Ce billet est né en mars 2019 un après-midi le long du rio Tormes, en marchant et en échangeant avec ma fille.
Avant de rejoindre son université, comme il fait souvent beau soleil même si les 12° nous obligent à nous couvrir, nous maintenons cette habitude de faire un grand tour à pied dans Salamanque.
Échanger pour nous, c’est parler de tout, s’intéresser à l’autre, à ses centres d’intérêt du moment, préoccupations, activités et rencontres du jour.
Tout en discutant, mes yeux restent attentifs tant aux piétons que nous croisons, à l’environnement automobile, passages cloutés, paysages urbains.
En traversant le Tormes par le pont Esteban, filant vers la petite église de la Santísima Trinidad limitrophe du parking où l’on gare généralement le Jeep, le vent s’invite et notre discussion dérive vers nos balades sur les sentiers côtiers de belle-île, ses premières photos au 100 macro, glosé sur les clichés actuels au iPhone. On finit par obliquer vers l’ouest pour traverser à nouveau le fleuve en empruntant, cette fois-ci, le vieux pont romain.
C’est alors que nous en sommes venus à évoquer ce qui nous amuse, le sens du détail dans nos approches photographiques.
Nous avons tous en nous des mécanismes plus ou moins émoussés hérités de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs.
Pour éviter de se faire dévorer par d’autres animaux, nos lointains parents ont développé des qualités indispensables à leur survie, aptitudes qui sont nettement moins utilisées aujourd’hui au quotidien.
C’est ce que je pourrais qualifier de vigilance permanente à l’environnement, une capacité à analyser à notre insu tous ces bruits ou éléments de faible intensité, ces détails que d’aucuns perçoivent peu mais que ma fille et moi entendons et, surtout, entrevoyons.
Pour Aurélia, je l’ai constaté très tôt, notamment lors d’une balade à Bornord (Belle-île-en-mer). Nous marchions sur un sentier bordé d’ajoncs, la partie au sud-ouest proche du rivage qui mène vers le banc de Marianne, un passage étroit entre deux lèvres végétales.
À un moment, Aurélia s’est arrêtée sans mot dire.
J’ai suivi la direction de son regard pour comprendre le pourquoi de cette halte soudaine : une sauterelle verte quasi invisible sur fond vert. J’en avais parlé ici d’autant qu’elle l’avait fait à deux occasions.
Elle a cette capacité à voir ce qui est incongru dans son champ de vision. Si aujourd’hui, cette capacité est moins nécessaire pour survivre (et ça reste à discuter), elle est bien utile en photographie.
Et c’est bien à cela que je veux en venir.
Utilisons ces sens hérités des générations précédentes (…de ceux qui eu le temps de nous les transmettre…!) en les réorientant (sic !) pour d’autres usages.
Ce qui fait soudainement irruption dans notre environnement peut devenir un point d’intérêt, voire une scène à photographier. Je ne vais pas délayer !
Avant même d’identifier la nature du danger ou l’incongruité de la situation, votre cerveau nous alerte : éduquons-nous pour figer temporairement cette situation et l’analyser — non plus en terme de danger (quoique !) — mais en tant qu’opportunité pour une photo, une narration.
Voire les deux.

Cette image banale décrit mon état d’esprit actuel entre activité physique (le brompton au dernier plan) en sommeil et l’irruption de plus en plus marquée de ce truc nommé vieillesse… Entre la polaire de mon père et mon nouveau corset, seule la sangle de gainage apporte une touche de couleur stimulante…
Nous avons tous vécu la perte d’un bar de quartier, lieu habituel de rendez-vous où l’on se retrouvait, où l’on était reconnu et, accessoirement, où l’on déjeunerait…
Et puis un jour, l’enseigne change, les patrons également…
J’ai vécu cela plusieurs fois mais particulièrement…
Au bar de la Marine en face de La Bruyère.
Puis au Ver Luisant entre Concorde et Vendôme.
Deux lieux populaires, animés, vivants.
Quand j’étais en terminale (prescription…!), je croisais aux aurores (je suis devenu un lève tôt en pension) les chauffeurs de la SERNAM (…qui démarraient au verre de blanc cassis et tartine camembert beurre…!), quelques postiers, les boueux qui laissaient leur camion-benne à l’angle de la rue de Noailles. Et les premiers lycéens.
Le second à Paris chez Juliette et Pierre.
On y croisait tous ceux qui bossaient rue du Mont-Thabor entre la rue Cambon et la rue de Castiglione : en gros, le personnel des grands hôtels, les techniciens photo de Rainbow Color, les copains opticiens de chez Meyrowitz. Sans oublier une flopée d’employés de bureau, coiffeurs, modistes, imprimeurs, serruriers.
Et nous.
Au Ver Luisant, on se faufilait le matin entre les tables et le bar ; Pierre jouait du percolateur dès 06:30 pour servir des cafés tout en nous passant le journal.
Le midi, il fallait impérativement arriver de bonne heure (ou revenir une heure plus tard) pour consommer le plat du jour mitonné par Juliette dans sa cuisine.
De table en table, les discussions se croisaient comme les paniers de pain et les carafes d’eau. J’ai particulièrement apprécié cette convivialité pendant des années. Même nos clients venaient s’encanailler (!), tombaient la veste. Tout le monde se connaissait, l’ambiance était superbe, Juliette et sa serveuse (…trou de mémoire, je n’arrive par à retrouver son prénom… Paulette, Pauline ?) officiaient avec leur autorité naturelle, les occasions de blaguer nombreuses.
Quid du Petit Bar dans la même rue mais plus à l’Est après le sublime Kinugawa, un bistro tenu par des personnes de l’Allier, une ambiance familiale (dernier passage avec Yvon en juin 2018). Il est encore ouvert, une rareté dans Paris…
Quasi même topo dans un restaurant plus coté à l’angle de la rue de Mondovi et à l’Ouest de la rue du Mont-Thabor, Lescure, malheureusement fermé.
Tenu par un couple attentif (…troisième génération dans ce lieu ouvert en 1919), deux commis officiant en direct dans la cuisine ouverte sous le regard des clients.
Et un service épatant (…André imperturbable et son alter ego au regard triste…) pour nous caser, servir à bout de bras les assiettes de confits de canard du Périgord – à la bonne franquette – dans un espace exigu, parfois autour de la table d’hôte où nous étions au coude à coude avec des inconnus avec qui le contact se faisait naturellement. Ou sur la terrasse l’été.
Terminé…
Changement d’ambiance…
En 2010 (?), Pierre et Juliette ont pris leur retraite et cet espace est devenu un banal estaminet, l’esprit du lieu s’est évaporé.
Notre imprimerie de ville est devenue un café…!
Les français sont sensibles à ces tiers lieux qui ne sont pas que des endroits pour se nourrir.
Je raconte tout ceci parce que c’est ce que je ressens avec… Twitter…!
La précédente équipe avait certes des défauts (et une dette colossale) mais le lieu était en partie tenu, même que l’oncle raciste avait fini par être débarqué.
Et puis la nouvelle équipe est arrivée après une acquisition stratosphérique, commence à changer le mobilier, la carte.
Et souhaite imposer sa marque et de nouveaux tarifs…
Or une clientèle n’est jamais totalement captive : une petite partie cherchera, tôt ou tard, à retrouver ailleurs cette convivialité perdue.

Ici, rue Vasselot à Rennes le 4 octobre…
L’effet prise de contrôle de Twitter a conduit un petit nombre (en proportion) d’utilisateurs à migrer versMastodon sans passer par une porte d’entrée (…okay, pas prévenus) bien pratique qui est instances.social…
Leur unique erreur fut de vouloir s’inscrire sur Mastodon.social (la plateforme du fondateur, Eugen…), n’ayant pas encore compris l’intérêt clé des instances…
Or Mastodon, c’est une chiéée de serveurs reliés…!
Dès lors, gag, Mastodon.social est saturé en attendant la connexion de nouveaux serveurs qui mettent un peu de temps à arriver…!
@Gargron@mastodon.social l’explique ici :
I have ordered a more powerful machine for our database server from Hetzner last evening, but they still haven’t provisioned it. It seems we’re doomed to experience these processing delays until I can get my hands on more hardware. Sorry!
Le paradoxe est que ça se passe plutôt bien — je vais copier/coller mes derniers posts sur Mastodon (…qui est ouvert à des textes de 500 caractères) — pour éviter de ressaisir mes propos…
Le véritable succès, c’est quand le gars — @Gargron qui a développé Mastodon — s’excuse de la lenteur de son service en expliquant les raisons (…vu l’accroissement soudain des utilisateurs, on avait tous pigé !) et que l’ensemble des commentaires restent positifs et amicaux.
Bref, cela tombe sous le sens qu’il va falloir soutenir financièrement cet îlot de calme au milieu d’un océan de… ajoutez « ici…» les termes qui conviennent.
J’en ai une longue série en stock…!
En résumé, les utilisateurs actuels ne sont pas surpris et les nouveaux rapidement informés de la situation créée par leur arrivée massive…!!
Cela m’inspire quelques réflexions (…je sais, je ne devrais pas, je ne suis pas équipé pour…!) :
L’afflux de nouveaux utilisateurs sature les serveurs de Mastodon et @Gargron attend ses nouveaux équipements pour faire face.
On peut poster ou répondre néanmoins…
Ça peut surprendre (et d’aucuns, frustrés, repartir sur #muskland) !
Mais j’y vois (heureuse conjonction d’une fête religieuse !) nombre d’avantages dont celui de lever le nez de l’écran, reprendre un livre où se balader dans la nature sachant que les réponses ou infos arriveront en différé !
Okay, il était près de quatre heures du matin quand j’ai posté ceci. J’ai poursuivi cette idée…
Cette perte temporaire de l’instantanéité est peut-être (à la réflexion !) à prolonger dans notre vie d’ultra-con(necté)s…
Même si mon smartphone m’accompagne partout et en permanence, il reste à sa place d’écran à usages multiples.
Dont ne me donner que l’heure en laissant les notifications arriver en silence. Ou, dans mon cas, se muer en machine à écrire, appareil photo ou liseuse.
Bref, je prends mon temps, ça arrivera à destination mais en différé !
Je vais aller regarder les étoiles…
Ce que j’ai fait ce matin à 04:30…!

Le iPhone à main levée, c’est pas mal…
Là, je vais chausser mes Meindl et repartir marcher…
Pour prolonger le billet précédent, urbanbike | D’une paire de Meindl à une autre, cette dernière photo illustre le pourquoi de l’usure de la paire acquise en 2020…

Avant l’océan, la plateforme rocheuse au premier plan est composée de schiste…
Dans la série râpe à semelles, c’est du haut de gamme…!
Moralité, j’évite de trainer les pieds…!