Coup d’œil dans le rétro — …en mode vade retro Satana forcément ! — qui m’amène à remarquer sur la toile quelques connaissances avec lesquelles les liens n’ont jamais été clairement rompus !
Jadis, nous avons partagé nombre de moments sympas mais, peu à peu, l’irruption d’un épais brouillard relationnel dû à nos activités réciproques a provoqué — plus ou moins à notre insu — une perte de contact…
Plus de son, plus d’image : chacun a continué sa route et, finalement, le poids du quotidien a repris le dessus.
Point final.
Stupéfaction…!
En effet, après deux décennies, je tombe sur un billet qui cause des enfants de ces relations passées…! Ai-je envie de télégraphier aux parents, rédiger un courriel, faire un signe de la main…?
Non !
Tenter une épissure me semble vain…!
Mes invisibles évoluent dans des univers sérieux (…musique, photographie, écriture…), compétitifs, chronophages.
Des environnements qui requièrent une concentration de tous les instants pour conquérir de haute lutte des contrats, être reconnus par leurs pairs, rester sur la ligne de crête…
Perdre du temps avec ces dilettantes, à la retraite de surcroit…? Que nenni…!

Restons des imbéciles heureux, profitons de chaque seconde qui passe.
Et basta…!
Mais, Philippe, même ton job de consultant finira par être détrôné par des outils informatiques…!
Je me souviens de cette réponse un poil …énervée à l’un de nos clients fraîchement associé dans une structure de conseil.
Ce fut notre dernier échange : il venait de m’annoncer que son cabinet allait cesser de nous faire appel, que leur staff d’assistantes maîtrisait désormais PowerPoint et MacDraw à la perfection…
Tchao…!
Quelque temps auparavant, il m’avait glissé qu’il trouvait scandaleux (sic !) que des graphistes puissent s’offrir un véhicule neuf …oubliant que c’était avec cet outil que ces gueux (nous !!) venaient récupérer de jour comme de nuit les brouillons de ses présentations dans ce coin mal desservi en transports en commun de la région parisienne ! Puis lui livrions un carrousel de diapos à l’heure dite au Bristol après deux jours de charrette continue le week-end…!
Quelle ingratitude…!
Avons-nous été surpris…?
Heuuu, non.
Dès la fin des années quatre-vingt ans, dans le secteur du prépresse, nous avons vu disparaître des wagons d’excellents professionnels, du photocompositeur au flasheur en passant par les coursiers, les photograveurs et même des imprimeurs, monteurs films. Plus tard, les labos photo pro qui développaient nos ektas…
Nous savions que notre activité de Business Visual Graphics était menacée par les outils …que nous avions contribué à mettre en place…
Aussi nous avions anticipé en infléchissant le cap tout en étant conscients que graphistes de livres était loin d’être une sinécure…!
Bref, deux décennies plus tard, en 2013, nous avons plié nos gaules sans regrets.
L’IA ne fait pas de quartier…
Pour l’univers du conseil, cela démarre comme le suggère ce billet d’Andrea Belk Olson, Will AI decimate consulting? - Big Think…
The industry has always been a strange hybrid of insight and illusion. At its best, it’s about uncovering what organizations can’t see in themselves to identify the hidden drivers of growth. At its worst, it’s been about glossy decks, generic frameworks, surface-level diagnoses dressed up as strategy, and most commonly, cutting heads.
[Deepl] Ce secteur a toujours été un étrange mélange d’intuition et d’illusion. Dans le meilleur des cas, il s’agit de mettre en lumière ce que les organisations ne peuvent pas voir elles-mêmes afin d’identifier les moteurs cachés de la croissance. Dans le pire des cas, il s’agit de présentations brillantes, de cadres génériques, de diagnostics superficiels déguisés en stratégie et, le plus souvent, de suppressions d’emplois.
Ce que j’en sais…?
Nous avons participé comme graphistes en présentations visuelles à quelques rares missions épatantes avec des résultats concrets.
Mais également réalisé des exposés Canada-Dry pour des experts en Bullshit qui recyclaient sans scrupules des slides d’autres missions…
La vraie surprise à mes yeux …?
Ce ne sont pas des outils informatiques qui réduisent le champ du conseil mais l’IA …qui s’est entraînée sur leurs rapports et présentations…!
Étrange retour de boomerang…

Ce matin, en buvant mon café, j’ai écouté avec le sourire la chronique de Mathilde Serrell sur FranceInter !
Il y a une bonne semaine, j’avais lu sur courrier international — “On couche ensemble ?” Comment Google Calendar dicte la vie des étudiants américains — un article sur cet irrépressible besoin de tout planifier, noter le moindre événement dans son calendrier !
Je cite : “chaque minute de leur vie est consignée sur Google Calendar, comme s’ils ne pouvaient pas se brosser les dents sans le noter dans leur agenda.”
Et puis j’ai pensé aux deux billets récents que j’ai consacré à Day One… Qui eux, n’évoquent pas la professionnalisation de la vie amicale de votre emploi du temps mais propose simplement de mémoriser a posteriori vos déambulations, rencontres, émotions !
Et cela me semble le point essentiel…!
Ai-je gardé une trace de mon activité pro passée…?
Rien !
J’ai viré les derniers carnets papier qui s’empilaient sur une étagère et seuls restent dans ma mémoire les souvenirs amusés ou nostalgiques des repas improvisés avec mes vieux copains — JPT ou encore BF, le papa de Roxane… — au Ver Luisant…
Aujourd’hui, à mon âge désormais avancé, peu de rappels dans mon Calendrier Apple hormis les horaires des trains de décembre, l’adresse d’un hébergement près de notre fils. Je continue à vivre en totale improvisation en n’inscrivant que l’inattendu et le surprenant dans Day One…
Pas de consigne quotidienne pour laver — à telle heure — mes ratiches, prendre mon médoc pour l’hypertension.
Reprendre une vie rythmée ? Merci, j’ai donné une petite décennie en internat suivi d’une année de service militaire…
Et pourtant cette absence apparente de professionnalisation de notre calendrier ne nous a pas empêché d’avoir toujours eu en tête les missions à réaliser en tant qu’indépendants, leurs deadlines ultra serrées, noter l’essentiel pour la facturation à suivre et sauvegarder quotidiennement nos fichiers numériques de production…
Ce, sans jamais rater une échéance…
Bref, autant je comprends l’intérêt de faire de temps à autre une liste, autant cadrer quasiment minute par minute sa vie à venir me semble vain.
En revanche, prendre après coup quelques minutes pour rédiger un bref résumé dans Day One, ajouter un ou deux clichés qui permettront de figer l’instant assaisonné de quelques infos supplémentaires (nombre de pas, météo, lieu, date et heure…) et sans effort… oui !

Je me répète : je regrette que Day One soit arrivé si tardivement dans mon existence…!