Après les licenciements en masse qui viennent de s’effectuer chez Twitter, je me suis réveillé ce matin avec les souvenirs effilochés d’un rêve étrange.
Déconnexion à distance de l’ordinateur de travail, du badge d’accès dans l’entreprise, suppression de vos accès à la messagerie, un simple SMS sur votre téléphone pour vous avertir que vous venez d’être licencié…
Cette manière de virer — en piétinant même les règles du droit local — sans rencontrer les personnes me sidère !
La relecture ces derniers jours derniers de Ubik — un roman de Philip K. Dick écrit en 1969 — a interféré et indubitablement nourri mon rêve !
Si la sécurisation des divers modes d’accès à l’entreprise peut s’expliquer, cette façon instantanée de transformer un employé en paria me remet en mémoire la surveillance d’État qui se met en place ci et là, allant jusqu’à empêcher les citoyens de pénétrer dans un parc ou prendre les moyens de transport…
D’ailleurs, pourquoi ne pas aller un peu plus loin dans les représailles avec l’interconnexion — numérique toujours — des services ?
Vous avez critiqué tel ou tel…? Erreur…!
Demain, le simple fait d’avoir critiqué tel maître du monde peut nous exposer au quotidien…! Mais il y a encore plus drôle : les seigneurs de la Silicon Valley se connaissent, leurs participations croisées.
Imaginez…
- Vous venez de vous faire virer, votre ordinateur ne peut plus accéder au serveur de l’entreprise qui vous employait il y a deux minutes.
- Mais vous êtes toujours connecté à Internet…
- Vous souhaitez accéder à votre compte bancaire pour faire le point sur votre situation financière.
- Vous découvrez que vous n’avez plus accès à votre compte en ligne.
- Désarçonné, vous décidez de faire un tour dans la rue pour décompresser…
- Au retour, la porte d’entrée de votre appartement refuse que vous rentriez chez vous !
- Sidéré, vous décidez de vous rendre chez des amis et rejoignez votre voiture électrique qui s’ouvre… mais refuse de démarrer…
Avec la numérisation des services, le jour où vous devenez un paria, vous n’existez plus.
Avec des serrures traditionnelles, la maison ou le véhicule thermique restent totalement accessibles. Pas dit avec leurs versions numériques si pratiques car commandées par votre smartphone (sic…!).
Et se retrouver dans une situation proche de celle de Joe Chip dans Ubik !
La porte refusa de s’ouvrir. « Cinq cents s’il vous plaît », dit-elle.
Il fouilla à nouveau dans ses poches, cette fois en pure perte. « Je paierai demain. » Il essaya à nouveau de tourner la poignée. Sans succès. « Quand je paie pour ouvrir, c’est un pourboire, je vous signale. Pas une obligation.
— Je ne suis pas du même avis, rétorqua la porte. Relisez bien le contrat que vous avez signé en achetant ce conapt. »
Il sortit ledit contrat de son tiroir (il avait déjà dû s’y référer plus d’une fois) ; en effet, ces paiements entraient dans la catégorie des frais imposés.
« Comme vous pouvez le constater, c’est moi qui ai raison », déclara la porte sur un ton plein de suffisance.
Joe Chip prit un couteau dans le tiroir de l’évier et dévissa le mécanisme de l’insatiable porte d’entrée.
« Je porte plainte, déclara celle-ci alors qu’une vis tombait.
— Ce sera une première. Mais je n’en mourrai pas. »

Je vous laisse y réfléchir, partager ces idées noires toutes fraîches ce matin.
Je vais me faire un café…!
Ce vendredi 4 novembre Mastodon.social est à nouveau en rade : cela est dû au grand nombre d’utilisateurs qui migrent de Twitter vers Mastodon et souhaitent impérativement se retrouver sur le serveur du fondateur de ce réseau alors qu’il existe des tas de serveurs décentralisés, tous aussi efficaces.
Cet arrêt momentané de Mastodon (…impossible de me connecter sur @urbanbikecom une paire d’heures) est propice à conduire à son terme une réflexion qui frémit depuis la prise de contrôle de… Twitter :
Mais qu’est-ce que je fais encore là ?
Avec raison, vous pouvez me rappeler nombre de mes propres billets, les plus récents quand je ressentais les premiers effets de la chute (…d’un pan de mur) de la maison Twitter…
Mais c’est plus profond…
Qu’est-ce que je fais encore sur un réseau social !
Non pas que je trouve cela inutile, je garde un pied dans Twitter et la porte plus largement ouverte dans Mastodon…
Non, la question est : est-ce que ce format me convient ?
Certes, je suis passé d’un dispositif de 280 caractères à 500 sur Mastodon ; certes, je rencontre virtuellement de nouvelles têtes. Et, bien agréable, quelques copains…
Mais dois-je continuer à publier aussi abondamment sur ces plateformes sans avoir l’espace pour développer. Est-ce que le format d’urbanbike ne reste pas le plus adapté à ma manière de fonctionner, quitte à pondre des suites à rallonges à certains billets…?
Je pourrais/devrais ajouter :
Où suis-je le plus à l’aise…?
Poser cette question est déjà y répondre…
Ce n’est pas faute d’essayer…!
Hier j’ai modifié mon profil sur Mastodon.social, ajouté nombre de d’informations pour rassurer (sic !) les personnes qui souhaitent me suivre : j’ai ainsi répondu aux injonctions de quelques comptes sur Mastodon qui demandent aux uns et aux autres de se présenter.
Donc, je l’ai fait très proprement…
Et puis, ce matin, j’ai tout défait (…avant la panne de mon instance). Ne dois-je pas passer en mode silence radio quasi complet.
En l’espace d’une semaine, il s’est déroulé énormément d’événements (l’annonce d’un nouveau réseau (Bluesky Social), la possible faillite d’un autre (Truth Social), voire le gag à propos du rachat d’un réseau historique !), mais il est surtout temps de prendre du recul…
En être ou ne pas en être : telle est la question !
Depuis quelques mois/années, est-ce que je ne fais pas fausse route ?
Je me suis bien amusé sur Twitter, Mastodon est sympathique, mais j’ai vieilli (oui…!).
Mes préoccupations, mes envies ne sont plus identiques à celles d’il y a seulement deux ans.
Ce qui est amusant, c’est que je ne suis pas le seul à phosphorer…
Anthony écrit ceci sur Mastodon : « Après quelques jours, je me souviens pourquoi je ne fais jamais long feu sur Mastodon. Il ne résout rien aux problèmes soulevés par « le » flux, d’autant moins que ses outils de blocage et filtrage sont rudimentaires. Or cette injonction à l’immédiateté me fatigue au plus haut point. Créez des blogs (le mien : zinzolin.fr) ! Avec des flux RSS et des newsletters ! Laissez-nous une chance de pouvoir retenir vos paroles ! Cultivez votre jardin, et pas celui d’un autre, aussi « fédéré » soit-il. »

Pour conclure : depuis l’annonce d’Elon Musk de racheter l’intégralité de Twitter, j’ai fait un premier pas de côté.
Il est temps de faire le second…
Et hop…!
Ce billet est né en mars 2019 un après-midi le long du rio Tormes, en marchant et en échangeant avec ma fille.
Avant de rejoindre son université, comme il fait souvent beau soleil même si les 12° nous obligent à nous couvrir, nous maintenons cette habitude de faire un grand tour à pied dans Salamanque.
Échanger pour nous, c’est parler de tout, s’intéresser à l’autre, à ses centres d’intérêt du moment, préoccupations, activités et rencontres du jour.
Tout en discutant, mes yeux restent attentifs tant aux piétons que nous croisons, à l’environnement automobile, passages cloutés, paysages urbains.
En traversant le Tormes par le pont Esteban, filant vers la petite église de la Santísima Trinidad limitrophe du parking où l’on gare généralement le Jeep, le vent s’invite et notre discussion dérive vers nos balades sur les sentiers côtiers de belle-île, ses premières photos au 100 macro, glosé sur les clichés actuels au iPhone. On finit par obliquer vers l’ouest pour traverser à nouveau le fleuve en empruntant, cette fois-ci, le vieux pont romain.
C’est alors que nous en sommes venus à évoquer ce qui nous amuse, le sens du détail dans nos approches photographiques.
Nous avons tous en nous des mécanismes plus ou moins émoussés hérités de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs.
Pour éviter de se faire dévorer par d’autres animaux, nos lointains parents ont développé des qualités indispensables à leur survie, aptitudes qui sont nettement moins utilisées aujourd’hui au quotidien.
C’est ce que je pourrais qualifier de vigilance permanente à l’environnement, une capacité à analyser à notre insu tous ces bruits ou éléments de faible intensité, ces détails que d’aucuns perçoivent peu mais que ma fille et moi entendons et, surtout, entrevoyons.
Pour Aurélia, je l’ai constaté très tôt, notamment lors d’une balade à Bornord (Belle-île-en-mer). Nous marchions sur un sentier bordé d’ajoncs, la partie au sud-ouest proche du rivage qui mène vers le banc de Marianne, un passage étroit entre deux lèvres végétales.
À un moment, Aurélia s’est arrêtée sans mot dire.
J’ai suivi la direction de son regard pour comprendre le pourquoi de cette halte soudaine : une sauterelle verte quasi invisible sur fond vert. J’en avais parlé ici d’autant qu’elle l’avait fait à deux occasions.
Elle a cette capacité à voir ce qui est incongru dans son champ de vision. Si aujourd’hui, cette capacité est moins nécessaire pour survivre (et ça reste à discuter), elle est bien utile en photographie.
Et c’est bien à cela que je veux en venir.
Utilisons ces sens hérités des générations précédentes (…de ceux qui eu le temps de nous les transmettre…!) en les réorientant (sic !) pour d’autres usages.
Ce qui fait soudainement irruption dans notre environnement peut devenir un point d’intérêt, voire une scène à photographier. Je ne vais pas délayer !
Avant même d’identifier la nature du danger ou l’incongruité de la situation, votre cerveau nous alerte : éduquons-nous pour figer temporairement cette situation et l’analyser — non plus en terme de danger (quoique !) — mais en tant qu’opportunité pour une photo, une narration.
Voire les deux.

Cette image banale décrit mon état d’esprit actuel entre activité physique (le brompton au dernier plan) en sommeil et l’irruption de plus en plus marquée de ce truc nommé vieillesse… Entre la polaire de mon père et mon nouveau corset, seule la sangle de gainage apporte une touche de couleur stimulante…