Quid des bonnes et des mauvaises semences
Les semences doivent-elles être brevetées ou non, cataloguées ou pas…?
dans
potager
Autant l’histoire du purin d’ortie était étonnante mais avait peu d’incidence sur notre quotidien immédiat, autant la décision de la Cour d’Appel de Nîmes hier (22 décembre) peut en avoir de sérieuses… Depuis des décennies, le génie génétique de la nature est devenu un fantastique enjeu industriel car qui le contrôle a le pouvoir…
je vous laisse donc réfléchir à des faits, autant de petites pierres laissées, non par un petit poucet soucieux de rentrer au bercail, mais par des ogres économiques décidés à nous conduire vers leur notion du bonheur… Bien évidemment, le discours des uns comme des autres est toujours positif, pensé pour le bien de l’humanité toute entier, etc.
Il y avait d’ailleurs — il y a un bon mois — un excellent dossier à ce sujet dans le Monde 2 que j’avais lu dans le RER…
Économiquement, ce sont réellement des acteurs de poids, je cite le GNIS :
Les six leaders mondiaux sont ainsi Pioneer Hi-Bred International (2 164 M€ de chiffre d’affaires dans les semences, filiale de DuPont de Nemours), Monsanto (1 936 M€, États-Unis, filiale de Pharmacia Corporation), Syngenta AG (1 068 M€, société indépendante suisse), Groupe Limagrain (873 M€, coopérative française), Seminis Inc. (479 M€, société indépendante américaine) et Advanta (421 M€, filiale d’Astra-Zeneca). Trois autres entreprises françaises comptent aussi parmi les vingt premiers mondiaux : RAGT Génétique (17e, 110 M€), Euralis Semences (18e, 105 M€, société indépendante) et Union In Vivo (20e, 90 M€, union de coopératives).
Néanmoins tout ceci laisse pensif… Moralement, qui peut revendiquer légitimement un quelconque droit sur un patrimoine génétique universel…? Pas plus vous que moi… Il serait temps de réfléchir à ce qui peut ressembler à une sorte de hold-up planétaire silencieux… Si les inventions, transformations ou manipulations scientifiques sont brevetables car elles demandent des labos, des chercheurs et des prises de risques, le patrimoine originel que représente ces semences doit être, lui, accessible à tous sans verrouillage, sans restriction. Laissons à tout à chacun la possibilité de cultiver ce qu’il souhaite dans son jardin, des espèces anciennes aux saveurs différentes.
Ce qui se passe en ce moment rappelle le rachat des compagnies de trams aux USA par les firmes pétrolières et les fabricants d’automobiles… Après que les lignes de trams eurent disparu, la voiture s’imposa… Adaptez ce même scénario imbécile — dont nous payons aujourd’hui les effets un siècle plus tard — aux semences…
En effet, cette biodiversité dérange (lire le billet en entier qui résume bien la situation), d’autant que…
…l’administration française a dressé un catalogue des variétés potagères dont il est licite de perpétuer les semences…
En se fondant sur ce catalogue, l’association Kokopelli vient d’être condamnée hier et je copie/colle le courriel engagé de Raoul Jacquin-Porretaz que j’ai reçu ce matin comme un paquet d’autres personnes curieuses et vous laisse juger par vous-même :
L’association Kokopelli œuvre pour la défense et la libération des semences potagères et florales anciennes et reproductibles. Pour ses actions, elle a été maintes fois inquiétée. Le verdict de la Cour d’Appel de Nîmes a de nouveau des relents d’une « justice » que l’on pourrait croire sous influence.
Alors que le tribunal d’Alès avait relaxé le président de l’association Kokopelli, ce matin, 22 décembre 2006, Madame la Présidente de la Cour d’Appel a conforté l’Etat français dans son mépris des textes Européens et mondiaux en infligeant une très lourde amende aux semences anciennes : 17.130 euros (3426 amendes à 5 euros pièce !!!).Dominique Guillet a, en outre, été reconnu coupable de mettre sur le marché des « semences de variétés non conformes ». A quoi la Vie doit-elle être conforme ? Cachez cette semence que je ne saurais voir…
La directive CEE 98/95 œuvrant en faveur de la biodiversité, est transcrite en droit français, mais n’est pas appliquée : cette carence de l’état permet aujourd’hui la condamnation de Kokopelli à près de 20.000 euros d’amendes et frais.
L’appel des séquestreurs de semences (GNIS et FNPSP — Fédération nationale des professionnels de semences potagères et florales) avait été considéré comme non recevable par Monsieur l’Avocat Général, à l’audience du 31 octobre 2006. Madame la Présidente en a décidé autrement.De nombreux textes de la communauté Européenne ou mondiaux (traité de Rome, FAO…) insistent sur l’extrême urgence et l’importance de préserver le patrimoine cultivé de l’humanité. La France, pays des lobbies et du corporatisme, s’illustre par son incompétence et son mépris de l’avenir.
Il est révélateur de voir le soudain engouement de nos politiciens et de nos énarques pour Al Gore ou Hulot et de constater la profonde dichotomie de leurs actes.
Il nous faut aller aux urnes, comme à d’autres générations il a fallu aller aux armes, alors pour répondre à l’insulte qui est faite à la démocratie, avec cette parodie de prise de conscience écologique; allons au jardin, semer la Vie par les semences anciennes, au moins, nous ne perdrons pas notre temps.
Il ne faut pas être dupe, ce n’est pas Dominique Guillet qui a été condamné, en tant que Président de l’Association Kokopelli. C’est son travail et ses prises de position en faveur de la biodiversité et de l’accès des peuples à l’autonomie semencière et nourricière.
A travers cette condamnation, tous les jardiniers passionnés par la variété au jardin, par la variété des goûts, des formes, des couleurs, tous ces jardiniers qui construisent en conscience les jardins du futur sont atteints dans leur liberté. Nous ne sommes pas dupes, le jugement de Nîmes est une insulte à la diversité de penser. Il fait le lit des technologies mortifères et restrictives ; il oppose la Vie, dans toutes ses grandeurs, à la morbidité la plus profonde.Quelles doivent être les actions citoyennes aujourd’hui ? Faire respecter les directives européennes et appliquer le principe de précaution, en neutralisant les O.G.M. en pleins champs, conduit en prison. Maintenir, sauvegarder, promouvoir la diversité génétique, par le biais de notre patrimoine semencier, selon les souhaits du plus grand nombre et en respect des textes de loi faisant force dans ce pays, conduit à une condamnation. Réduire les pesticides en utilisant des pratiques phytoculturelles (purin d’ortie et autres…) est aussi répréhensible.
Il est à ce niveau intéressant de se rappeler que l’état français vient d’être épinglé par l’Europe et doit payer la coquette somme de 38 Millions d’euros et 360.000 euros d’astreinte journalière pour non transcription d’une directive européenne sur les O.G.M..
Les amendes infligées à Kokopelli vont donc contribuer à la diffusion en toute illégalité des chimères génétiques dans notre pays.
Il est des raisons privées que la raison d’état n’ignore pas…
Voilà, à vous, à nous, à moi de réfléchir sur ce nouvel épisode…
Mais ce qui m’inquiète, c’est qu’au fond de nos jardins, nous avons peut être des plantes qui ne rentrent pas dans ce fameux catalogue que le monde entier nous envie…! Bref, ça recommence…!!

Aucun rapport, comme d’habitude. Comme cet autre lien…
NB : pas trop tôt… enfin le 02/01/2007 une reprise dans les grands médias… Ainsi Le Monde :
Cette perte de biodiversité fait partie des motifs d’inquiétude de l’Organisation mondiale de l’alimentation (FAO). Elle aboutit à une “érosion du matériel génétique disponible pour les générations actuelles et futures”, écrit la FAO. Ce matériel constitue “un réservoir d’adaptabilité génétique qui sert à atténuer les effets potentiellement nuisibles des changements économiques et environnementaux”, ajoute l’organisation, qui prévient : “L’érosion de ces ressources menace gravement la sécurité alimentaire mondiale sur le long terme.”
Kokopelli milite pour la création d’un fichier de variétés que chacun pourrait enrichir et utiliser à sa guise, quel que soit son objectif. Une perspective rendue possible, selon l’association, par la directive européenne 98-95, qui pose le principe de conditions particulières pour les “semences de conservation”, variétés anciennes menacées d’érosion génétique. Mais cette disposition n’a pas été transposée en droit français.
05/01/2007 : À lire cet avis d’Autheuil à propos de cette histoire…