Le vieux Nokia 1600 de ma compagne est tombé en rade à l’étranger. Pendant qu’elle rentrait de Gand, j’ai fait desimlocker celui de mon paternel, un 2310, que j’avais retrouvé sur un rayonnage dans la bibliothèque chez mes parents.

En arrivant de Belgique, j’ai récupéré la carte SIM grand format du Nokia en rade qui s’est ajustée sans problème dans son remplaçant, véhiculant au passage tous ses contacts.
Le temps de se faire repérer par le réseau, tout fonctionne. L’objectif est de tenir encore quelques années avec ce matériel rustique.
— Mais pourquoi ne prend elle pas un iPhone ?
Si ma moitié est une grande utilisatrice d’iPad 2, un peu moins de notre MacBook Pro 17 pour son activité, elle souhaite simplement être joignable via un mobile. Pour le reste, elle exhume de son sac un plan imprimé des rues et lignes de métro de Paris .
Je me demande s’il n’y a pas une part de sagesse dans ce choix assumé.
En visitant mon tiroir des vieilleries, j’ai retrouvé mon premier Nokia fabriqué en Finlande, aussi long avec son antenne émergente que le iPhone 6s+ que j’utilise actuellement. Également un Nokia 8210 fabriqué en Finlande, les autres modèles précédemment cités étant montés en Hongrie.

Toujours dans ce tiroir, j’ai retrouvé un Sagem et un Doro à clapet également retrouvés chez les parents que je vais passer à mon copain broc.
Petite Madeleine, mon premier iPhone (le 3) que je remets en charge, histoire de.
Au bout de 10 minutes, il me demande mon code, me signale qu’il n’y a pas de SIM mais affiche le contenu tel qu’au début de 2013… quand ma fille l’utilisait encore.
Et je retrouve WriteRoom ainsi qu’une version du Larousse Pâtissier …qui fonctionne…!

Bref, une époque où tout prenait plus de temps, l’ouverture de son mobile, composer un numéro, accéder à son traitement de texte, etc.
Mais est-ce que nous nous en portions plus mal alors ?!
Il y un an, j’avais publié un billet sur le père de Marguerite à l’occasion de sa disparition, Il y a 100 ans, François Joseph Cruciere… le 11 novembre 1914.
En dépiautant tout le courrier conservé par sa fille, en numérisant les missives d’Alexandre à son copain François, je suis tombé sur d’autres papiers …dont une enveloppe Kraft avec simplement ces mots crayonnés, papiers trouvés sur Papa (11/11/14).
J’ai ouvert cette enveloppe et j’ai chialé.

Hormis 2 cartes du 7 novembre écrites dans la hâte — Je vous embrasse mes aimées, comme je vous aime — il conservait sur lui les lettres et dessins de sa mouflette de 7 ans.
Méditer ces lignes de Jacques Prévert (Paroles, 1946) toujours d’actualité en 2015 et encore assurées en 2016…
Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d’acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Bien entendu, Yvon qui est en Chine et Hugues tout juste de retour d’Ethiopie sont impatients de connaitre le contenu des lettres d’Alexandre Marchand à son copain François Crucière, lettres qui ont toutes été conservées par Marguerite, fille unique de ce dernier.

Mon fidèle scanner Epson firewire n’étant plus supporté par El Capitan (…alors qu’il tournait comme une horloge sur Yosemite, quelques coups de pied au c… se perdent chez la pomme), j’envisage de bricoler un support (une sorte de statif…) pour y poser, en haut, le iPhone 6s+ et, en dessous, les fameuses lettres expédiées du Tonkin avec un éclairage correct.
Mais en attendant, je me suis rabattu sur un procédé qui s’avère pas si abomifreux que cela… Passé les premières minutes, le mode dictée, malgré une évidente méconnaissance de certains termes anciens et de forts problèmes sur les accords, est un pis-aller assez correct. Les instructions vocales (…pas assez abondantes) pour gérer la ponctuation, par exemple, s’avèrent utiles mais impossible d’échapper à une relecture complète de ces notes balbutiées dans le micro de mes écouteurs…
Généralement, je dicte les lettres dans Drafts 4 et j’emploie quelques actions avant d’exporter le tout dans Ulysses pour iPad avec du balisage Markdown.

Certes, je me rends compte, au fur et à mesure, du temps que va me prendre cette opération. Mais, peu à peu, je décrypte l’écriture d’Alexandre, me suis fait à ses fautes d’écriture et de syntaxe, ses raccourcis, ses ajouts multiples en marge ou entre deux lignes, ses parenthèses et incises multiples, son style très souvent télégraphique.

Et à son humour (esprit d’escalier), voire à ses moments de déprime (spleen). Mais aussi aux problèmes techniques qui l’incitent à demander de l’aide à son copain François resté à Paris, à ses demandes précises pour que ce dernier lui expédie tant des ciseaux à ongles (courbes) que des feuilles d’amiante pour ses soudures, de la peinture noire pour repeindre sa chambre stéréoscopique, etc.

Car ces deux copains sont des fondus de photo et échangent sur la qualité de papiers pour le tirage comme sur les déclencheurs souples (…dont le caoutchouc devient cassant, dixit Alexandre).

Méthodologie et chronologie à inventer…
Bien entendu, c’est un premier jet pour mes deux amis Yvon et Hugues, je vais d’ailleurs faire une chronologie des lettres car il y a aussi du courrier de la sœur d’Alexandre aux parents de François pour un job aux P. et T. d’alors.
Et Hugues s’inquiète de ne lire que du courrier venant de Chine et rien de la première période d’Alexandre en Ethiopie…avant 1900, période traitée dans son livre qui relate l’histoire du chemin de fer construit au début du siècle dernier entre Djibouti et Addis Abeba. Et photographié par Alexandre.

- En passant, je sais désormais pourquoi ces lettres n’ont plus de timbres, passion de François… rappelée par Alexandre dans l’une d’entre elles…
Bref, c’est une histoire qui nous réunit, chacun disposant de quelques pièces d’un gigantesque puzzle qui nous donne envie d’en savoir plus. Tous les six mois, notre petite bande se réunit à Paris.
Si pour François, la vie a été plus brutale, celle d’Alexandre s’est achevée en 1956, information que l’obstination de Hugues a mis en évidence grâce à des recherches tous azimuts.
Bref, je profite de mon temps désormais libre (sic !) pour éplucher cette correspondance et d’autres archives photographiques, ayant perdu trop de temps ces deux dernières années.
À suivre…