands pacotille électronique, aucune sensualité. Adieu les petites madeleines, poches à souvenirs. Où est la magie ? Les vendeurs s’en fichent : on est dans l’utile, le pratique ; façon Canada Dry. Dans le cas du e-book, on a un concentré de lecture relativement lisible et un accessoire de plus à transporter. Prévoyez le sac antichocs !
Quitte à lire sur un écran, celui de mon PowerBook me va très bien. Mon portable possède de plus un clavier, une souris. Il me sert à écrire, à communiquer, dessiner, calculer ou lire des fichiers pdf (acrobat) ; des textes que je peux d’ailleurs imprimer.
Dans mon sac à dos, celui qui trimballe quotidiennement mon micro, il y a toujours un ou deux bouquins qui le calent. Ça me fait de la lecture pour le RER. Et quand un livre me tombe des mains le soir ? Vous inquiétez pas, je n’ai pas besoin d’un service après-vente pour passer à la page suivante !
Note : PhoneRe@der, filiale à 100% de France Télécom