Hop, je vais relancer la petite série de chroniques d’ouvrages divers et variés… Alors, dans le plus désordre, je commence par ce bouquin…
Jamais inutile pour un graphiste de réviser toutes les notions de base glanées ci et là au cours d’années de pratique ou d’études. J’allais ajouter, réviser les notions traditionnelles qui font le pont entre le monde de l’argentique et le numérique…
Bref, mieux comprendre ce qui se passe sous son document (sic !) et, surtout, après. C’est-à-dire lors de l’impression. Des notions comme celles du GCR (remplacement du gris) dans les couleurs pour éviter les surprises sur la presse…! C’est d’autant plus essentiel que désormais le graphiste devant son écran remplace nombre de spécialistes sans en avoir, pour autant, les compétences.
Dans cet ouvrage, il ne faut pas regarder que les rares copies d’écran mais bien lire les explications, souvent imagées, de l’auteur qui s’implique et n’hésite pas à employer le “je”, à faire part de son expérience.
Si ce livre est bien destiné aux graphistes, il permet également de donner à ce dernier des explications et arguments à opposer aux clients qui s’évertuent à fournir des fichier .gif 72 dpi pour leurs publications (ce n’est pas un gag). Enfin, parmi les nombreux conseils, une argumentation soutenue pour l’emploi des profils couleurs disponibles dans la CSS, sur Photoshop certes mais également dans InDesign.
Bon, le seul point qui m’agace, mais qui s’explique vu le peu de soutien de ses nouveaux propriétaires, est le vide sidéral dans lequel l’excellent nuancier Focoltone est maintenu. Si, si, en dehors des nuanciers Pantone, il existe d’autres solutions…
Bref, si vous souhaitez revisiter simplement toute une ribambelle de notions pratiques, vous avez le choix entre ce modeste opus de Mark Gatter ou le pavé de la chaîne graphique de 2009 de Kaj Johansson, Peter Lundberg, Robert Ryberg.
Fabrication et prépresse
Mark Gatter
Eyrolles
9782212132113 | 32 € pour 160 pages grand format.
Second billet du jour, essentiellement pour ma propre gouverne… Bon, plus rien à voir avec les limites de Pages — pour mémoire, mes petites aventures de l’an passé…
J’ai voulu en avoir le coeur net. Je suis reparti de mon fichier Pages de l’an passé (avec ses plus de 400 copies d’écran)…

Et là, en utilisant un modèle sans trop détailler (à l’arrache…). L’import du fichier Pages s’est fait dans un unique chapitre que j’ai ensuite découpé…
J’ai ensuite exporté (sans peaufiner…) mes 250 pages et plus…
Les images sont là…
Bien là…
Et 277 pages plus loin…
Ce format permet d’ajouter des indications…
Des notes quoi…
Que l’on retrouve ensuite chapitre, par chapitre…
Tout ce qui a été surligné se retrouve comme une fiche…
Bref, ce test est brut de décoffrage mais j’avoue que j’aurais bien aimé avoir cet outil l’an passé… Bon, comme le fait remarquer Bruno, quid du iPhone…?
Après la keynote du iPhone 4S (…joliment renommé par l’ami Cary en iPhone for Steve), j’ai lu des trucs hallucinants qui (dé)montraient à quel point nombre de points n’avaient pas été compris.
Bon, rien que du très normal. Mais hier, bouquet final à propos de la secte Apple et de la disparition de son gourou.
J’ai même appris que le iPhone était un doudou (…heu, ce n’est qu’un téléphone évolué à mes yeux). Ou que Steve était un dictateur (sic !).
Que les choses soient claires, ô lecteur. À mes yeux, Apple n’a jamais été une secte, juste un bon fabricant d’outils que j’emploie avec bonheur depuis un quart de siècle. La personnalité de Jobs m’a toujours amusé et sa capacité à comprendre comment employer telle et telle invention pour nous proposer ensuite une solution technologique de premier plan épatante.
Apple, le meilleur fabricant de rapidos…
En 1984, pour réaliser des présentations visuelles, c’était des rapidos à l’encre de Chine, du papier baryté, de la gutta et une composphère IBM. Sans oublier une Xerox pour les tirages en grand nombre et un banc arts graphiques Agfa pour réduire ou agrandir un document optiquement.
En découvrant en 1984 le Lisa (version 2 avec lecteur de disquettes 3,5”), ce n’est pas une secte que j’ai rencontré mais juste un outil de production qui me permettait, sous LisaDraw, de réaliser bien plus facilement les graphiques qui constituaient alors mon quotidien. Et, surtout, de les corriger.
Plus besoin de tracer les rectangles au 0,5 selon les données fournies sur une note écrite au crayon de bois par mon client, d’y coller le Zipatone pile-poil, de passer dans le meilleur des cas ma feuille dans le rouleau de la composphère pour y saisir les valeurs.
Mieux, en cas de corrections (ce qui était fréquent), plus de montages en mode mille-feuilles (…comprendre, de véritables opérations au cutter avec collage à la gutta de pièces réalisées sur une autre feuille puis assemblées à la table lumineuse), mais juste un réajustement à l’écran des rectangles comme des courbes qui constituaient nos graphiques financiers, la sélection de la valeur et une saisie en place au clavier.
Bref, en passant au Lisa, tous mes outils traditionnels sont devenus obsolètes. La seconde révolution dans mon job a été l’arrivée de la LaserWriter qui intégrait PostScript. Cette imprimante a remplacé sans regret ma bruyante ImageWriter qui gravait plus qu’elle n’imprimait mes graphiques.
Voilà ce que représente pour moi Apple avant tout.
Non un fabricant de baladeurs numériques mais bien un excellent pourvoyeur d’outils pour améliorer mon activité de graphiste en présentations visuelles puis comme graphiste de livres. À ce propos, qui est allé chercher les deux patrons d’Adobe et les a aidé à implémenter PostScript…? Jobs.
C’est encore un point que peu de gens comprennent. À l’époque, (début des années 80) ces technologies balbutiantes n’intéressaient strictement personne (!) et cela reste une des grandes intuitions de Steve d’avoir pris le temps d’aller les regarder au fin fond des labos, d’en discuter avec les développeurs puis de comprendre enfin comment les assembler dans ce qu’il était en train de bâtir.
Bref, quand je lis les élucubrations de certains qui ne jugent qu’en fonction de leur iPhone, c’est oublier l’histoire même d’Apple depuis le 1er avril 1976 ainsi que son apport essentiel aux arts graphiques.
Eh oui, Apple a changé la manière que nous avions de composer, de mettre en pages et cela a perduré jusqu’à aujourd’hui. Qui se souvient de PageMaker…? Ou de Ragtime ? C’était la même chose dans le domaine des présentations visuelles avec Persuasion ou More.
C’est justement parce que Steve Jobs a réunit dans une même machine un écran haute définition, une souris et une interface simple à appréhender que nous avons pu travailler avec ces Macintosh. L’idée d’y associer très vite PostScript, de nous proposer des typos de qualité a été un apport formidable. Cela nous changeait des écrans bleus et des lignes de code.
Tant pis pour vous si vous découvrez Apple aujourd’hui via ses derniers produits mais sachez que des générations de graphistes ont gagné leur vie avec des machines pommées !
Non, mon Mac n’est pas un Doudou comme j’ai pu le lire. Oui, mon Mac me permet de gagner ma vie depuis plus de 25 ans. Et j’espère bien que cela ne va pas s’arrêter ! Un dernier exemple, nombre de choses que je faisais il y a encore un an sur mon MacBook Pro sont maintenant effectuées sur ma machine à écrire iPad.
Attendez-vous à une accélération avec iOS 5 à la mi-octobre (demain quoi…!). Quand je lis via un tweet du développeur que la version 1.2 de Daedalus touch va me permettre d’assembler mes textes et les exporter directement au format ePub, comprenez bien que vous êtes peut-être en train de vous tromper de grille de lecture. Comme mes clients à la fin des années 80.
Pour mémoire, ces trois billets rédigés en 2003, Keynote, arrière-petit-fils d’une Composphère…
Note(s) de lecteur(s)…
L'ami Christian P. ajoute…
J'ai connu tout ça. Et je confirme tes propos. Je suis entièrement d'accord avec tout ce que tu écris.
Tu as juste oublié le meuble bourré à craquer de planches Letraset ou Mécanorma… qui vieillissaient mal et dont un bon paquet n'était exploité qu'à 50 ou 60 %.
Si mes tuyaux sont bons, c'est Steve Jobs qui a dit à Warnock et Geschke : développez le Postscript, moi je fabrique l'imprimante capable de le restituer.
C'est quand j'ai vu une Laserwriter, et que mon photograveur m'a dit qu'il sortait ça sur film en haute déf., et aussi que dans le Mac j'avais un petit truc qui s'appelait ATM que j'ai dit « OK, Mr Macintosh, j'achète votre matos ».
Donc, quel que soit son caractère (grâce auquel cette histoire a été possible), merci infiniment à Steve Jobs.
Et que les détracteurs de tout poil n'oublient pas que sans lui leurs activités, leurs loisirs ne seraient pas ce qu'ils sont, même avec un PC ou un smartphone X ou Y.