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Courrier de Tartarie

Peter Fleming

dans ancres | lire

Ces derniers jours, en me réfugiant sous ma couette le soir alors que la température fléchissait, je me suis régalé en lisant par étapes Courrier de Tartarie, le récit d'un voyage quasiment improvisé de 6 000 kilomètres allant de Pékin (Chine) à la région du cachemire (Inde), une épopée réalisée par deux voyageurs dotés d'une force de caractère peu commune…

Sept mois de traversée à pied ou à cheval dans un contexte mouvementé, car ce voyage a été effectué en 1935 en pleine guerre entre russes, nationalistes, armée rouge, des meilleurs et j'en passe…! Lui fête ses 28 ans (31 mai) vers Issik Pakte. Elle lui prépare un festin de roi alors qu'ils n'ont quasiment rien à se mettre sous la dent…
Pendant sept heures, nous cheminâmes entre la ligne spectaculaire des grands monts et le lac qui scintillait d'un superbe bleu de carte postale. Le désert, en pente inclinée, était nu comme la main ; la seule créature vivante que je vis ce jour-là fut un aigle; À quatre heures et demie, nous nous arrêtâmes au fond d'un ravin peu encaissé, et le campement fut dressé sous une vive bourrasque de grésil. Notre sac d'orge était pour ainsi dire vide ; des miettes furent mélangées à de la tsamba pour le plus grand régal de Slalom, mais Cynara, plus déconcertée que jamais, ne touche pas à cette mixture, bien qu'autour de nous, il n'y eût plus rien à brouter pour les chevaux. Kini confectionna un magnifique festin de riz, d'antilope et de curry qui me réconcilia parfaitement avec l'approche de la vieillesse et nous remerciâmes tous deux le ciel que nous ne nous trouvions pas au Savoy en train de célébrer quelques solennité de même espèce.

Kini, c'est Ella Maillart…
Ce voyage s'est déroulé sous le signe d'une faim permanente et de la peur d'être renvoyé vers Pékin car ces deux européens se sont baladés dans un territoire interdit d'où ne provenaient que de maigres informations. Sans oublier le règne de l'arbitraire et d'une bureaucratie tatillonne…
Ce périple a été improvisé (j'insiste) dans des conditions indignes d'une expédition organisée…! Et pourtant…
Nous traversions l'Asie à l'allure qui lui convient. Dans l'Histoire d'Angleterre de Macaulay (…), celui-ci parle avec une condescendance et une suffisance bien victoriennes « de la difficulté extrême que nos aïeux éprouvaient à se déplacer » ; eh bien, nous goûtions pleinement le charme de retrouver ainsi tout un étage de l'expérience humaine dont le monde actuel a perdu jusqu'au souvenir. Nous avions laissé le XXe siècle loin derrière nous à Lanchow en même temps que les camions, et nous nous trouvions à l'heure actuelle aux prises avec les obstacles immémoriaux, toutes choses qui déjà embarrassaient Alexandre et inquiétaient les compagnons de Gengis Khan — absence de pâturages, absence de bêtes, absence d'eau. Nous nous attaquions quotidiennement aux étapes que Marco Polo aurait franchies s'il s'était détourné de la Route de la Soie pour franchir les montagnes du Sud.

Et Peter Fleming ajoute un peu plus loin…
Ces expédition scientifiques qui parcourent le désert dans des auto-chenilles, accompagnées le jour du ronronnement des appareils de cinéma et la nuit de la musique de la radio, rapportent certes une grande quantité d'informations ; mais je doute qu'elles « sentent » véritablement le désert. Ignares en tout, nous étions du moins instruits en cela.

Bref, je suis resté scotché par ce récit, par ce voyage dément réalisé par deux voyageurs solitaires qui ont partagé une existence des plus sommaires pour aller au bout de leurs rêves… Rien à voir avec certaines expéditions sponsorisées que l'on peut suivre quasiment en direct à la télévision…!
Lui est épaté par cette fille dure, fataliste et incroyablement adaptable comme lui.
Nous n'étions ni l'un ni l'autre particulièrement sensible à l'inconfort, à l'incertitude et à la dure nécessité d'avoir à nous priver de bien des choses que les gens civilisés considèrent comme inséparables d'une vie rationnelle.

D'ailleurs, Peter Fleming dédicacera en 1936 un exemplaire de son livre à Ella de cette manière…
À Kini, une bonne fille, ce souvenir inadéquat d'un voyage que nous ne sommes pas près d'oublier est offert avec avec admiration, affection et gratitude.
Tu as été drôlement bonne, tu n'aurais pas pu faire mieux.

Bref, un récit bien écrit qui relativise soudainement le peu d'inconfort provoqué par une température plus fraîche d'automne, un simple problème de transport ou le manque de croustillant du morceau de pain qui accompagne le repas !
Ce serait, de plus, rendre justice à cet auteur car tout le monde connaît les ouvrages de son frère, Ian, le créateur de James Bond. Or Peter a eu une vie aventureuse riche… et bien réelle.

Courrier de Tartarie
Peter Fleming
Phébus Lbretto
9782859407490 | 11,50 €

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Note : Ella Maillart a relaté cette même aventure dans son livre, Oasis interdites. Je ne l'ai pas encore lu.

le 12/11/2007 à 06:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #

Les Aventures de Sindbad le Marin

Nouvelle traduction en format poche

dans ancres | lire

J'ai toujours cru comme la majorité des lecteurs que les aventures de Sindbad le Marin étaient liées aux Mille et Une Nuits avant de tomber sur ce livre paru chez Phébus… Que nenni, ces sept voyages sont bien une œuvre à part comme l'explique l'introduction de René R. Khawam qui a également signé la traduction.
Ce sont donc les voyages d'un marchand très chanceux. Tous ses périples finissent bien pour lui et il rentre à chaque fois encore plus riche à Baghdâd…
La manière de raconter chaque voyage (à un autre Sindbad, un portefaix, entre autres), les aventures incroyables avec force rebondissements sont amusantes mais également particulièrement instructives car c'est à chaque fois en filigrane une carte maritime de l'Asie, de l'Inde à la Chine en passant par Ceylan qui se dessine.
Sindbad (le Marin) déployant toujours, tel Ulysse, la ruse, la négociation et la patience pour traverser les nombreuses épreuves qu'il rencontre. À ce propos, la lecture du troisième voyage — Les hommes-singes et le géant rôtisseur d'hommes — rappellera sans aucun doute aux lecteurs de l'Odyssée un épisode fameux, celui du Cyclope… Bref, un classique du monde arabe du IXème siècle à redécouvrir et qui n'a donc rien à voir avec Schéhérazade…

Les Aventures de Sindbad le Marin
Traduction de René R. Khawam
Phébus Libretto
9782859407674 | 9,50 €

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le 11/11/2007 à 06:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #

À table avec les cannibales

Corrado Ruggeri

dans ancres | lire

À table avec les cannibales est sous-titré "Aventure en pays papou". Dans les deux cas, c'est un mauvais titre.

Voilà un jeune homme de bonne famille qui décide de passer un mois chez les papous, loin de sa belle, histoire de voir ce qu'il se passe. Bon. À la lecture des premières pages, on découvre un récit ni drôle ni intéressant. On suit un peu attristé certains épisodes de ce voyage, pas certain d'avoir compris la motivation de l'auteur et son goût du risque comme son besoin de se mesurer à tout prix aux autochtones. N'est pas Bryson ou O'Hannlon qui veut. Très vite, j'ai failli lâcher l'ouvrage dans un grand bâillement lors de sa rencontre avec Pat, une rencontre genre Club Med et plus si affinités.
C'est au chapitre 12 que son voyage démarre enfin.
Il découvre Daniel, fils d'un chef Cannibale. Et rien que pour les chapitres 13 à 19, je vous engage à lire ce bouquin qui prend alors tout son sens. Ce ne sont plus les vacances d'un détestable touriste blanc mais une collision avec les esprits du lieu.
Jusqu'à présent tout cela me terrorisait ; je sentais combien il est fragile, l'Occidental campé dans les certitudes de ses petites habitudes. C'est seulement cette nuit que je réalise à quel point une existence purement rationnelle devient une prison, une torture, un avilissement si, comme l'écrit Dostoïevski, « l'esprit n'est libre que parce que les instincts sont enchaînés ».

Cela m'a remis en mémoire un passage de mémoires de porc-épic et rendu l'auteur plus sympathique.

À table avec les cannibales
Corrado Ruggeri
Petite bibliothèque Payot
9782228897969 | 8,40 €

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le 07/11/2007 à 06:30 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #