Oh cry me a fucking river…!
Mais quelle surprise ! Non…!
Un pouët d’Antonio A. Casilli ce matin m’a remis en mémoire quelques échanges jadis avec nos clients. Et inspiré cette courte chronique…
Bien avant l’essor de l’IA, j’avais évoqué un risque dans les années 90, celui du remplacement de nombre de professions …dont celles de mes interlocuteurs (et clients) « consultants » par des dispositifs d’automatisation.
Cela avait fait s’esclaffer la majorité1 d’entre-eux.
— Inconcevable !
Pourtant l’arrivée des Macintosh (…en lieu et place des machines dites sérieuses sous windows2) au sein de leurs bureaux leur avait permis — dans un premier temps — de déléguer à leurs assistant(e)s une partie des présentations que nous mettions en page.
Relire ici même : Keynote, arrière-petit-fils d’une Composphère… |
Nombre de jeunes consultants s’étaient vite emparés des premiers outils de PRéAO sur Mac (puis PC) pour générer leurs présentations. Le terme même de « présentations assistées par ordinateur » auraient dû leur mettre la puce à l’oreille !
Relire ici même : Faut il supprimer PowerPoint…?, un billet de 2010
En revanche, ils étaient intimement convaincus que nous — les graphistes Free-lance qu’ils employaient pour dessiner les « slides » de leurs présentations — allions périr à court terme.
Sauf que nous le savions déjà…
Nous étions conscients de notre propre obsolescence, voyant disparaître sous nos yeux nombre d’excellents prestataires de la chaîne graphique3 sous la pression du numérique : photocompositeurs, monteurs film, flasheurs , cromalins, coursiers4, photographes, labos…
PowerPoint — né sur Mac — avec ses templates prêtes à l’emploi (…et identiquement employées par toutes les firmes de Conseil…) a fini, en quelques années, de balayer notre activité de mercenaires dans ce domaine des Business Graphics.
Avec comme conséquence, de découvrir que nos anciens clients passaient de plus en plus de temps de conseil — chèrement facturé — …à singer nos mises en page sur leurs ordinateurs au lieu de phosphorer !
Pour mémoire, un phénomène identique se produit actuellement chez quelques éditeurs qui préfèrent demander à Tchat de leur pondre des illustrations de couverture via quelques prompts au lieu de confier cette recherche graphique à des professionnels…
L’argument à cette époque était que le poids de leurs diplômes, leur réseau d’anciens (…de l’importance alors des éditions annuelles des alumni, bien avant Linkedin…) comme leur expertise les protégeaient… Qu’ils resteraient indispensables en pilotant des fusions acquisitions, la stratégie (…et parfois les atermoiements) de leurs clients avec leurs études5 sur mesure.
Bref, leur statut en soi-même était un talisman, un bouclier (…mettre ici des termes ad hoc…) et donc qu’ils étaient intouchables car côtoyant les maîtres du monde dont ils sont proches (…écoles, lieux de résidence, de vacances…)…
Or, près de trente ans plus tard, l’IA semble faire leur taff tout aussi bien …dont halluciner, bullshiter en agglomérant des infos piochées ci et là pour étayer un argumentaire abscons…

-
Pas tous, loin de là. D’aucuns étaient déjà conscients de la fragilité de leur position mais je les compte sur les doigts d’une main…! ↩︎
-
Je me souviens de ce consultant qui m’avait conseillé de revenir à des ordinateurs sérieux comme des machines de chez DELL ou Victor au lieu d’utiliser nos outils pommés…!! Jacques, si tu me lis, c’est bien toi que j’évoque… ↩︎
-
lire ce billet de 2009, Tout sur la chaîne graphique | 2 ↩︎
-
Indispensables pour transporter en urgence dans Paris les Syquest, films ou simples tirages de slides papier avant même la démocratisation du réseau ADSL ↩︎
-
Parfois en s’appuyant sans vergogne sur des documents réalisés pour d’autres clients… ↩︎