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Profession du père | Sorj Chalandon

Dans toute famille, une part de folie…?

dans ancres | lire | vieillir

Il y a des tas de manières de lire un livre. Dont suivre à la lettre l’histoire brossée par l’auteur, bien entendu. Mais également laisser vibrer en soi certaines situations que le récit réveille à notre insu.

C’est ma moitié qui m’a incitée à lire Profession du père après l’avoir dévoré. Je ne connaissais pas Sorj Chalandon. Désormais, je lorgne sur son imposante production…

L’histoire…? la quatrième de couverture — Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d´une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958 — comme les nombreux compte-rendus dans la presse la suggère et elle est, à tous points, remarquablement écrite.

Mais, très vite, c’est le vase clos dans lequel les trois personnages évoluent qui m’a touché. Et c’est ce que j’ai envie d’évoquer via quelques citations, une lointaine mais forte résonance avec quelques pans de ma propre enfance… Par exemple…

“Et c’est quoi cette histoire ? Tu étais malheureux quand tu étais enfant ?”

Parfois, j’ai eu cette impression de ne pas avoir vécu la même vie, la même pièce, les mêmes événements que ses géniteurs… Chacun a un souvenir qui est, forcément, subjectif en fonction des brimades ou des remontrances que l’on a conservé dans sa mémoire…

“Mon père, ma mère et moi. Juste nous trois. Une secte minuscule avec son chef et ses disciples, ses codes, ses règlements, ses lois brutales, ses punitions. Un royaume de trois pièces aux volets clos, poussiéreux, aigre et fermé. Un enfer.”

Dans certaines familles, cela peut être ça, un enfer si le huis-clos est quotidien, si les parents sont à demeure car sans emploi l’un comme l’autre. Mais nombre d’autres situations sont abordées en plus du côté affabulateur du père (…si, si, certains vivent chez eux sans être diagnostiqués…!)…

Ou encore ces incroyables situations qui bouleversent l’existence d’un môme, dont la plus ultime…

“Je n’ai pas répondu. J’ai quitté la cuisine pour ma chambre. Je me suis assis sur mon lit. Quatre jours. Mon enfance en éclats. Avant de me coucher, j’ai rassemblé mes carnets de croquis, mes peintures, mes pinceaux dans un sac. Pour la première fois, j’ai fait l’inventaire de ma petite vie. Mes vêtements tenaient dans une penderie et trois tiroirs. J’avais deux paires de chaussures, un manteau, quelques livres et une valise. Je n’avais plus rien, ni personne.”

Et qui restent gravées à jamais, des décennies après…

“J’ai regretté d’être là. Dès le couloir, j’ai regretté. La dernière fois que j’étais entré dans cet appartement, quand j’avais imploré l’asile pour la nuit, il était encombré de cartons de déménagement. Vingt ans plus tard, il empestait le caveau. De pièce en pièce, tout avait été aménagé à l’image de mon appartement d’enfant. Les meubles d’avant, les tableaux imprimés, les napperons sur les fauteuils, la nappe de table, les poupées, le bar à mignonnettes. Ils avaient changé de murs mais gardé tout le triste. Pas une chaise en plus, pas une horloge nouvelle. Ils avaient emmuré le nouveau dans l’ancien.”

Relations complexes, non-dits, discussions avortées, en suspens… Ou simplement assorties d’une baffe (sic…!) pour y mettre un terme…

En contre-point, cette réflexion de la compagne du narrateur qui découvre sa belle famille…

“Je ne veux plus jamais les voir, parce qu’ils te font encore du mal.”

Oui, il y a des familles toxiques. Et essayer d’expliquer les choses est souvent inutile tant le déni agit comme une gangue… protectrice.

“Ma mère me regardait. Elle ne disait rien. Elle écoutait le drame de sa vie comme on assiste à l’accident d’une autre. Elle n’était pas surprise, pas étonnée, pas en colère. Elle regardait son fils sans l’entendre.”

Bref, un livre épatant au style direct, un récit qui ne vous laissera pas indifférent. Et, qui sait, risque de remuer quelques souvenirs chez vous… Accrochez-vous…

Comme d’habitude, je cherche à chroniquer des ouvrages qui sont disponibles au format ePub pour les lire, entre autres, sur iPhone ou iPad…

le 11/01/2017 à 07:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #

Sur les chemins noirs | Sylvain Tesson

Plus que jamais vivant…

dans ancres | lire | vieillir

J’étais resté sur ma faim en lisant son précédent bouquin, son année en solitaire au bord du lac Baïkal. Pour être direct, je n’avais pas aimé ce bouquin, les vapeurs éthyliques qui s’en échappaient comme l’aspect superman du narrateur. Bref, je l’avais fermé à mi-chemin, lassé.

Et puis un de mes vieux copains m’a fait parvenir en novembre Sur les chemins noirs.

Vous prenez le même auteur après un épisode de sa vie qui aurait pu fort mal se terminer. Si l’énergie, l’esprit, l’ironie sont présents, le bonhomme a sacrément changé.

“Ma vie en fauteuil roulant se serait réduite à chercher un 9 mm à me coller dans la bouche. Ayant reconquis l’usage de mes jambes, je ne pouvais pas désespérer.”

Cette fragilité l’a débarrassé de nombre de traits qui m’avaient (héhé…!) saoulé. OK, je ne l’envie pas, surtout à s’envoyer des canons au viandox avec ses fidèles potes de voyage. Ni sa convalescence…

“Même un addictologue s’était occupé de la remise sur les rails. J’avais eu avec lui l’impression de connaître le temps de la prohibition (la prohibition de vivre aussi sottement que je l’entendais). Je l’avais remercié en lui exposant que je craignais de prendre goût à sa discipline.”

En tout cas, l’humour grinçant est présent et je me suis souvent marré…

Bref, c’est assurément l’un des meilleurs bouquins que j’ai dévoré ces derniers mois, qu’il faut surtout pas le réduire à la seule traversée de notre hexagone à pieds depuis l’Italie jusqu’au Cotentin mais digérer lentement toutes les réflexions, remarques sur notre quotidien (…même si je ne partage pas tout ce qu’il écrit, mon usage des écrans ne me gênant pas… tant que je sais encore me limiter…!) et sur la géographie de notre pays.

Un cheminement peu ordinaire…

“Passages secrets, les chemins noirs dessinaient le souvenir de la France piétonne, le réseau d’un pays anciennement paysan. Ils n’appartenaient pas à cette géographie des « sentiers de randonnée », voies balisées plantées de panonceaux où couraient le sportif et l’élu local.”

Avec quelques uppercuts comme je les affectionne…

“On y avait gagné un silence de parking. Il n’y avait pas un vrombissement dans l’air.”

Ou encore ce que je constate en me baladant1…

“Les paysans avaient connu la fin des jours fastes. Ils étaient redevenus les ploucs. Et la ruralité se maintenait comme une vieillarde malade, couchée sur le lit de la France.”

Voire, plus acéré…

“La politique agricole commune avait incité les exploitants à intensifier la production. Écoutant les mauvais génies, les paysans s’étaient endettés, ils avaient agrandi leur surface, acheté des machines et des semences trafiquées. Les rendements avaient décollé, le prix du steak baissé ; c’était chimique, c’était glorieux et Giscard tenait sa France prête pour l’avenir. Cette agriculture avait accouché d’un paysage aussi artificiel qu’une place pavée. Les haies, les bosquets, les friches, les marais et les talus avaient laissé la place aux grandes steppes rentables piquetées de hangars à tracteurs. Soudain, la prospérité était retombée. La mondialisation avait ouvert son marché frankensteinien. Les porte-conteneurs acheminaient les produits du monde à bas prix. Bruxelles avait été moins prodigue.”

Là, je pense à Michou qui a trouvé un CDI à deux pas de son exploitation pour tenir le coup et qui enchaîne en saison des horaires de folie…

Bref, quelques citations en sus pour vous faire saliver. Entre autres, cette vision…

“Une batterie d’experts, c’est-à-dire de spécialistes de l’invérifiable, y jugeait qu’une trentaine de départements français appartenait à « l’hyper-ruralité ». Pour eux, la ruralité n’était pas une grâce mais une malédiction : le rapport déplorait l’arriération de ces territoires qui échappaient au numérique, qui n’étaient pas assez desservis par le réseau routier, pas assez urbanisés ou qui se trouvaient privés de grands commerces et d’accès aux administrations.”

Gamin, j’adorais les terrains vagues autour de la maison de mes grands parents. Adulte, ce sont les chemins côtiers de mon île. Aussi je me retrouve ici : “Ce que nous autres, pauvres cloches romantiques, tenions pour une clef du paradis sur Terre – l’ensauvagement, la préservation, l’isolement – était considéré dans ces pages comme des catégories du sous-développement.”

Ou encore dans ceci : “Les haies de ronces et de buissons fournissaient ma ration de mûres, de poires et de figues. Ces ventrées de vagabond n’étaient pas difficiles. Il suffisait de tendre la main, les fruits n’étaient jamais cueillis.”

Ou… “Parmi la batterie de mesures du rapport on lisait des choses comme le droit à la pérennisation des expérimentations efficientes et l’impératif de moderniser la péréquation et de stimuler de nouvelles alliances contractuelles. Quelle était cette langue étrangère ? De quoi les auteurs de phrases pareilles nourrissaient-ils leur vie ? Savaient-ils le plaisir de s’essuyer la bouche d’un revers de la veste après une goulée de vin de Savoie, la jouissance de se coucher dans l’herbe quand la silhouette d’un oiseau égayait le ciel ?”

Vous commencez à comprendre ce qui m’a enthousiasmé !? Et après une rencontre… “Elle appartenait à cette catégorie de gens pour qui la santé des prunes est un enjeu plus important que le haut débit.”

Et, pour finir (sinon autant copier/coller tout le livre !)…

“À la sortie du village, un panneau indiquait : « danger milieu rural ». Était-ce pour précautionner l’automobiliste ou pour prévenir le citadin revenu aux champs de la difficulté qui l’attendait ?”

Arf, grinçant !

Bref, chaudement recommandé d’autant que… “La marche distillait ses bons effets. Elle me léguait ce trésor dont j’avais tant besoin et que j’avais été si peu disposé à conserver : le rythme.”

Dernier point pratique (désolé, Sylvain…) : ce livre est disponible en ePub…et donc trimballable avec un tas d’autres (…et sans me ruiner le dos) sur un iPhone ou un iPad…!

le 06/01/2017 à 07:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #

Troisième voeu : du temps libre…!

…et de la déconnexion en pagaille…

dans dans mon bocal | vieillir

Ces deux derniers trimestres, j’ai suivi le pouls de la planète via twitter. Ce fut parfois amusant, mais généralement décourageant. Mon opinion du genre humain était déjà fort basse, il est temps que je m’illusionne à nouveau… en réduisant ma lecture de ces brèves de 140 signes…!

Comme l’écrivait un certain… Desproges — Je pense effectivement qu’on peut rire de tout, mais pas forcément avec tout le monde — suivre des personnes expose de facto à des RT inattendus…! Question de sensibilité…

Mon manque d’adhésion à certains RT me rappelle que je suis officiellement un vieux con, imperméable à quelques types de saillies1 drolatiques. Bien entendu, je peux masquer temporairement la source initiale après avoir lu une série de ses meilleurs tweets. Mais ce n’est pas la bonne solution…! En 2016, j’avais réduit drastiquement le nombre de comptes que je suivais ; en 2017, même état d’esprit…!

Gaffe : le temps n’est pas extensible

Il y a d’abord un aspect indiscutablement chronophage que l’on découvre tous. Ensuite nous sommes face à une infobesité galopante (…quand on suit une thématique donnée, nombre de comptes réagissent aux mêmes événements, logique…) qui finit par me saouler …autant que je peux le faire en revenant régulièrement sur mes propres obsessions…! C’est dire…!!

Il ne s’agit pas de casser le thermomètre en quittant twitter mais bien de réduire cette addiction. Et donc limiter mon temps de consultation ! Bref, cesser de lancer Tweetbot au moindre prétexte et lire — d’un oeil quasi bovin…! — une actualité filtrée…

En résumé, comme pour Facebook, App.net ou, même, Instagram (et également… Mail…!), je (me) dois impérativement (de) limiter mes accès à ce qui se déroule sur internet2 pour retrouver le temps de lire, d’écouter un peu de jazz, me balader le nez au vent ou écrire… Et travailler mes revers au ping-pong pour (essayer de) contrecarrer les smashs en mode bucheron de ma fille…!

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C’est de la simple survie quotidienne… Mais cela ne m’empêchera pas de publier des tweets sans me rendre sur twitter…! Et écrire quelques billets comme celui-ci…

Je renouvelle mes voeux aux lecteurs et copains de passage…


  1. Je ne suis pas désarçonné (il m’en faut nettement plus !!), je n’ai simplement pas envie de suivre toutes les contributions, surtout les plus beaufesques… ↩︎

  2. je ne suis pas le seul à le penser, cf. Comment passer moins de temps sur Internet en 2017 ↩︎

le 02/01/2017 à 07:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #