En parcourant sites, revues, livres ou émissions dédiés à l’architecture intérieure, je m’étonne du peu de place fait à l’individu en ces lieux savamment relookés…!!
Entre la tendance Feng Shui (ou autre…) qui va empêcher tout déplacement de l’abomifreux pouf coincé en plein milieu du salon ; la décoration tendance du mois pour bobo à l’imagination inversement proportionnelle à son pouvoir d’achat ; la cuisine conçue comme un labo pour des gens qui, de toute évidence, ne savent pas même cuire un œuf, on se sent très mal, étriqué, coincé… Pire, certains décos arrivent à encombrer des espaces pourtant sympas en les parsemant d’objets acquis à prix d’or chez des receleurs de rebuts industriels tamponnés galeries d’art…
Mais ce qui me surprend plus encore, c’est la taille dédiée à des petits (ou grands…!) coins moins généreux que des placards à balais comme de l’absence total de réflexion à la salissure et l’entretien de ces compositions ébouriffantes… La vasque new look collée au miroir qui ne propose pas d’endroit pour poser un savon ou une brosse à dents (!!), la robinetterie visible à l’ancienne où l’on est certain de se cramer un bras sur la conduite d’eau chaude, le carrelage à l’éclatante couleur verdasse qui vous transforme en cadavre pas très frais malgré des spots généreux… En parlant de petits coins, le fait de les retrouver parfois au niveau de l’entrée dans certaines réhabilitations démontre le manque de sens pratique comme de nez de certains aménageurs — …ne me dites pas qu’une simple VMC de course suffit…!
Hormis aimer séjourner dans un décor digne d’une maison témoin ou d’avoir une armée de domestiques pour l’entretenir du soir au matin, il me semble difficile de vivre dans une telle ambiance qui tient plus du musée que d’un véritable habitat…!
Mais que ne ferait-on pour son image…! Prouver que l’on est capable d’acquérir les mêmes merbles tellement modes, afficher un intérieur avec tous les signes indispensables, aux prix sonnants et trébuchants qui posent sa petite personne auprès de ses pairs incultes…!
Bref, si vous ne faites pas partie de ces happys fews capables de dépenser un saladier d’euros pour encombrer votre espace à vivre d’objets inutiles et encombrants, si vous pensez être capable d’aménager votre volume sans faire appel à un coach auto-proclamé, rassurez-vous, tout va bien…
Suivez votre instinct même si vous faites des erreurs. Soyez vous-même dans votre environnement plutôt que de sombrer dans la banalité d’une déco insipide. Assumez votre mauvais goût aux yeux des autres mais restez vous-même. Et pensez un peu plus au plaisir du corps, à la cuisine, à des plans calmes dans dans votre intérieur… Un mur blanc n’a pas besoin d’être impérativement recouvert…!
Bref, il existe encore des architectes d’intérieur qui savent ce que vivre son logement veut dire…! Que lorsque l’on va aux WC, certaines odeurs ne s’évacuent pas instantanément…! Qu’une cuisine n’est pas un endroit où l’on pose un tapis pour faire joli… Que la moquette reste un élevage d’acariens…
Revenez à un peu de bon sens…!
J’ai eu l’occasion de lire deux ouvrages récents d’architecture intérieure avec des cibles bien différentes. L’un porte sur le réagencement d’appartements, ce qui, en ces temps d’immobilier cher, est une bonne solution pour s’offrir un logement adapté à ses envies comme à ses besoins. L’autre sur le Coaching d’intérieurs, ce que mes grands-parents nommaient décoration en leur temps…
Ces deux volumes se fondent exclusivement sur des réalisations en France (…et c’est important de le dire car trop souvent nous avons à faire à des traductions avec des projets réalisés aux USA, au Japon ou ailleurs…).
Deux bouquins qui ne m’ont pas laissé le même sentiment après les avoir parcourus de A à Z…
Le livre de Carine Merlino, Réagencer, rénover, réhabiliter son appartement m’a immédiatement réjoui par son aspect didactique et structuré… Avant de montrer des solutions de réaménagement, encore faut-il se poser quelques questions qui n’ont rien d’existentielles…! Ce livre démarre par une première partie généreuse où les démarches principales comme les choses à savoir impérativement avant de se lancer sont décrites de manière claire (…eh oui, on ne commence pas une rénovation armé de son marteau et de sa truelle…!!).
Plus encore, le chapitre 3 est à lire attentivement par tous les néophytes qui souhaitent plonger dans ce type d’aventure. Il vous permettra de comprendre les termes et/ou concepts clés qui seront ensuite employés dans la seconde partie du livre, c’est-à-dire dans les réalisations montrées en exemple. Chaque terme est associé à une photo ou un dessin. C’est pratique pour comprendre ce qu’est une imposte vitrée, une salle de bains en second jour, un sas, etc. Et donc employer les mêmes mots que les professionnels avec qui vous ferez affaire…
Si certains termes vous manquent malgré tout, n’oubliez pas le dictionnaire du BTP en ligne qui est à votre disposition sur le site de l’éditeur…
La seconde partie de Réagencer, rénover, réhabiliter son appartement est un ensemble de 30 réalisations réalisées pour des clients par des agences d’architectes. Chaque projet est généralement traité en quatre pages avec un récapitulatif chiffré du coût des opérations par poste — démolition, électricité, menuiserie, plomberie, etc. Dans certains cas, deux pages de plus avec des photos n’auraient pas été de trop pour bien saisir toutes les subtilités même si, pour chacun d’entre eux, une double page avec plans ou axonométries (représentations en volume) de l’état originel puis de l’agencement effectué permet de mieux suivre et comprendre les transformations.
À noter, quelques très astucieuses réalisations laissent à rêver quand on découvre leur situation…! Les coordonnées des architectes comme le nom des entreprises intervenantes sont cités.
Le second livre que j’ai lu est Coaching d’intérieurs de Tony Lemäle. Ce livre est entièrement centré sur les réalisations de ce jeune décorateur médiatique. Cela commence par une longue interview de l’intéressé suivi de 10 projets phares abondamment développés… Sans oublier l’inévitable petite leçon de Feng Shui pour vivre en harmonie, etc. Chaque projet est accompagné d’une sobre information budgétaire, d’un dessin pour expliquer un détail précis de mise en œuvre, de petites fiches résumant les idées de déco et d’adresses shopping, de beaucoup de photos — souvent les mêmes détails sous des angles différents, et, surtout, d’un long discours explicatif du décorateur/coach d’intérieur sur le pourquoi et le comment de son processus de création. Quelques mots sont parfois placés en gras pour guider le lecteur téméraire.
Ainsi cet exemple (page 133)…
Il me semble en effet que c’est l’univers mural qui doit justifier le choix du mobilier, et non l’inverse.
En l’occurrence, j’avais une conviction première : il fallait trouver une mise en scène pour valoriser le miroir vénitien d’une manière tout à la fois percutante et inhabituelle. Par ricochet, il fallait donner vie au mur lui faisant face, qui était d’ailleurs la première chose que l’on voyait en entrant.
Par ailleurs, la décoration proposée tout au long de ce livre n’étant pas ma tasse de thé, je préfère m’en tenir là.
Réagencer, rénover, réhabiliter son appartement
Carine Merlino
Eyrolles
9782212117738 | 240 pages — 35 €
Coaching d’intérieurs
Tony Lemäle
Eyrolles
9782212119671 | 180 pages — 25 €
Note : pour ceux que cela intéresse, j’ai ajouté une liste des principaux livres chroniqués depuis fin 2003. Cette liste sera remise à jour en fonction des nouvelles chroniques. Tout n’y pas encore, ce n’est qu’un début. En parlant déco, vous y trouverez ainsi l’excellent livre sur les couleurs d’Anna Starmer en regard du mot bocal, au même titre que le livre de Jean-Paul Dubois, Vous plaisantez, monsieur Tanner…

Je suis intéressé par les qualités de ce type de verre… Devant installer un lieu de travail dans une pièce plein sud (et éclairée comme une verrière), inutile de vous expliquer ce qui se passera pour celui qui devra bosser devant des écrans et derrière de telles vitres…
Hormis travailler tôt le matin et tard le soir, les journées ensoleillées seront un véritable cauchemar (sans parler de la chaleur)…
Bref, si un lecteur de passage avait une idée et surtout un contact de qui distribue un produit équivalent en France… Pour l’heure, j’ai quelques pistes dont je vous ferais part dans un prochain billet…
Je lis que Velux USA y pense très sérieusement mais je cherche à remplacer carrément le vitrage des grandes surfaces plein sud de cette maison…!
Non, ne me parlez pas de rideaux, la forme des ouvrants ne s’y prête pas…! Pour l’heure, ce sont des stores vénitiens mais cela n’empêche pas la luminosité de passer par les parties non occultables…
La preuve…!

••• edit | décembre 2024 | Ce que nous n'avons pas fait à l'époque…