Vous-vous souvenez de la fable des grenouilles placées dans une casserole ? Casserole placée sur un feu léger mais continu…
Au départ, l’eau est froide puis devient progressivement tiède : certaines grenouilles trouvent ce changement de température agréable.
D’autres envisagent néanmoins de trouver une astuce pour éteindre le feu… Sauf qu’elles se font engueuler par la communauté.
Pendant ce temps, la température de l’eau s’élève doucement alors que la hauteur des parois de la casserole maintient les grenouilles dans cet environnement.
Elles finissent progressivement par cuire.
Comme nous dans quelques années.
Fable réaliste
J’entends les commentaires, genre :
- n’imp…!
- les flammes sous la casserole, c’est déjà arrivé dans le passé
- on va trouver une solution technique, y’a qu’à suivi… (d’une flopée de solutions pour ignifuger le fond de la casserole…)
- c’est la volonté de (…mettre ici le nom d’un ami imaginaire)
- c’est un complot du (…ajoutez ici les gens que vous n’aimerez pas)
- etc.
Pendant ce temps là…
Au lieu de réduire le feu sous la casserole, l’humanité continue à se foutre sur la gueule.
C’est bien entendu le moment de réécrire l’histoire pour envahir les copains (qui soudainement ne l’étaient plus, faut suivre…) ; trouver un bouc émissaire pour faire oublier de (très) mauvais choix politiques, économiques, etc.
Ou… réveiller les grelots d’une croyance, système pratique pour épurer son propre territoire (…aujourd’hui, 450e anniversaire de la Saint-Barthélémy).
Certes, aspect pragmatique, moins de grenouilles, (pardon… d’humains) dans la casserole…
Mais nous finirons bien par tous crever… de chaud, de faim et/ou de soif.
D’aucuns nous invitent à envisager une vie loin de notre planète saccagée : problème, on embarque également les idées les plus rances dans les bagages avec l’épatante perspective de les réactiver à nouveau… ailleurs.

Zut de zut !
Pessimiste ?! Non, réaliste. Si vous êtes dans le déni du réchauffement, passez votre chemin…
Un scénario à la Soleil vert se matérialise sous nos yeux ! Cela fait des décennies que l’on se rend compte que le climat se modifiait lentement. Cette lenteur était bien pratique pour ne pas agir.
Cette année, ce qui semblait encore incertain, déboule à grande vitesse, bouleverse notre quotidien, affecte notre environnement immédiat, compromet sans aucune discussion cette période de vacances estivales.
Mais s’il n’y avait qu’elle !
Taper dans les réserves de foin pour nourrir les élevages est signe que l’on ira plus très loin après.
Mais non, ça va s’arranger, t’inquiète…
Ahhhh ?
Les prévisions sur dix jours sont catastrophiques, La flotte commence à manquer et cela touche tant le robinet d’eau potable que la production électrique.
Déni un jour, déni toujours…
La prise de conscience devrait être immédiate.
Or, étonnamment, ce changement brutal s’ancre sournoisement dans nos ressentis : peu à peu, nous acceptons de vivre sous des températures élevées, les 40° remplacent les plafonds exceptionnels d’il y a seulement vingt ans.
Qu’est ce qui pousse à ne « pas » réagir ? Aucune réponse de ma part : plus simple d’aller envahir ses voisins et de cramer leurs champs que de s’attaquer aux problèmes. Sauf que, cette fois-ci, la crise climatique touche tout le monde, les présumés méchants comme les gentils autoproclamés, se fout des frontières !
Tout le monde va perdre à ce jeu à lak.
Anecdote personnelle : quand nous sommes allés dans la Drôme à Saillans fin mai 2022, les fontaines étaient déjà à l’arrêt alors même que ce village est au bord du fleuve dont le cours s’est asséché ensuite en juillet.
À Aix-en-Provence, cela fait des mois que l’on s’inquiète de la faible pluviosité, les lacs de retenue sont au plus bas (j’ai quelques clichés témoin de l’étiage sur lac Zola sous la Sainte-Victoire).
Chez nous à Belle-Île en mer, une nouvelle heure de pluie — bienvenue fin juillet pour la végétation — mais pas de quoi assurer le remplissage des réserves d’eau douce de l’île, réseau d’eau potable d’une population soudainement multipliée sur un territoire en stress hydrique.
Le fil RSS de FranceBleu est riche d’informations locales qui devraient nous faire réfléchir, voire modifier nos habitudes de consommation.
Ne considérer que notre hexagone est réducteur, les incendies ou les épisodes de sécheresse balayent toute l’Europe. Or rien ne m’agace plus que notre ethnocentrisme !
L’Italie ou l’Espagne sont sacrément impactés également.


Et je n’évoque pas les feux de forêt en Californie, en Chine.
La planète suffoque, brûle mais il est urgent de jouer aux échecs géopolitiques, de bloquer les apprivoisements de céréales d’une partie de la planète et de dépenser du pognon en armements militaires dans un conflit aberrant de cinquante fois… trois jours (plus…?) d’une opération spéciale.
Agir ?!
Pas en initiant une ronde de bateaux « à moteur » devant la dune du Pilat.
Nos actions ne doivent pas être en vue d’un retour au monde d’avant, retour vers une consommation sans limite mais bien la prise en compte immédiate du changement inéluctable qui s’opère sous nos yeux.
Protester, demander une aide gouvernementale ou divine n’a pas de sens : à nous dès à présent de changer, même à la marge, nos habitudes.
Si l’habituel pipi sous la douche fait sourire, c’est pourtant la multiplication des petits gestes qui aidera à créer une dynamique vertueuse.
Ou placer un seau sous le robinet quand on rince ses légumes permet de récupérer l’eau… qui servira ensuite à arroser les légumes et les fruitiers. Ou dans les toilettes si vous êtes en ville.

La douche express n’est pas une mauvaise idée en réduisant « également » le débit de la pomme de cette dernière.
Une goutte d’eau (sic !) mais, accumulée aux autres, cela a une maigre action positive… déjà sur nos factures qui vont peut-être se maintenir malgré les hausses à venir.
Je ne vous donne pas le prix du ㎥ d’eau potable ou du litre de diesel sur mon ile : nous avons heureusement tous des habitudes proches de celles de mes grands-parents dans les années cinquante.
Optimiser vos courses, acheter local, etc.
Pas ressasser non plus mes billets à propos de nos habitudes de chauffage mais c’est bien le moment de réfléchir à « comment se préparer à s’habiller et vivre cet hiver avec moins de chauffage », changer ses ampoules pour de la basse consommation, isoler et ventiler son logement (…ça va de pair avec notre propre santé).
Jouer avec les entrées solaires ou fermer ses volets si nécessaire.
Et lancer (enfin…?) le programme de rénovation des huisseries programmé depuis des années, etc.
Bref, se préparer à vivre comme des millions de personnes sur cette planète !
« Mais ce sont des conneries, JC… »
Je suis tombé sur un article à propos du ressenti en Angleterre qui illustre bien ce phénomène, c’est à dire: prétendre que cela a toujours été comme ça et se moquer des scientifiques.
The peak temperature in 1976 was 35.9C, more than four degrees lower than the 40.3C recorded on 19 July. Nine out of 10 of the hottest days ever recorded in the UK have been since 1990, according to the Met Office. The hottest day from 1976 ranks as 13th in the list of the hottest UK days on record.
On est mal barrés…!
Humeur sur l’usage de l’eau en temps de sécheresse qui a fini par réveiller quelques souvenirs, un souvenir en réveille un autre (pffffff…!), chiée de digressions, flashs mémoriels : d’où ce billet totalement décousu écrit d’une traite ce matin (et que je corrige (…pas si…) vite fait en le relisant — plusieurs fois — dans la foulée)…
Oufff…
Après un frugal petit déjeuner, opération qui succède généralement à ma première tâche du matin : vider le lave-vaisselle (…solution économique en eau, faut-il encore le rappeler ?!), j’ai démarré un tweet (quelle ironie…!) qui a dérapé en… un long billet (…remets le contexte, JC…!!)…
Réveil assuré par les chants d’oiseaux qui me servent de sonnerie sur mon iPhone…! Je viens d’écouter sur inter une virgule qui traitait des meilleures sonneries et, manifestement, je sors des statistiques avec ce choix qui m’accompagne depuis des années !

Gamin, j’ai appris à économiser l’eau du robinet chez mes grands-parents puis en pension : se laver à l’eau froide (quand elle n’était pas gelée dans les tuyaux) en plein hiver dans un dortoir non chauffé bordé par une rangée de lavabos avant de se rassembler à la cantine pour absorber une boisson tiède au vague goût de café. opération d’autant plus succincte qu’il fallait, en moins de trente minutes, s’habiller (…je vous ai dit qu’il faisait froid ?), aller se soulager, se débarbouiller et faire son lit au carré.
Sans eau ni électricité
Et, plus encore à la toute fin des années soixante, à Fuveau chez une ancienne cheffe de chantier de Solétanche chez qui j’ai passé deux chouettes semaines de vacances.
Françoise D. était passée voir mes parents et la mère avait immédiatement entrevu une superbe occasion de m’éjecter quelques semaines (…ce qui était déjà le cas toute l’année, vu que je vivais en internat à une quinzaine de kilomètres).
Je ne me souviens plus de comment j’avais rejoint Aix-en-Provence alors mais il me semble que ma valise était prête dans l’heure. Certainement en train puis dans la voiture de Françoise.
Bref, je me suis retrouvé dans la garrigue, non loin de la saignée de la future autoroute qui passe sur les hauteurs de Fuveau.
Petite maison minimaliste, sans eau ni électricité, construite sur un grand terrain accessible par une voie de terre à peine carrossable… qu’elle parcourait au volant de sa MG rouge !
Elle vivait seule dans des pièces remplies de livres, dormait avec un fusil à portée de main, instrument qu’elle avait eu l’occasion d’utiliser une ou deux fois pour repousser les mâles trop entreprenants du coin.
Il est clair que sa vie marginale nourrissait les fantasmes de vieux gars ! À la fin de sa vie, elle bossait à Aix comme secrétaire bilingue français allemand dans une petite boîte après avoir quitté son job de conductrice de travaux sur des chantiers, notamment sur la Durance où elle avait assisté à des destructions de sites archéologiques pour ne pas freiner la construction d’infrastructures hydrauliques. C’est aussi cela qui l’avait incitée à démissionner, la bêtise crasse mais aussi l’usure de ce métier où elle était un phénomène : pensez-vous, une femme énergique de petite taille qui fait marcher de grands gaillards qui la respectaient. Je m’égare…
Chaque matin, avant que le soleil ne soit trop fort, nous descendions à pied depuis sa maison jusqu’au village faire quelles emplettes (…car pas de frigidaire non plus) puis nous nous rendions à une fontaine pour remplir chacun un ou deux jerrycans (vingt litres) que nous remontions sur des claies de portage.
Les jerrycans restaient en plein soleil et, le soir, nous nous douchions avec une bassine et une grosse louche ou un simple bol pour se verser de l’eau tiède sur le corps.
Comme je me souvenais de la fatigue occasionnée par le transport des jerrycans (plus de 35 mètres de dénivelé pour remonter sur son terrain), inutile de rappeler que l’eau ainsi tiédie était savourée…
Je passais ma journée à me balader, lire (pas d’écrans…!). Le soir, elle nous passait des disques d’Elisabeth Schwarzkopf sur son mange-disques à piles…
Comme Françoise était aussi solitaire que je le suis, on se parlait lors des repas (j’ai découvert les lasagnes de pâtes gratinées, lasagnes qu’elle préparait dans un four… à gaz…!) et c’est alors qu’elle me parlait de mes parents qu’elle avait connu jeunes sur leurs premiers chantiers dans les alpes…
Bref, tout ceci pour dire que l’on peut vivre avec une quantité très raisonnable d’eau au quotidien…
Mais, ça, vous le saviez déjà…