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Document | Gomorra

Roberto Saviano

dans ancres | lire

Je viens de terminer avec peine ce livre d'investigation de près de 360 pages… Avec peine car c'est le nombre d'informations incluses qui est à proprement stupéfiant. On comprend mieux pourquoi son auteur vit désormais sous haute protection policière… Dans ces régions où l'omerta est inscrite dans les gènes, avoir le courage — ou l'inconscience — de tout déballer se paye généralement de sa vie.

C'est un livre est un constat. Celui d'un jeune homme de 28 ans né dans une des régions les plus noyautées par les clans en Italie, la Campanie. La région de Naples pour être plus précis. Bref, on est très loin de la carte postale touristique et ensoleillée, du voyage à Capri de notre ami Jacques…

Depuis qu'il est gamin, Roberto Saviano promène un regard curieux sur ce qu'il côtoie au quotidien, ces activités discrètes régulées par la camorra, ces gens qui triment silencieusement et qu'il a fréquenté. Il nous livre une espèce de guide, un vécu de l'intérieur de cette gigantesque toile d'araignée qui se déploie autour de l'économie. Et, surtout, cette guerre implacable pour le contrôle du système.

Cela se traduit pas des dégâts collatéraux monstrueux, inqualifiables… Car hormis les trafics habituels qu'il est inutile d'énumérer, le plus sordide est celui des déchets toxiques.
Les parrains n'ont eu aucun scrupule à enfouir des déchets empoisonnés dans leurs propres villages, à laisser pourrir les terres qui jouxtent leurs propres villas ou domaines. La vie d'un parrain est courte et le règne d'un clan, menacé par les règlements de compte, les arrestations et la prison à perpétuité, ne peut durer bien longtemps. Saturer un territoire de déchets toxiques, entourer ses villages de collines d'ordures n'est un problème que si l'on envisage le pouvoir comme une responsabilité sociale à long terme. Le temps des affaires ne connaît, lui, que le profit à court terme et aucun frein. L'essentiel du trafic ne connaît qu'une seule direction : nord-sud. De puis la fin des années quatre-vingt-dix, dix-huit mille tonnes de déchets provenant de Brescia ont été enfouies entre Naples et Caserte et en quatre ans, un million de tonnes à Santa Maria Capua Vetere. Les déchets traités au nord, dans les usines de Milan, de Pavie et de Pise, sont tous expédiés en Campanie.


Et cela fonctionne tellement bien que les meilleurs organisateurs, les stakeholders, font école en Asie. Une fois ces sols définitivement saccagés, parfois de petits lotissements sont construits avec tous les risques que cela comprend (émanations, affaissements de terrain)…

Réduire ces faits à la seule Italie serait injuste : dans toutes les régions du globe, cela fonctionne en gros de la même manière sous des couvertures diverses (religieuses, économiques ou politiques). Paradoxalement, ce que je retiens du livre, c'est l'absence de vision à long terme des clans. Accéder et détenir le pouvoir quelques temps semble être le but suprême et peu importe la fin. On ne sort pas de ce livre révolté, juste totalement écœuré…


Gomorra
Dans l'empire de la comorra
Roberto Saviano
Gallimard
9782070782895 | 21 €

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À propos, cette interview sur cafebabel, partie 1 et partie 2. Ou ces chroniques sur ImpasseSud ou Passion du livre.

le 31/10/2007 à 06:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #

Tierra del Fuego

Francisco Coloane

dans ancres | lire

Prodigieuses nouvelles à déguster, une chaque soir… À la fois fantastiques et terribles, ces nouvelles basées sur des faits réels (le sombre royaume de Julio Popper a malheureusement existé, le génocide des indiens Ona a bien été commis de sang froid, etc.) nous entraînent bien loin de nos conflits existentiels, de notre univers bien confortable en comparaison de la vie des personnages de Coloane dans les territoires hostiles et immenses du Paramo… Là bas, survivre n'est pas un vain mot avec le froid, le vent et la solitude pour quotidien. Pas d'histoires à l'eau de rose mais des fresques brutales où l'homme n'est pas tendre avec ses semblables. Les véritables habitants de ces terres ont été littéralement chassés, exterminés. C'est entre autre leur histoire terrible que brosse Coloane. Chaque nouvelle se déroule se visualise comme un film tant les détails sont précis…

Hypocrite philosophie ! » pensa Novak allongé dans l'obscurité. « Héroïsme et sentiments élevés pour la piétaille, et les richesses pour le maître ! Ah, le scélérat ! » murmura-t-il en se souvenant de la scène finale où, dès le discours achevé, il dégainait son sabre et s'écriait avec la troupe à l'unisson : « Avec vous nous vivons ; avec vous nous mourrons ! »

Il se répétait ces phrases que Popper lui avait ordonné d'inculquer aux soldats afin qu'elles leur serve de serment adressé au Chef… « Avec vous nous vivons ; avec vous nous mourrons ! »… Il poussa un profond soupir, mêlé de rage et de compassion pour lui-même. Il n'avait été qu'un pauvre idiot, utilisé pour terroriser de plus idiots que lui ! Le Roumain l'avait manipulé comme un des ces épouvantails empaillés qui mystifiaient les Indiens et tous les gueux de la pampa ! La vie était donc ainsi ? Faim et prison pour que l'homme travaille et ne vole pas ? La condition de l'effort était-elle vraiment un estomac vide ?


Pour commencer à lire Coloane, je conseille de démarrer par Le passant du bout du monde trouve très instructif (lire le billet d'urbanbike) particulièrement instructif car cela explique encore plus l'univers de cet auteur majeur au Chili et en Amérique du Sud.

Du coup je vais relire Cap Horn que j'avais trouvé très (trop) âpre et qui fût mon premier contact avec cet auteur.



Tierra del Fuego
Francisco Coloane
Phébus
9782859408749 | 7,50 €

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Lire également :
Le passant du bout du monde
Naître en français
Au coeur de Bornéo
Val Paradis
L'île des perroquets
Flamand des vagues
Poussières mexicaines
American Rigolos
Motel blues
Nos voisins du dessous
Un curé d'enfer
Atlantique nord

le 22/10/2007 à 08:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #

Thierry Seray et le coup de tabac des régates royales 2007

Panerai Classic Yact Challenge

dans ancres | photo

L'auteur de photographier la voile et la mer nous montre à l'occasion qu'il faut aussi pas mal de courage pour photographier par très mauvais temps…!
Pipeau…? Non, il suffit de voir les images pour s'en convaincre… Ou lire le compte-rendu sur son blog…! Je comprends mieux toutes les explications dans son bouquin sur la protection des optiques et des boîtiers…

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le 15/10/2007 à 10:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #