D’aucuns n’ont peut-être pas compris le concept du télétravail. À leur décharge, ce qui suit semblait naturel aux auteurs de Comment travailler chez soi en 2005 — relire urbanbike | Travailler chez soi, 15 ans après ! — avec, l’un comme l’autre des enfants à charge, Lukino à Montpellier et moi à l’ouest de la région parisienne…!
Il y a… pffffff, déjà… dix sept ans, nous étions encore jeunes… Et incapables de tenir en place, entre les charrettes pour achever nos missions, les courses pour la maisonnée, les gamins à récupérer, les taches ménagères…
Bref, la question de l’activité physique n’était pas une préoccupation…
Pandémie, restriction de circulation…
Or nombre de personnes n’ont découvert le travail à domicile qu’à l’occasion de la pandémie de 2020, un peu contraints et forcés par les évènements.
N’étant pas préparés cette expérience pas plus qu’aux soudaines restrictions de déplacement, elles n’avaient pas encore nos habitudes quotidiennes de vie et travail à domicile, habitudes affutées par des décennies de pratique.
Il est clair que cette limitation a été un facteur supplémentaire à la sédentarité ; que nombre de personnes, par peur d’être contaminées, ce sont peu à peu laissés enfermer chez eux.
L’expérimentation de la cuisine et des bons petits plats expérimentaux pour se remonter le moral a été assurément un facteur aggravant !
Enfin, la possibilité d’être livrés chez soi par coursier n’a rien arrangé. Voire se poursuit, pour le coup, à peser sur la santé des télé-travailleurs qui en abusent…
Un logement cosy ? Un piège redoutable…!
Mais il y a encore un autre aspect que décrit fort bien cet article d’ArchDaily… Is Comfort Killing Us?
“While homes are becoming increasingly smart, we are slowly going backward,” Joiner continues. “We have single-floor homes with standard plans, a lift in the center of the design, and appliances that think for you. With home automation, we no longer need to get up to answer the door or operate the thermostat, lights, music, or curtains. Your digital home assistant even monitors the fridge and controls your robot vacuum cleaner. This has reversed the relationship between the home and the city: while before we still traveled to the city center for work, a film, a date, or a restaurant, your home has now become the center. This means we have to move less and less and that we rarely come into contact with spontaneous new experiences and people.”
Et ce constat est loin d’être anecdotique…!

Plus sain à la campagne…
Vivre à la compagne incite nettement plus à sortir…
Déjà parce que les livraisons — quelles qu’elles soient — sont plus compliquées (sur mon île, nombre de produits du grand fleuve (sic…!) ne sont pas disponibles à la livraison, ce qui résout instantanément le problème…).
Si vous habitez un hameau, un lieu-dit, seul le facteur et les voisins savent vous retrouver (et encore…!).
Or, pour ne pas mourir de faim, vous êtes bien obligés de sortir pour vous rendre un matin par semaine au marché local hebdomadaire, à l’épicerie ou boulangerie située à quelques kilomètres. Ou vous rendre à la grande ville (re sic !) distante dune grosse dizaine de kilomètres ou aux moyennes surfaces commerciales en périphérie…

Enfin, au prix du litre de carburant (…Belle-Île en mer est l’un des territoires les plus onéreux à ce sujet), vous avez repris la marche à pied, redécouvert le vélo, l’usage du sac à dos et des Sandows…
Mais aussi redécouvert l’usage d’une veste de mer, d’un bonnet, de chaussures de randonnée pour affronter les averses, les coups de vent…
Activités indispensables qui conduisent naturellement les habitants de la campagne à bouger et apprécier d’avoir la nature à portée de semelles…
Sans oublier un autre élément : ici, vous saluez nécessairement des gens que vous avez déjà rencontré…
Pour ma part, me rendre au marché est l’occasion d’échanger avec une dizaine de personnes… Et de se rendre service, soit pour vous emmener au village voisin ou passer à l’unique pharmacie avec votre carte vitale et votre ordonnance…
De l’importance de se ressaisir !
En résumé, ressaisissez-vous…!
Vous ne vivez pas dans une étable en attendant une livraison de fourrage. Nombre de mes contacts reconnaissent avoir pris de l’embonpoint en bossant à domicile.
Et, pour s’éviter les aléas climatiques, pianotent sur leur ordinateur pour commander un peu de boisson énergisante ou de nourriture prête à être réchauffée…
Pas une vie très saine qui, de plus, d’oppose aux objectifs du travail à domicile…!!
Bref… Si vous habitez en ville, profitez-en pour en faire le tour, l’inventaire, explorez les cours, les passages, les venelles (…et trouver le raccourci idéal pour filer à la Poste ou à cette pâtisserie de compétition dénichée dernièrement)…

Levez les yeux et repérez pour la première fois ce superbe balcon, cette sculpture d’angle. À la campagne, c’est repasser par le vieux lavoir, admirer le potager d’un voisin… Ou apprécier les nuages de pluie qui s’approchent après trois mois sans une goutte d’eau…
C’est tout…!

Sans oublier les myriades d’insectes (enfin, là, en mars…!) qui sont à portée de regard et que vous ne voyez pas… Autre motif de sortie…
Pessimiste ?! Non, réaliste. Si vous êtes dans le déni du réchauffement, passez votre chemin…
Un scénario à la Soleil vert se matérialise sous nos yeux ! Cela fait des décennies que l’on se rend compte que le climat se modifiait lentement. Cette lenteur était bien pratique pour ne pas agir.
Cette année, ce qui semblait encore incertain, déboule à grande vitesse, bouleverse notre quotidien, affecte notre environnement immédiat, compromet sans aucune discussion cette période de vacances estivales.
Mais s’il n’y avait qu’elle !
Taper dans les réserves de foin pour nourrir les élevages est signe que l’on ira plus très loin après.
Mais non, ça va s’arranger, t’inquiète…
Ahhhh ?
Les prévisions sur dix jours sont catastrophiques, La flotte commence à manquer et cela touche tant le robinet d’eau potable que la production électrique.
Déni un jour, déni toujours…
La prise de conscience devrait être immédiate.
Or, étonnamment, ce changement brutal s’ancre sournoisement dans nos ressentis : peu à peu, nous acceptons de vivre sous des températures élevées, les 40° remplacent les plafonds exceptionnels d’il y a seulement vingt ans.
Qu’est ce qui pousse à ne « pas » réagir ? Aucune réponse de ma part : plus simple d’aller envahir ses voisins et de cramer leurs champs que de s’attaquer aux problèmes. Sauf que, cette fois-ci, la crise climatique touche tout le monde, les présumés méchants comme les gentils autoproclamés, se fout des frontières !
Tout le monde va perdre à ce jeu à lak.
Anecdote personnelle : quand nous sommes allés dans la Drôme à Saillans fin mai 2022, les fontaines étaient déjà à l’arrêt alors même que ce village est au bord du fleuve dont le cours s’est asséché ensuite en juillet.
À Aix-en-Provence, cela fait des mois que l’on s’inquiète de la faible pluviosité, les lacs de retenue sont au plus bas (j’ai quelques clichés témoin de l’étiage sur lac Zola sous la Sainte-Victoire).
Chez nous à Belle-Île en mer, une nouvelle heure de pluie — bienvenue fin juillet pour la végétation — mais pas de quoi assurer le remplissage des réserves d’eau douce de l’île, réseau d’eau potable d’une population soudainement multipliée sur un territoire en stress hydrique.
Le fil RSS de FranceBleu est riche d’informations locales qui devraient nous faire réfléchir, voire modifier nos habitudes de consommation.
Ne considérer que notre hexagone est réducteur, les incendies ou les épisodes de sécheresse balayent toute l’Europe. Or rien ne m’agace plus que notre ethnocentrisme !
L’Italie ou l’Espagne sont sacrément impactés également.


Et je n’évoque pas les feux de forêt en Californie, en Chine.
La planète suffoque, brûle mais il est urgent de jouer aux échecs géopolitiques, de bloquer les apprivoisements de céréales d’une partie de la planète et de dépenser du pognon en armements militaires dans un conflit aberrant de cinquante fois… trois jours (plus…?) d’une opération spéciale.
Agir ?!
Pas en initiant une ronde de bateaux « à moteur » devant la dune du Pilat.
Nos actions ne doivent pas être en vue d’un retour au monde d’avant, retour vers une consommation sans limite mais bien la prise en compte immédiate du changement inéluctable qui s’opère sous nos yeux.
Protester, demander une aide gouvernementale ou divine n’a pas de sens : à nous dès à présent de changer, même à la marge, nos habitudes.
Si l’habituel pipi sous la douche fait sourire, c’est pourtant la multiplication des petits gestes qui aidera à créer une dynamique vertueuse.
Ou placer un seau sous le robinet quand on rince ses légumes permet de récupérer l’eau… qui servira ensuite à arroser les légumes et les fruitiers. Ou dans les toilettes si vous êtes en ville.

La douche express n’est pas une mauvaise idée en réduisant « également » le débit de la pomme de cette dernière.
Une goutte d’eau (sic !) mais, accumulée aux autres, cela a une maigre action positive… déjà sur nos factures qui vont peut-être se maintenir malgré les hausses à venir.
Je ne vous donne pas le prix du ㎥ d’eau potable ou du litre de diesel sur mon ile : nous avons heureusement tous des habitudes proches de celles de mes grands-parents dans les années cinquante.
Optimiser vos courses, acheter local, etc.
Pas ressasser non plus mes billets à propos de nos habitudes de chauffage mais c’est bien le moment de réfléchir à « comment se préparer à s’habiller et vivre cet hiver avec moins de chauffage », changer ses ampoules pour de la basse consommation, isoler et ventiler son logement (…ça va de pair avec notre propre santé).
Jouer avec les entrées solaires ou fermer ses volets si nécessaire.
Et lancer (enfin…?) le programme de rénovation des huisseries programmé depuis des années, etc.
Bref, se préparer à vivre comme des millions de personnes sur cette planète !
« Mais ce sont des conneries, JC… »
Je suis tombé sur un article à propos du ressenti en Angleterre qui illustre bien ce phénomène, c’est à dire: prétendre que cela a toujours été comme ça et se moquer des scientifiques.
The peak temperature in 1976 was 35.9C, more than four degrees lower than the 40.3C recorded on 19 July. Nine out of 10 of the hottest days ever recorded in the UK have been since 1990, according to the Met Office. The hottest day from 1976 ranks as 13th in the list of the hottest UK days on record.
On est mal barrés…!
Humeur sur l’usage de l’eau en temps de sécheresse qui a fini par réveiller quelques souvenirs, un souvenir en réveille un autre (pffffff…!), chiée de digressions, flashs mémoriels : d’où ce billet totalement décousu écrit d’une traite ce matin (et que je corrige (…pas si…) vite fait en le relisant — plusieurs fois — dans la foulée)…
Oufff…
Après un frugal petit déjeuner, opération qui succède généralement à ma première tâche du matin : vider le lave-vaisselle (…solution économique en eau, faut-il encore le rappeler ?!), j’ai démarré un tweet (quelle ironie…!) qui a dérapé en… un long billet (…remets le contexte, JC…!!)…
Réveil assuré par les chants d’oiseaux qui me servent de sonnerie sur mon iPhone…! Je viens d’écouter sur inter une virgule qui traitait des meilleures sonneries et, manifestement, je sors des statistiques avec ce choix qui m’accompagne depuis des années !

Gamin, j’ai appris à économiser l’eau du robinet chez mes grands-parents puis en pension : se laver à l’eau froide (quand elle n’était pas gelée dans les tuyaux) en plein hiver dans un dortoir non chauffé bordé par une rangée de lavabos avant de se rassembler à la cantine pour absorber une boisson tiède au vague goût de café. opération d’autant plus succincte qu’il fallait, en moins de trente minutes, s’habiller (…je vous ai dit qu’il faisait froid ?), aller se soulager, se débarbouiller et faire son lit au carré.
Sans eau ni électricité
Et, plus encore à la toute fin des années soixante, à Fuveau chez une ancienne cheffe de chantier de Solétanche chez qui j’ai passé deux chouettes semaines de vacances.
Françoise D. était passée voir mes parents et la mère avait immédiatement entrevu une superbe occasion de m’éjecter quelques semaines (…ce qui était déjà le cas toute l’année, vu que je vivais en internat à une quinzaine de kilomètres).
Je ne me souviens plus de comment j’avais rejoint Aix-en-Provence alors mais il me semble que ma valise était prête dans l’heure. Certainement en train puis dans la voiture de Françoise.
Bref, je me suis retrouvé dans la garrigue, non loin de la saignée de la future autoroute qui passe sur les hauteurs de Fuveau.
Petite maison minimaliste, sans eau ni électricité, construite sur un grand terrain accessible par une voie de terre à peine carrossable… qu’elle parcourait au volant de sa MG rouge !
Elle vivait seule dans des pièces remplies de livres, dormait avec un fusil à portée de main, instrument qu’elle avait eu l’occasion d’utiliser une ou deux fois pour repousser les mâles trop entreprenants du coin.
Il est clair que sa vie marginale nourrissait les fantasmes de vieux gars ! À la fin de sa vie, elle bossait à Aix comme secrétaire bilingue français allemand dans une petite boîte après avoir quitté son job de conductrice de travaux sur des chantiers, notamment sur la Durance où elle avait assisté à des destructions de sites archéologiques pour ne pas freiner la construction d’infrastructures hydrauliques. C’est aussi cela qui l’avait incitée à démissionner, la bêtise crasse mais aussi l’usure de ce métier où elle était un phénomène : pensez-vous, une femme énergique de petite taille qui fait marcher de grands gaillards qui la respectaient. Je m’égare…
Chaque matin, avant que le soleil ne soit trop fort, nous descendions à pied depuis sa maison jusqu’au village faire quelles emplettes (…car pas de frigidaire non plus) puis nous nous rendions à une fontaine pour remplir chacun un ou deux jerrycans (vingt litres) que nous remontions sur des claies de portage.
Les jerrycans restaient en plein soleil et, le soir, nous nous douchions avec une bassine et une grosse louche ou un simple bol pour se verser de l’eau tiède sur le corps.
Comme je me souvenais de la fatigue occasionnée par le transport des jerrycans (plus de 35 mètres de dénivelé pour remonter sur son terrain), inutile de rappeler que l’eau ainsi tiédie était savourée…
Je passais ma journée à me balader, lire (pas d’écrans…!). Le soir, elle nous passait des disques d’Elisabeth Schwarzkopf sur son mange-disques à piles…
Comme Françoise était aussi solitaire que je le suis, on se parlait lors des repas (j’ai découvert les lasagnes de pâtes gratinées, lasagnes qu’elle préparait dans un four… à gaz…!) et c’est alors qu’elle me parlait de mes parents qu’elle avait connu jeunes sur leurs premiers chantiers dans les alpes…
Bref, tout ceci pour dire que l’on peut vivre avec une quantité très raisonnable d’eau au quotidien…
Mais, ça, vous le saviez déjà…