Mellel, un soupçon de…
FrameMaker ? Mais sans contestation, un très bon traitement de texte…
Ce n’est pas à la recherche de la nouvelle star mais l’idée, qui me taraude depuis quelques mois, de trouver une alternative à Word… Et surtout, pour tous les compositeurs travaillant sous OSX, une alternative à FrameMaker qu’Adobe a littéralement abandonné sur Mac alors que le développement de ce dernier est réalisé sous Unix…
Du coup, l’idée est venue d’essayer Mellel qui, rappelons le, est à moins de $40 et d’ors et déjà en version 1.8…
J’ai essayé Nisus Writer Express récemment et la prise en mains de cette application était très intuitive du fait d’une interface particulièrement soignée.
Sur Mellel, on n’a pas cette impression d’immédiateté (ça se dit ?!) mais plus d’un “Word Like” du fait même des palettes flottantes dès le lancement…
Mais, rassurez-vous, ô lecteur en recherche d’une alternative à votre traitement de texte, la prise en mains est un poil plus longue pour de simples raisons de logique de gestion des formats styles. Car Mellel est l’un des rares produits qui sache écrire de gauche à droite et de droite à gauche. Et l’illusion de ressembler à Word chute rapidement !

Mellel nous oblige à réviser nos acquis avec d’autres applications. Bref, à oublier nos outils traditionnels comme Word, FrameMaker ou Indesign…
Effectivement, on se sent très vite à l’aise avec ce produit une fois bien compris le rapport entre formats paragraphes et formats caractères… Car Mellel nous demande surtout d’oublier nos réflexes d’utilisateurs et à faire preuve de curiosité… L’interface reste certes déroutante… tant que nous conservons nos habitudes !
Dans ces derniers, un format paragraphe gère tous les attributs dont le choix de la typo.
D’ailleurs le mot styles n’est pas utilisé dans les menus : par contre deux menus spécifiques aux (formats) paragraphes et aux (formats) caractères sont disponibles…
L’accès aux attributs des uns ou des autres styles s’effectue immédiatement en cliquant sur l’info affichée juste au-dessus du document.

Et la palette complémentaire :
Sur Mellel, c’est autre chose, le format Paragraphes gère la structure du bloc, le format Caractères vient ajouter la typo et la direction de l’écriture. Cette combinaison offre beaucoup de souplesse, un même format paragraphes pouvant recevoir plusieurs habillages typographiques ! Et ce, soit dans des paragraphes différents, soit dans le même paragraphe pour gérer une citation.
C’est assez logique car si vous sélectionnez une typo, il est logique que vous puissiez activer au même endroit l’orientation de cette typo… Toujours pour être en accord avec cela, Mellel gère les typos OpenType et donc les ligatures conditionnelles…
Et sa palette complémentaire :
Il manque encore quelques options comme le choix de l’enchaînement des paragraphes, un paragraphe Titre ne peut pas appeler naturellement un paragraphe normal, par exemple… On ne peut jouer sur les options de césure, les approches de groupe, etc. Mais, après échange de e.mails avec l’un des développeurs, tout ceci progresse…
Alors pourquoi évoquer FrameMaker ?
Mellel, s’il n’intègre pas encore d’index, possède des variables, un système de numérotation des paragraphes qui constitueront la table des matières et bien d’autres choses encore embryonnaires.
Ce n’est pas encore suffisamment développé et encore parfois confus dans les menus mais cela fonctionne : ainsi cette gestion de table des matières est certainement l’un des points les plus rusés de Mellel, d’autant que cette numérotation peut être placée à gauche comme à droite.
La personnalisation de cette numérotation se fait à l’aide de balises dans une fenêtre dédiée et, du coup, permet d’automatiser à sa guise ces entrées que peuvent être Chapitre, Section ou autres… Cela me rappelle Word Perfect par moments !
Le recours aux variables est également possible, ce qui donne beaucoup de puissance pour des mentions qui risquent de changer. Mieux encore, la gestion des en-têtes s’effectue également ici, ce qui offre une très grande souplesse même si ce n’est pas toujours très “évident”…
En conclusion
Mellel demande un réel effort à l’utilisateur pour en comprendre tout le sel.
J’avoue que je suis rentré dans l’application un peu à contre cœur et puis, assez vite, je me suis laissé surprendre par sa logique (certes discutable pour quelques items encore) et son étonnante souplesse qui ne s’appréhende pas au premier regard.
Sans conteste, c’est l’un des meilleurs produits que j’ai eu l’occasion de tester ces dernières années. À tel point que je commence sérieusement à l’envisager comme une alternative à FrameMaker, c’est dire !
Bon, c’est certes aller un peu vite en besogne mais Mellel gère une bonne partie de ce dont j’ai besoin en composition d’ouvrages. Une numérotation automatique des paragraphes, avec vision du plan en parallèle du texte (pompeusement nommé “ébauche”), des formats styles très puissants, une gestion de tableaux efficace, des notes en bas de page. Sans oublier des styles de page, sortes de modèles prédéfinis selon vos besoins (courrier, présentation, article ou livre…). Et des tableaux qui peuvent aussi être orientés gauche droite ou droite gauche, logique. À noter qu’une cellule peut être séparée en diagonale et recevoir dans chaque triangle une mention…
Il manque pour l’heure un index même si Mellel possède est orienté pour tout ce qui touche à la bibliographie et citations, ou encore fixer un format de document sans se soucier d’un quelconque pilote d’impression pour ce faire…
La possibilité de jouer sur des variables — encore trop limitées en volume — est un autre point intéressant pour la gestion de contrats par exemple, tout comme le fait d’avoir introduit une nouvelle option de styles, à avoir les styles de page (marges et contenus des en-têtes et pied de page).
Si j’ai regretté les petites options pratiques de stabilo à la Nisus, il est assez sympathique de pouvoir détourner les citations avec l’option “exclure du document final” et donc les gérer comme des notes de travail !
À noter que les OpenType sont parfaitement utilisés avec leurs ligatures (j’ai utilisé la Costa de chez TypoFonderie).
Et comme Nisus Writer Express, la conversion de Word est impeccable… hormis les figures créées sous Word qui ne seront pas importées !
Bref, nous voici face à un produit qui en plein développement mais assis sur des bases qui semblent solides. Reste à bâtir sur ces fondations les fonctionnalités qui manquent pour le rendre indispensable pour un compositeur (format de page, index, références croisées et variables plus développées)… Mais assurément le produit est à essayer.
D’autant que cette application est quasiment unique pour son usage même de langues romanes et arabes ou hébraïques dans un même document.
Mellel est téléchargeable ici même et peut être essayé quelques semaines sans demande de clé…
Dernier point, le produit est, lui, déjà localisé en français.