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Vivre avec des températures réduites…? | 2

C'est l'invention du chauffage central qui est récente…!

dans ancres | mémoire | vieillir

Il y a quelques jours, j’avais écrit…

Comme je suis désormais dans la catégorie vieux con, je pourrais évoquer des périodes de ma vie où le chauffage était même un truc assez inexistant. Je vais éviter.

Et puis @embruns m’a répondu ceci sur Twitter : Chez ma grand-mère, seule la cuisine était chauffée. Jamais les chambres. Brrr…

Comme Laurent, j’ai une collection de frais souvenirs…!

  • Je me souviens, gamin, de cette maison perdue en lisière de forêt du côté de Vitry-aux-loges. Un endroit où l’on me déposait en mode consigne pour une période indéterminée. Maurice et Leone s’occupaient de moi sans piper mot et j’attendais des semaines que ma mère vienne me récupérer. La cheminée crépitait dans la seule pièce à vivre de cette maison basse, des briques réfractaires étaient disposées dans son foyer pour un usage précis, chauffer avec un moine en cuivre l’intérieur des lits juste avant de se coucher. Les draps rêches et humides se tiédissaient alors, le temps de se glisser entre eux pour la nuit. Une fois allongé, plus question de bouger au risque de geler. Il fallait tenir jusqu’au petit matin sans emprunter l’un des nombreux exemplaires du catalogue Manufrance qui s’entassaient contre l’un des murs, l’absence de lampe de chevet allié au froid vif réduisait toute velléité de remuer. Heureusement, leur lecture dans l’après-midi berçait mes nuits et je survivais à l’ennui en étant tour à tour explorateur en Afrique, naufragé sur une île, découvreur de cités amérindiennes dans le Yucatán.
  • Je me souviens de mes premières années en pension à Bonnelles, dans ce long bâtiment en briques, excroissance malvenue greffée sur un château construit fin XVIII°. Dans ces box de six pensionnaires ouverts sur l’unique couloir, face à une rangée continue de lavabos, nos lits de métal1 tirés au carré ne disposaient que d’une (…parfois deux…!) méchante couverture grise. Pas de chauffage (ou si peu…), des sanitaires qui ont forgé des générations de gamins constipés et un seul robinet par lavabo, souvent inutilisable l’hiver pour cause de… gel.
  • Je me souviens d’une éphémère maison à Sully sur Loire sur le quai des Mariniers, glaciale en toutes saisons, les édredons sous lesquels je me pelotonnais même en été pour une courte sieste.
  • Je me souviens du corps de ferme sans grâce de Péronville, à ses portes d’écurie aux deux battants peu jointifs. Mais surtout de l’odeur lourde qui y régnait, des lits clos défoncés qui m’accueillaient pour quelques jours. Entre l’air froid qui circulait à son aise et cette atmosphère moisie, entêtante, le pire restait le assurément un profond sentiment d’abandon…

Bref, ces quelques images pour rappeler qu’au début des années soixante, la notion de confort était très (très) relative…! Et comme nous ne connaissions rien d’autre, personne ne mouftait…!

Que se débarbouiller à l’eau glacée était également un exploit quotidien, pas de douche, pas d’eau chaude à volonté. Seulement un gant de toilette, un broc avec une eau tiède, un bout de savon. Rue Moine, à Orléans, cette opération se tenait auprès de la cuisinière2 allumée jour et nuit, seul espace chaud de la maison de mes grand-parents…

Heureusement, en ce temps là, la planète était moins polluée et les odeurs corporelles plus naturelles dans un monde rural peu mécanisé.


  1. Structure idéale avec un ciel de lit et des pieds qui finissait en cathédrale plus souvent qu’en portefeuille…! Hilarant à deux heures du matin de se sortir de son lit verticalisé contre le mur puis de replacer son lit et le refaire sans bruit pour éviter d’alerter le surveillant dormant dans sa chambre au bout du couloir. ↩︎

  2. Une époque révolue, vu que les feux de cheminée vont être interdits peu-à-peu… ↩︎

le 07/12/2014 à 12:45 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #

Nettoyage de novembre…

Pof…!

dans ancres | dans mon bocal | vieillir

Cristallisant une tension arrivée à son comble, un événement anodin peut être déclencheur d’une cascade de décisions qui attendaient benoîtement leur heure…

Tout s’enchaîne comme si une vanne libérait un flot que rien ne peut arrêter, version numérique des écuries d’Augias…!

Exit ces contacts sans chaleur vaguement liés à une vie antérieure, ces applications inutiles, ces dossiers de travail conservés comme autant de reliques.

Un épatant sentiment de sérénité suit ce nettoyage d’une réjouissante brutalité.

Sans oublier l’espace récupéré sur les disques ainsi que la promesse d’un temps économisé, plus précieux encore…

@urbanbike

le 28/11/2014 à 19:30 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #

…Tu sais que tu deviens vieux | 13

Quand tu as enterré tes deux parents

dans dans mon bocal | vieillir

Jeudi soir vers 23:00, mon père a lâché prise. Ce matin, en compagnie de deux amies, nous l’avons mis en terre.

Je lui dois d’avoir découvert que je ne savais ni lire ni écrire à la veille de mes neuf ans, trimballé d’un pays à l’autre et souvent en marge du système scolaire. De retour définitivement en France, c’est mon père qui lança les cours de rattrapage pour me permettre de rentrer à l’École Active de Saint-Cloud sous la houlette de Mademoiselle Houllier. Bref, même si cela fut parfois difficile, je suis heureux de l’avoir retrouvé ces dernières années.

Sa vie fut loin d’être banale…

Fils de modestes épiciers de la rue de Bourgogne à Orléans, il sorti Major de promotion de l’École des ingénieurs hydrauliciens de Grenoble en 1948 juste après guerre et fut immédiatement embauché par une entreprise — Soletanche — dans laquelle il resta toute sa vie professionnelle.

Après avoir bossé sur les barrages de Serre Ponçon, Aigue-blanche, Argentat, La Mure, il a accepté en 1953 de partir à l’étranger. Algérie (Sahara autour de Hassi Messaoud), Maroc puis Chief Engineer pour les travaux du barrage de Mission Dam Bridge River avec Karl von Terzaghi en British Columbia au Canada. Puis barrage du Bosque (Michoacán) au Mexique.

Bref, c’est ensuite sans sa famille qu’il est reparti. Tout d’abord au Brésil (métro de Sao Paulo), puis au Mexique (fondations de l’aciérie de Puerto Lázaro Cárdenas, Michoacán ; Chicoasen sur le río Grijalva, etc.).

Ensuite, dans l’ordre, Hong-Kong, Macao (mise au point de fondations sous-marines), Algérie, Réunion, Madagascar, Maroc, Irak, Cotonou, Dakar, Bangkok, Dubaï, Libye, Colombie (barrage de Sisga - Cundinamarca), Italie, Brésil, Mexique (barrage de Peñitas), Espagne, Congo, Argentine (travaux d’étanchement au barrage el Chocón Neuquén), Anglola, Australie, Hollande, Mozambique, Guyane Française avant d’intervenir sur le chantier de la digue de Saint Pardoux au nord de Limoges et prendre sa retraite.

Inutile de dire que je l’ai peu vu, gamin. Et encore moins dans ma vie d’adulte. Il partait pour une semaine et rentrait trois à cinq mois plus tard pour quelques jours avant de repartir…

Hormis parler 5 langues (…dont l’espagnol, CQFD), mon père fut l’inventeur (si, si…!) d’internet… en papier…! Comme tout l’intéressait, il compilait toutes les infos qu’il trouvait sur des sujets divers et variés qu’il entassait en mode joyeux bordel dans sa bibliothèque, un espace que lui seul maîtrisait sur le bout des doigts…!

Salut Jacques…!

le 26/11/2014 à 21:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #